L’ASSISTANCE MÉDICALE À LA PROCRÉATION POUR TOUTES


Interview recueillie par Madame Violaine de Montclos, publiée dans Le Point du 13 juillet 2017

Que pensez vous de l’avis du CCNE favorable à l’AMP pour les couples lesbiens ou les femmes seules ? 

 

Cela fait des années que je défends ce point de vue. D’après moi la loi Républicaine n’a pas à appliquer de morale « a priori », et la seule bonne manière de réfléchir à ces questions est de se demander s’il existe une seule raison valable de ne pas répondre favorablement à une revendication citoyenne. Depuis longtemps, l’argument qui était opposé à la demande des femmes seules ou en couple d’accéder aux techniques de l’AMP, c’était l’intérêt de l’enfant. Or aujourd’hui cet argument ne tient plus, nous disposons de quantités d’études démontrant que les enfants élevés en dehors de couples dits traditionnels ne vont pas moins bien que les autres. D’ailleurs dans la réalité rien ne peut empêcher une femme d’aller se faire inséminer en Belgique, en Espagne, ou en choisissant simplement un amant de passage. En quoi ne pas légiférer serait-il plus protecteur pour l’enfant ?

Mais l’AMP à la Française repose sur l’idée claire que les médecins n’ont pour mission, par définition, que de traiter l’infertilité médicale. Or deux femmes en couple, ou une femme seule, c’est une infertilité dite « sociétale » : en quoi cela devrait-il être l’affaire de la médecine ?

Une loi est passée autorisant le mariage pour tous, il y a donc des couples de femmes mariées, dont chaque membre est individuellement fertile, mais qui, ensemble, ne peuvent avoir d’enfants. Or c’est quelques fois ce qui se passe aussi au sein des couples hétérosexuels ! En général, quand il y a un problème de stérilité, c’est que l’un ou l’autre a une difficulté médicale, mais il arrive aussi qu’aucun des deux ne soit infertile : simplement, ensemble, ils sont incompatibles… Comme les couples homosexuels ! Alors pourquoi faire une différence ?  Ca a l’air d’être de la casuistique, mais en fait c’est logique.

Mais si l’on est logique, au nom de quoi répondre à l’infertilité « sociétale » des couples de femmes, et pas à celle des hommes ? Or le CCNE se dit toujours opposé à la GPA.

 

Je ne pense pas que les revendications des couples masculins soient moins légitimes, mais les situations ne sont absolument pas comparables. Pour qu’un couple d’hommes ait accès à l’AMP, il faut obligatoirement l’aliénation d’un tiers. Dans 98% des cas, la GPA est contractuelle et commerciale, c’est une aliénation de la fonction gestatrice, et cela, c’est un argument valable à opposer à cette demande citoyenne. Et puis une mère, au regard de la loi, est la femme qui accouche.

Si une loi suivait l’avis du CCNE, on pourrait donc désormais autoriser et organiser la naissance d’enfants… sans père. Ne pensez vous pas qu’un jour ou l’autre, ces enfants devenus grands, sciemment privés de pères, nous demanderont des comptes ?

 

D’abord, des enfants nés de pères inconnus, il y en a déjà des milliers. Bien sûr, la référence au père, même non connu, peut être d’ordre mythique ou symbolique, ce qui ne sera pas le cas avec un don de sperme. Mais cette carence est-elle réellement préjudiciable à l’enfant ? Il y a trente ans, je n’aurais peut-être pas eu la même réponse, mais aujourd’hui, avec tous les travaux dont nous disposons, et sachant qu’il est toujours possible de donner des références masculines à un enfant, des pères disons « spirituels », je pense qu’il est impossible d’affirmer que l’on fait du tord à ces enfants.

Pourtant quand un couple fait une FIV, que des embryons sont constitués et que l’homme décède, la loi interdit que l’on utilise les embryons pour ne pas faire naître des orphelins de père…

 

Je comprends cela pour le sperme d’un défunt, qui ne doit pas appartenir à sa veuve… Mais pour des embryons déjà constitués, je souhaite que la loi change, et je pense qu’elle changera. Avec un délai d’un ou deux ans après le décès, je ne vois encore une fois aucun argument valable à opposer à une femme qui souhaiterait porter un embryon issus de son couple, l’homme fut il défunt.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *