OCTOBRE BLEU, BRÈVES POLITIQUES


La politique n’est pas au centre de mes intérêts mais la chose publique l’est plus. Or, difficile d’être concerné par la seconde sans jeter un œil sur la première, que je commente d’ailleurs avec une certaine régularité à France-info et sur des chaines TV.

J’intitule ce billet matinal « brèves politiques » car il n’y a que des commentaires brefs à faire tant les choses vont comme on prévoyait qu’elles devaient aller depuis les sept mai et dix-huit juin 2017. Je rappelle le billet que j’ai publié sur mon blog le sept mai à 20 h (Quel type de Président sera Emmanuel Macron ?) : le cadre qu’il dépeint est celui de ce qui se déroule : le Président occupe la position d’un monarque républicain, d’ailleurs bien dans l’esprit de la cinquième République. Il en a le goût et, on ne peut lui contester ce point, la prestance.

Il a profondément révisé les bases de la politique étrangère du couple Fabius – Hollande, dans un esprit plutôt gaulliste sauf en ce qui concerne l’Europe : positionnement de la France comme un pont entre les successeurs des blocs d’antan, pragmatisme, volontarisme sont les maitres-mots de la nouvelle donne.

En revanche, la position du Président sur l’Europe est celle d’un ardent partisan du « Volapük intégré », plus dans le sillage des présidents Giscard d’Estaing et Mitterrand que dans celui du général et de ses plus fidèles successeurs, Georges Pompidou et Jacques Chirac. Il est même le premier après François Mitterrand à renouer franchement avec le lyrisme européen. Là encore, sa stratégie est dominée par le volontarisme et un certain activisme au service de ses convictions. Le compromis arraché sur la directive européenne concernant les travailleurs détachés témoigne de ce que cette action a une certaine efficacité. L’Europe d’Emmanuel Macron est sans conteste une Europe libérale, dans l’esprit du traité de Maastricht, du traité constitutionnel repoussé en 2005 et en fait inclus pour l’essentiel dans le traité de Lisbonne.

Nulle surprise : le Président est sur le plan économique un libéral strict, version post et anti-keynésienne. Il est même le premier depuis la dernière guerre à mener une politique de cet ordre avec une telle détermination. Giscard d’Estaing, le président de la Cinquième le plus proche d’Emmanuel Macron, avait à faire face à un groupe gaulliste important et à une gauche forte. Les velléités « ultra-libérales » de Nicolas Sarkozy ont immédiatement buté sur la crise des subprimes de 2008.

L’opposition à Emmanuel Macron et à sa « révolution libérale néoclassique » est historiquement faible. La droite libérale est obligée de se ridiculiser par des contorsions illisibles pour s’y opposer tant le Président accomplit ce qu’elle avait toujours appelé de ses vœux et que ses gouvernants n’avaient jamais pu ou osé mettre en œuvre. Or, la pensée de droite est nettement majoritaire dans notre pays, toutes les élections depuis 2013 le confirment.

Nouvelle donne, le déclin du Front National est amorcé, selon moi de manière durable. C’est la première fois depuis les années quatre-vingt-dix. Tout concourt désormais à ce reflux : la mauvaise qualité révélée de la leader, le départ avec Florian Philippot du courant le plus souverainiste anti-libéral, la concurrence conservatrice et réactionnaire de la droite de Sens commun et de Wauquiez, la concurrence souverainiste de la France insoumise. Certes Marion Maréchal-Le-Pen ferait moins mal que sa tante mais n’a guère de prise sur le FN populaire amené ces dernières années par la ligne de Florian Philippot.

La France insoumise est devenue la première force de gauche, elle comporte des dirigeants, des élus et des militants de talent.  Sa progression est  cependant aujourd’hui limitée par un fonctionnement d’ensemble assez « clérical » (référence à une église, pas à Rome !) et par le fait – elle a semblé n’en avoir pas conscience – que, sociologiquement et politiquement, la France est de droite, fort éloignée de ses thèses. Son appel à la mobilisation du 23 septembre contre la nouvelle loi travail a été un franc insuccès ; la popularité de leur leader dans l’opinion publique ne progresse plus.

Je prévoyais le sept mai,  comme tout le monde, que la victoire électorale d’Emmanuel Macron et de LREM serait suivie d’une mobilisation sociale et que le combat contre les orientations libérales de l’exécutif serait vif. Je prédisais pourtant que ce mouvement serait incapable de bloquer le gouvernement. Mobilisation et contestation il y a eu et il y a ; il y aura. Cependant, beaucoup moins moins amples pour l’instant que je ne le prévoyais. La France sera réformée dans une optique libérale néoclassique stricte comme jamais depuis la Libération. Sous de nombreux aspects, une transformation profonde.

Mon pronostic est inchangé : ces bouleversement accroitront l’activité économique globale du pays, doperont la croissance et feront très significativement baisser le chômage. Les faits me contrediront peut-être mais telle est ma conviction, je l’assume. Pour autant, les inégalités réelles et le sentiment d’injustice qui les accompagnent progresseront eux-aussi. Là est pour Emmanuel Macron et sa majorité le principal danger, là réside l’espoir des forces souverainistes antilibérales, à gauche et à droite. Rappelons-nous. Les démocrates américains et Hillary Clinton ont, à la faveur du système électoral en vigueur, perdu les élections après une remarquable progression économique des Etats-Unis, mais aussi alors que les écarts de revenus et de richesses avaient eux aussi explosé. Les citoyens détestent se vivre comme les laissés pour compte d’un succès.

Axel Kahn, le vingt-cinq octobre 2017.

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