DOUZIÈME PRIX HANDI-LIVRES


Le prix littéraire Handi-livres existe depuis douze ans. J’en préside le jury pour la seconde année consécutive. Nous avons révélé hier soir quatre décembre 2017 au centre Beaubourg le palmarès en présence de Sophie Cluzel, Secrétaire d’État aux personnes handicapées. Le but de ce prix soutenu par le fond Handicap et Société de la mutuelle Intégrans est de mettre à l’honneur des ouvrages relevant de plusieurs catégories et abordant tous la question du handicap. Je résume le palmarès ci-après.

Prix de la  meilleure biographie : Le malaise d’Hippocrate – Témoignage d’une femme atteinte de SLA, de Marie Sey, éditions Chapitre.com

Marie Sey, une littéraire portée sur la philosophie, est morte il y a seize ans d’une SLA, sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot, la même maladie que celle d’Ann Bert dont le “J’aime trop la vie pour me laisser mourir” publié chez Fayard rencontre un bon succès.

Marie Sey entreprend d’écrire son livre au début de l’affection, lorsqu’elle affecte juste la mobilité d’un doigt. Elle tape son texte à la machine. Puis, la paralysie gagnant, elle le dicte. Lorsqu’elle ne peut plus parler, elle acquiesce d’un battement de paupière au défilement des lettres. Elle écrit, jusqu’à son dernier souffle, sur elle, son corps qui s’enfonce et se délite, le reflet qu’elle en lit dans les yeux des autres, son esprit qui fulgure, la vie qu’elle aime tant qu’elle n’en veut rien laisser. Ce texte, auto-édité par sa fille qui l’avait promis à sa mère, est une intéressante contrepartie à celui d’Anne Bert, il  propose une autre vision, un autre type de force humaine. Il n’est pas, pas du tout un manifeste «confessionnel », juste un témoignage de vie lucide et déchirant jusqu’à la mort. C’est là un manuscrit exceptionnel qui mériterait d’être publié par un grand éditeur.

Prix du meilleur roman : Giny Moon, de Benjamin Ludwig, éditions HarperCollins France

Giny Moon, une jeune autiste de quatorze ans , a été adoptée par une famille parfaite, attentive, aimante. Sa mère biologique le battait, il a fallu le soustraire à ses mauvais traitements, la jeune fille a failli mourir. Tout est parfait. Non, un lien l’empêche de prendre son envol, elle veut à tout prix retrouver sa mère biologique, se faire kidnapper par elle : sinon, sa Poupée, restée là-bas, court un grave danger…Une description saisissante du monde psychique de l’autisme, ses stéréotypies, ses entraves.

Prix du meilleur guide : Danse et Handicap, d’André Fertier, édité par le Centre national de la danse

Ne pas rester prisonnier de son corps, surmonter les déficits sensoriels, accéder au plaisir de l’expression corporelle malgré le déficit cognitif, c’est toujours possible grâce à la danse. On peut danser avec ses mains, voire avec ses yeux. Un guide pratique pour toutes les situations.

Prix du meilleur livre jeunesse – enfants : Le soleil sous les branches, d’Amélie Clavier (dessins) et Edgar Orray (texte), éditions Dahlir

Benjamin est différent. Il s’en tire pourtant à l’école, grâce à ses camarades et sous la protection du grand arbre qui s’élève dans la cour de l’école et dont il s’est fait un ami. Sous ses feuilles, il ne craint rien, elles le protègent, il est bien. Hélas, le feuillage tombe en automne, Benjamin est dévasté, il perd pied. Toute la classe se mobilise pour l’empêcher de sombrer. Le printemps reviendra, les feuilles repousseront…Métaphore de l’autisme, hymne à l’amitié et à la solidarité.

Prix du meilleur livre jeunesse – adolescents : Dis-moi si tu souris, de Eric Lindstrom, éditions Nathan

Parker est une jeune fille, bientôt une jeune femme de seize ans. Un peu farouche, volontiers agressive. Elle a un bandeau sur les yeux sur lequel elle écrit « les règles de Parker » : « Bon, j’y vois rien mais remettez-vous, je suis pareille que vous. Juste plus intelligente ! Mes règle : ne me touchez pas, ne me traitez pas comme une idiote, ne me parlez pas fort (je ne suis pas sourde), ne me dupez pas ! » Mais il y a l’autre, mais il y aura l’amour…Les règles de Parker ne ….règlent pas tout.

Prix du meilleur livre adapté : Le jardin du ninja, d’Alexandre Ilic, éditions « L’image au bout des doigts »

L’apprenti du ninja a terminé sa formation. Quitter son maitre pour se lancer seul dans le vaste monde le terrifie. Son maitre le convainc d’en avoir le courage, le persuade qu’il en possède les capacités. Écriture en braille et grosses lettres, bande dessinée en relief. Message et procédés destinés à des adolescents aveugles et malvoyants.

Mention spéciale : Patients, de Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand corps malade, éditions Seuil-Point

Le célèbre rappeur est jeune et beau, il croque à belles dents un monde animé et multicolore. Accident stupide dans la piscine, tétraplégie. Allongée sur le dos, son univers s’est réduit au blanc uniforme du plafond, juste « égayé » par quelques trainées plus sales. Il se reconstruira. Style remarquable, livre fort publié en parallèle à un film. L’un et l’autre sont appelés à un succès mérité.

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