ÎLE DE LA RÉUNION : LES HAUTS ET SES GENS


L’Ile de la Réunion n’a que trois millions d’année. Elle a été formée au fil des éruptions du volcan  “le Piton des Neiges” qui ont duré  jusqu’à il y a trente mille ans. Aujourd’hui, elle continue de s’étendre à chaque éruption d’un nouveau volcan apparu au sud-est de l’Île, le Piton de la Fournaise. Le bloc massif du Piton des Neiges a subi plusieurs effondrements qui ont formé trois cirques  entourant son somment actuel à 3071 mètres d’altitude, le plus élevé de tout l’Océan Indien. Ces cirques de dix à vingt kilomètres de diamètres se disposent comme les feuilles d’un trèfle. À la base, le cirque de Salazie à l’est est accessible par une route qui emprunte des gorges depuis la côte au vent et la ville  de Saint-André ; c’est de loin le plus humide. Du côté ouest, celui de la côte sous le vent, les gorges d’accès au cirque de Cilaos viennent de Saint-Louis au sud-ouest de l’Île. Le climat y est plus ensoleillé et sec. Au sommet nord, le cirque de Mafate, sec lui aussi, est complètement fermé, aucune route ni ligne électrique n’y pénètre. On y accède seulement par des chemins de montagne dont la plupart descendent de cols au environs de deux mille mètres.

Le métissage des populations de l’Île est d’origine. Le premier peuplement permanent date de 1663. Au départ, une dizaine de côlons européens et quelques malgaches s’installent alors que les femmes, malgaches surtout, sont bien moins nombreuses. Elles ont des époux successifs, la descendance est métissée. Après l’abolition de l’esclavage en 1841, d’importants contingents indiens viennent travailler dans les champs de canne à sucre et font souche, de même que des commerçants chinois. Plus récemment, de notables communautés mahoraises s’établissent à la Réunion, en provenance des Comores et de Mayotte.

Le peuplement “des Hauts” de l’Île, et en particulier des cirques, se fait en deux temps. Le premier est celui du marronnage. Les esclaves évadés établissent des petites colonies retirées en subsistant par de menus travaux agricoles, surtout du maraichage, un peu d’élevage lorsqu’ils ont pu récupérer des bêtes, volées ou échappées. Cependant, la plupart de ces anciens esclaves redescendent sur la côte après l’abolition de l’esclavage. Les possibilités de travailler et de gagner sa vie y sont en effet bien plus grandes. De grandes exploitations sucrières se constituent, elles embauchent une main d’œuvre d’anciens esclaves et de nouveaux immigrés en provenance de l’Inde. Cependant, cette ressource n’existe en pratique pas pour les Réunionnais à la peau la plus claire et au type européen prédominant, elle n’entre pas dans les standards en vigueur, un blanc ne peut être ouvrier agricole dans une exploitation sucrière. Les ” petits  blancs” pauvres, ceux qui ne possèdent pas de terre, se trouvent de ce fait en situation plutôt plus difficile que les gens de couleur et métis variés. Ils tendent alors à se retirer dans les Hauts où ils remplacent les anciens marrons, se mettent à bricoler un peu d’agriculture et d’élevage, parfois d’artisanat, dans des petits villages, les “islets”, établis sur les terrains plats de la zone montagneuse centrale, entre quelques centaines de mètres et plus de mille six-cents mètres d’altitude. Les gens des Hauts sont par conséquent avant tout les descendants des “petits blancs des Hauts”; ils sont beaucoup moins métissés que sur le pourtour urbain et agricole de l’Île.

Après le parrainage d’une manifestation consacrée au handicap à Saint-Denis de la Réunion, j’ai eu l’occasion six jours durant de parcourir les trois cirques de l’Île au cours d’une randonnée au caractère montagnard très prononcé puisque les cols permettant de passer d’un cirque à l’autre et de faire ainsi le tour du Piton des Neiges vont de 1950 à 2485 mètres et les pentes sont en général assez rudes. Chaque fois, j’ai fait étape dans des gîtes ou refuges tenus par ces gens des Hauts, mangé leur cuisine créole à base de caris divers (saucisse, poulet, cabri..), toujours servis avec du riz, des “graines” (surtout lentilles) et une rougaille pimentée. Les bistrots des cirques, alimentés à Mafate par hélicoptères, proposent aussi des “bouchons réunionnais” (viande de porc dans de la pâte de riz, le tout cuit à la vapeur) et divers tapas créoles, samoussas et autres.

Les “gens des Hauts”, comme d’ailleurs la population réunionnaise dans son ensemble, sont accueillants, nul trace de racisme n’est perceptible. Cependant, dans cette population isolée, en partie désœuvrée, l’alcool et le cannabis font des ravages, en particulier chez les jeunes….d’autant que tout pousse à la Réunion, et en particulier “l’herbe”. Les paysages sont d’une grande splendeur, d’une stupéfiante magnificence que je tiens à partager. Mes images ne sont hélas pas d’une qualité optimale. Partant le premier jour pour une ascension de plus de mille six cents mètres sous une pluie battante, j’ai renoncé à emporter mon appareil photographique et ses objectifs pour n’utiliser que mon iPhone de nouvelle génération. Néanmoins, vous apprécierez !

Jour 1, de Hell Bourg (920 mètres) au refuge de la Caverne Dufour (2471 mètres).

Ancienne station thermale du cirque de Salazie, Hell Bourg possède encore de fort belles maisons créoles. Le dimanche de mon arrivée, pour me mettre en jambes, je suis monté au site dit “des trois cascades”, orné d’un oratoire à la Vierge dont je retrouverai des équivalents tout au long de mon chemin.

L’oratoire des Trois Cascades, Hell Bourg

Le lendemain, début d’une pénible et raide ascension de plus de mille six-cents mètres compte tenu des ravines à traverser – je l’ai dit – sous une pluie battante, les pieds dans la boue ou totalement immergé dans le torrent tumultueux qu’était devenu le sentier. Les traverses de bois disposées pour faciliter le chemin avaient presque toutes été emportées par le courant. Peu de photos, par conséquent, à part en profitant d’une accalmie sur le plateau de Bélouve.

Le cirque de Salazie depuis le plateau de Bélouve

 

Plateau de Bélouve, fougères arborescentes

 

Plateau de Bélouve, fougères arborescentes

Le refuge de la caverne Dufour est le plus fréquenté de toute l’île puisqu’il sert de camp de base pour l’ascension avant le lever du jour du sommet du Piton des Neiges. Cela fait des décennies que je ne m’étais trouvé dans un vrai refuge  de haute montagne, aux six dortoirs bondés sur les quatre niveaux des lits superposés, aux deux sanitaires disponibles pour tout le monde, sans douche ni vrai possibilité de toilette, sans chauffage, bien entendu. Contre toute attente, sommeil néanmoins réparateur.

Jour 2, du refuge de la caverne Dufour à Cilaos

Au petit matin, le temps était magnifique, le Piton des Neiges en gloire, la descente vers le cirque de Cilaos somptueuse.

En montant au Piton des Neiges, 6h

 

Le Piton des Neiges, en descendant dans le cirque de Cilaos

 

Cirque de Cilaos

Jour 3, de Cilaos à Marla dans le cirque de Mafate.

Le village de Cilaos, au fond du cirque, bénéficie de son micro-climat agréable et est assez touristique, on y trouve aussi de jolies bâtisses et des marchés créoles ; dans ces derniers, une variété de fruits et de légumes dont certains m’étaient totalement inconnus.

 

Depuis le pied du col de Taïbit, vers Saint Louis au sud.

 

Ascension du col de Taïbit, vers le sud

 

En cours d’ascension vers le col de Taïbit

En cours d’ascension, l’islet des Salazes, aujourd’hui inhabité,  est un endroit un peu magique installé sur un petit plateau au pied ouest du massif des Salazes et de Grand Morne, deuxième plus haut sommet à plus de 3000 mètres. Sur la crêtes, les trois curieux petits rochers, les “Trois Salazes”, que j’aurai l’occasion de revoir depuis Mafate et Kerval.

En cours d’ascension du col de Taïbit, depuis l’islet des Salazes.

 

En cours d’ascension du col de Taïbit, vers le Grand Morne

 

En cours d’ascension du col de Taïbit, les Trois Salazes

Depuis le col bien escarpé, la vue sur le cirque de Mafate et l’islet de Marla est de toute beauté.

Le cirque de Mafate depuis le col de Taïbit. Marla

 

Depuis le col de Taïbit, vers Kerval et le Grand Morne

Jour 4, de Marla à Kerval et à La Nouvelle.

L’islet de Marla à 1650 mètres d’altitude compte une soixantaine d’habitants dont, outre le tourisme, l’activité se concentre sur l’élevage de chèvres et de cerfs. C’est un endroit idyllique pour le marcheur, y passer la nuit face aux parois du cirque est un privilège. Après être redescendu d’environ 150 mètres en direction de  La Nouvelle, je suis remonté par une raide ravine à peine tracée dans le lit d’un torrent vers un autre lieu de rêve, le plateau de Kerval, à 1750 mètres au pied du Grand Morne. Un grande étendue d’alpage, des arbres nains, une marre, de paisibles bovins, la masse écrasante du Grand Morne, les Salazes….prodigieux.

Les Trois Salazes depuis le plateau de Kerval

 

Plateau de Kerval

 

La mare et les vaches du plateau de Kerval

Jour 5, de La Nouvelle au Bélier, cirque de Salazie

La Nouvelle et ses deux cents habitants est, à 1450 mètres d’altitude, le plus grand islet du cirque de Mafate, sa capitale, en quelque sorte. De là, on rejoint les cols qui permettent de retourner dans le cirque de Salazie, soit le col des Bœufs accessible par une route depuis Salazie, soit l’étroit col de la Fourche, que j’emprunterai. Le sentier offre encore de belle perspectives sur Mafate et passe, à la même altitude que Kerval, par un beau bois de tamarins, l’un des arbres emblématiques des Hauts.

La muraille ouest de Mafate, vers le Grand Bénare

 

En montant au col de la Fourche, la partie sud-est du cirque de Mafate

 

Le plateau des Tamarins, au dessus de La Nouvelle

 

Le chemin au milieu des tamarins du plateau éponyme

 

En montant au col de la Fourche

 

Du col de la Fourche, le Grand Bénare, 2998 mètres. Marla

 

Du col de la Fourche, le Grand Morne

 

En descendant du col de la Fourche vers le cirque de Salazie

Jour 6, du Bélier à Hell Bourg

Ne reste plus qu’à traverser tout le cirque de Salazie pour retourner à Hell Bourg, ce qui nécessite de passer à gué trois ou quatre rivières importantes. En chemin, on traverse le Grand Sable, au pied est du Grand Morne. En 1875, un pan entier de l’imposante montagne s’effondra une nuit, ensevelissant sous des dizaines de mètres de rochers et de débris les soixante-trois habitant d’un islet qui fut rayé de la carte. Les deux seuls survivants n’étaient pas dans l’islet cette funeste nuit là.

La paroi nord-est du cirque de Salazie

 

Cirque de Salazie, la rivière du Mât

 

Retour à Hell Bourg, les anciens thermes

Fleurs et pestes.

Quoique février corresponde au début de l’automne de l’hémisphère nord, il persiste de nombreuses fleurs que je ne connais pas toutes et indiquerai leurs noms après vérification. . Certaines sont des pestes envahissantes. Je jette ce bouquet à qui veut s’en saisir.

Et puis les pestes, des fleurs envahissantes. D’abord le fuchsia.

Et surtout, la longose jaunâtre, jolie fleur odorante dont les pieds mesurent jusqu’à deux mètres et qui envahit des pans entiers de montagne.

Et pour terminer en apothéose, depuis la route qui redescend d’Hell Bourg vers Salazie, le “Voile de la mariée”, série de cascades qui surgissent de la paroi basaltique, résurgence d’une rivière du sud.

En descendant du cirque de Salazie, le voile de la mariée

Avouez, j’étais bien là haut, loin des rebondissements parfois obscènes d’une campagne présidentielle de caniveau !

Axel Kahn, le premier mars 2017

5 thoughts on “ÎLE DE LA RÉUNION : LES HAUTS ET SES GENS

  1. Merci Axel pour ce voyage superbe! Je suis personnellement descendu du col des Boeufs à la Nouvelle où j’ai passé une nuit! Je suis toujours bluffé par ce mot entendu à la Réunion :” Nous, le racisme on l’a découvert à la télé!”

  2. Quel plaisir de regarder ces paysages somptueux de La REUNION, c’est grandiose, je ne m’en lasse pas!!J’ai vécu 18 ans à La REUNION, j’ai sillonné les Cirques, j’ai adoré ! Comme j’y retourne souvent , je ne manque jamais de prendre mes chaussures de marche et mon sac à dos et de retourner dans MAFATE. Merci AXEL

  3. Bonjour M. Kahn
    Nous nous sommes rencontrés à la Réunion et avons passé une excellente soirée avec nos épouses dans le cirque de Mafate.
    Nous nous sommes retrouvés le lendemain pour boire une bière en famille.
    Nous avons convenu que je vous recontacte par mail pour organiser une conférence à l’INSA de Lyon.

    Il se trouve que nous sommes en train d’organiser 3 journées (les 16, 17 et 18 juin) pour fêter les 60 ans de la création de l’INSA.
    Je pense que c’est une opportunité unique pour vous faire participer à cette grande fête, notamment sous forme d’une conférence le samedi après-midi (18h à 19h30).
    J’ai proposé cette éventualité à notre bureau exécutif et nous serions tous enchantés si vous pouviez répondre favorablement à notre invitation.

    Je sais que vous avez un programme et un agenda très chargé, mais je garde l’espoir que vous soyez libre à cette date et qu’ un WE à Lyon avec votre épouse pourrait vous être agréable.
    Le sujet de votre intervention serait de parler du futur des métiers des ingénieurs.

    Dans l’attente de vous lire, veuillez croire en toute ma considération.
    Jean Paul BOY

  4. Bonjour M. Kahn,

    Pouvez-vous me répondre par mon adresse mail, SVP

    Cordialement
    Jan Paul BOY

  5. Cher Axel ,
    Des photos splendides et des mots bien choisis pour mettre à l’honneur ce promontoire sorti des eaux et colonisé par une flore luxuriante . La Réunion est un petit tout au milieu d’un grand rien . Que la sagesse de l’homme lui permette de préserver encore longtemps la beauté de ces paysages . J’y ai découvert des lentilles comme dans notre petit Velay .
    Amitiés Fabrice

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