TRUMP, HITLER ET L’ÉCONOMIE. Tout se jouera dans les six premiers mois


Comparaison, n’est pas raison, certes.  Donald Trump n’est pas Adolphe Hitler, les États-Unis riches et puissants de 2017 ne sont pas l’Allemagne de 1933, défaite, ravagée par les dommages de guerre insensés réclamés par le traité de Versailles et par la crise de 1929. Pourtant, la référence à la situation de l’Allemagne à l’arrivée d’Hitler au pouvoir n’est pas totalement absurde. Dans les deux cas le pouvoir a été conquis par une victoire électorale étriquée (pour Hitler, 37,3 % des suffrages le 31 juillet 1932 et 43,8 % le 5 mars 1933 après l’incendie du Reichtag)  dans le contexte d’une importante frustration sociale, d’un mécontentement populaire contre les élites et d’un fort sentiment xénophobe, voire raciste. Les candidats avaient des slogans voisins, Deutschland über Alles dans  un cas, America first dans l’autre. Se rappeler comment Hitler est parvenu à consolider rapidement son pouvoir est dans ce contexte essentiel. C’est par l’économie, bien entendu.

Les leçons de la Première Guerre mondiale ont porté partout dans le monde. Les belligérants mettent leur économie en ordre de bataille dans le but de se préparer au prochain conflit, par conséquent dès l’accession au pouvoir du leader nazi le 31 janvier 1933. Hitler fait aussitôt appel à Hjalmar Schacht, d’abord comme président de la Reichbank, puis ministre de l’Économie à partir de 1934. C’est un habile homme qui utilise toutes les ressources d’une économie dirigée pour amorcer un redressement rapide des finances de l’Allemagne et réduire le chômage massif trouvé à son arrivée. Ses armes sont une version allemande du New Deal, un mercantilisme assumé, le rapatriement des capitaux placés à l’étranger et la préparation du pays à une autarcie maximale. Les importations sont limitées aux matières premières essentielles et, afin de ne pas aggraver la dette, un subterfuge astucieux est adopté pour régler certaines d’entre elles en Deutsche Marks et non en devises étrangères. En 1937, Schacht est remplacé par Hermann Göring qui s’appuie sur l‘assainissement réalisé de la conjoncture pour accélérer le réarmement par son « plan de quatre ans ». La très rapide embellie socioéconomique aboutit à fédérer bien vite l’essentiel du peuple allemand autour du Führer. Et Hitler peut alors faire….ce qu’il avait annoncé qu’il ferait, y compris éliminer grâce à son pouvoir dictatorial ce qui persiste d’opposition[1].

Trump stupéfait le monde entier pour la même raison : en poste depuis moins de deux semaines, il applique à la lettre le programme sur lequel il a été élu. C’est inhabituel, certains trouveront même que « ce n’est pas du jeu ». Or, ce programme peut être considéré comme la version moderne du fascisme transposé à la sauce américaine : suprémacisme blanc, machisme effréné, xénophobie, expulsion des étrangers, isolationnisme, agressivité vis-à-vis des pays étrangers, appétence pour ceux qui sont les moins démocratiques,  extrême conservatisme autour des « valeurs traditionnelles du pays ». Impossible, pensera-t-on,  que la libre Amérique et tous ses contre-pouvoirs pensés, comme le rapporte Tocqueville, par les pères de la révolution américaine ne sache pas se débarrasser très vite de ce fou furieux fasciste ! Oui, mais il y a l’économie qui, pas plus que l’argent qu’elle s’efforce de faire prospérer, n’a d’odeur ni de sentiment.

Avant même sa prise de fonction, j’ai eu l’occasion de l’expliquer en particulier dans mon billet de début d’année sur les perspectives 2017 (cliquer sur ce lien), les projets du républicain de procéder à une relance keynésienne en injectant mille milliards de dollars dans les infrastructures publiques (là encore, une recette éprouvée par Roosevelt avec le New-Deal), de pénaliser les délocalisations industrielles, de taxer les importations, de faciliter la  relocalisation des entreprises, de diminuer la fiscalité et les freins écologiques au développement, de dérèglementer à tout va, a suffi à changer la donne économique du monde. Les perspectives d’accroissement de la croissance américaine a abouti à ce que la Fed augmente son taux directeur, les taux d’intérêt sont remontés, une certaine inflation, plutôt saine, est réapparue, les cours du pétrole ont augmenté. L’atmosphère globalement déflationniste dans laquelle le monde était encalminé depuis  2008 a semblé se dissiper. Or, en économie comme ailleurs, Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche applique son programme économique à la lettre. Le Down-Jones bas tous ses records historiques, il dépasse les vingt-mille points.

Alors, les choses sont claires, deux possibilités existent désormais :

* Soit les résultats économiques sont très inférieurs à ce qui est escompté, et alors la coalition de l’indignation internationale suscitée par la politique de Trump, l’opposition démocrate et démocratique aux États-Unis, la levée en masse du monde culturel, des spectacles, des sciences, l’opposition jamais connue auparavant des services secrets au président l’empêcheront de terminer son mandat, ou alors au prix d’une improbable soumission.

*Soit la politique économique crée très vite cinq millions d’emplois en six mois, dix millions en  un an, la croissance américaine atteint 4 % l’an, Trump jouit d’une forte popularité et alors……le président fou aura les moyens de sa folie. Tout se jouera dans les six premiers mois.

Axel Kahn, le vingt-neuf janvier 2017.

[1] Axel Kahn, L’Homme, le Libéralisme et le Bien commun, Stock, 2013

6 thoughts on “TRUMP, HITLER ET L’ÉCONOMIE. Tout se jouera dans les six premiers mois

  1. L’histoire se répète-t-elle? Le destin d’un pays est-il inéluctablement sous la gouvernance d’une économie qui est mondiale?
    De l’urgente nécessité de ne pas laisser sombrer une partie du peuple dans la misère sociale, économique, intellectuelle, culturelle.
    Six mois? C’est une durée de temps extrêmement courte.

  2. Pour m’être, tout au long de mon adolescence et sur place, en Bade-Würtemberg, passionné pour l’histoire récente de l’Allemagne des années 30, et surtout pour avoir bavardé avec nombre de témoins se relevant à peine de ces temps douloureux , membres de ma famille par alliance, je dois dire, Axel, que vous avez TOTALEMENT raison. Et que votre analyse de cette époque est parfaitement conforme aux faits. C’est la réussite économique (ou l’échec) de sa politique qui enracinera DT dans sa présidence. Pour ma part, dans un pays lequel, avec presque 320 millions d’habitants, est à lui tout seul un marché quel que soit le produit concerné, mes craintes sont immenses.

  3. Il existe aussi d’autres raisons de s’inquiéter, qu’on connaît en France mais qui ont des échos par ailleurs : beaucoup de nos concitoyens ont une folle envie d’une démocratie parfaitement horizontale, sans intermédiaire et surtout avec le refus de toute élite. La trahison de beaucoup de nos représentants explique cela. Mais la conséquence est une prétendue défense d’un égalitarisme où toute personne qui oserait parler pour d’autres serait taxée de politicisme professionnel. Dans le même temps, beaucoup ont une forme d’admiration pour le leadership d’hommes ou de femmes qui sauraient être des meneurs incontestés, quitte à savoir taper du point sur la table et plus encore : nier la nécessité de respecter avant tout les droits de l’homme. En France, ces représentants politiques n’arrivent pas à condamner Poutine, regardent avec envie Trump ou vont serrer les mains de Bâchâr el-Assad. Le président fou des Philippines échappe à leur admiration à cause de l’éloignement géographique comme médiatique.
    Si on additionne ces deux phénomènes (volonté d’un égalitarisme forcené et admiration pour un leader), nous avons les deux ingrédients essentiels pour vivre dans une société qui accepterait des modèles de type totalitaire comme ceux qui ont été développés en Europe au XXe siècle. Ils se sont construits à la fois sur l’obéissance inconditionnelle au chef qui promettait en retour pour le peuple élu (par la race ou par la classe sociale) une égalité des chances dans la promotion sociale.
    L’histoire ne repasse pas les plats et les modalités d’application ne seront pas les mêmes. Mais les esprits ayant été en grande partie déjà formatés par les médias et réseaux sociaux ainsi que par la société de consommation et les messages publicitaires, le seul espoir est dans la culture et les capacités de débat pour inventer d’autres formes de société. C’est urgent, car en plus des délires politiques qui nous attendent, il n’est pas impossible que nous courrions à l’échelle mondiale à un effondrement systémique lié à la raréfaction des ressources énergétiques bon marché. Et toute société vit et dépend de ses ressources en énergie.

  4. Madame Merkel a -t’elle demandé l’avis des autres pays Européens avant de faire entrer plus d’un million de “réfugiés” en Europe sachant qu’il était impossible de contrôler leur identité? Il faut aller au bout des analyses .
    I

  5. peut -on défendre son économie capitaliste d’Etat dans un monde où règnent les multinationales?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *