VIOLENCE ANIMALE, VIOLENCE HUMAINE, INHUMANITÉ


Violence animale chez l’humain

L’homme est, sans conteste, un loup pour l’homme. Diffère-t-il, en cela, des autres animaux, les loups sont-ils bien des loups pour eux-mêmes ? En d’autres termes, l’homme ne fait-il que reproduire, à son échelle et avec ses moyens, l’agressivité animale ou bien innove-t-il en cette matière ?

Les chimpanzés, l’espèce animale dont l’homme est le plus proche, ont une vie fort agressive et violente, ils savent même se liguer pour tuer un intrus. Un tel comportement relève d’un phénomène dont on trouve des équivalents dans tout le règne animal, des sociétés d’insectes aux différentes familles de vertébrés. L’introduction d’un individu étranger dans un groupe constitué, petite assemblée familiale, colonie d’insectes sociaux, hardes ou troupeaux, aboutit souvent à son rejet, parfois véhément, voire à sa mise à mort, par exemple chez les fourmis. Chez ces dernières, on assiste à de véritables razzias organisées et structurées impliquant des milliers de « légionnaires » qui se déploient sur un large front et détruisent tout sur leur passage de ce qui est consommable, ou bien s’en vont piller d’autres colonies.

D’autres fois, c’est la défense du territoire, du nid, du terrier ou de la tanière qui engendre le conflit. Selon les cas, nos amis les bêtes sont prêtes aussi à monter au créneau pour défendre leur nourriture, leurs femelles et leurs petits. Gare à celui qui veut arracher son os à un chien ou à d’autres carnivores, qui menace la portée d’une femelle ou les compagnes d’un mâle, un étalon aussi bien qu’un jars.

La compétition sexuelle entre les mâles est, bien sûr, une source intarissable de combats qui peuvent, là encore, être d’une extrême brutalité. De tels affrontements se confondent avec la lutte pour le rang hiérarchique puisque la victoire confère aux mâles le droit de féconder les femelles. Cependant, une rivalité hiérarchique existe également chez ces dernières lorsqu’il s’agit de désigner les femelles dominantes, par exemple dans un groupe de juments en liberté ou au pré. Leurs compagnes s’effaceront devant elles, elles seront les premières à boire et à manger.

Les animaux apparaissent sensibles au stress et à ses conséquences comportementales. Les biologistes travaillant avec des rongeurs de laboratoire savent que la perturbation de leur milieu – travaux dans les animaleries, mauvaise climatisation, bruits incongrus – entraînent diverses manifestations au rang desquelles l’agressivité et l’infanticide des petits par les mères qui les dévorent. Un même phénomène est évoqué pour rendre compte, dans la savane africaine, d’une inquiétante évolution des comportements des éléphants, de plus en plus agressifs les uns envers les autres et hostiles à l’homme. La responsabilité de la perturbation du cadre familial habituel et la vie en groupe est évoquée. La norme chez ces pachydermes est la persistance prolongée de liens entre les petits, y compris mâles, et leur mère, au sein d’une troupe dirigée par une femelle dominante. Le massacre des adultes et le grand nombre d’orphelins que cela a entraîné auraient conduit à une déstabilisation des jeunes se manifestant par une violence non maîtrisée exacerbée à l’âge adulte.

Enfin, l’état de nécessité, la famine, peut amener nombre d’animaux à s’entretuer. Je me rappelle avoir réalisé ainsi une expérience sur les conséquences d’un jeûne prolongé chez trois rats enfermés dans une même cage. Après 72 heures de ce traitement, il ne restait plus qu’un seul animal… qui avait apparemment fort bien dîné. Tous ces ressorts de l’agressivité naturelle peuvent être, dans une certaine mesure, remplacés par le dressage des animaux de combats, vaches, chiens ou coqs.

En résumé, la violence animale peut avoir comme origines, la compétition sexuelle, la rivalité hiérarchique, la préservation d’un bien ou la défense de la famille ; elle est exacerbée par la famine, le stress, et peut être conditionnée par un dressage adéquat. Tous ces ressorts des conflits sont bien sûr observés aussi chez les primates humains qui les accommodent à leur manière sans en modifier la signification de manière fondamentale : rivalité amoureuse, combat de préséance, lutte pour la terre, pour l’eau, pour la nourriture, pour les richesses, conséquences de la désocialisation et de la déstructuration familiale dans les quartiers défavorisés des villes, fureur d’une foule affamée, brutes patentées programmées à tuer, rien de très original, hélas, dans tout cela.

Violence spécifiquement humaine

Et pourtant, l’homme innove aussi en ce domaine ; il a inventé le mal gratuit, la violence idéologique, le bouc émissaire et, en une certaine mesure, l’intolérance au mépris.

Il existe certes des exemples de prédateurs compulsifs, chiens errants, ours, parfois loups, tigres mangeurs-d’hommes au Bengale qui tuent leurs victimes poussés par une pulsion que n’explique plus la nécessité alimentaire. Les bergers retrouvent parfois des dizaines de leurs animaux égorgés et abandonnés sans même avoir été dévorés, ne serait-ce qu’en partie. J’ai connu moi-même cette désagréable mésaventure lorsque j’étais médecin-chef de la préfecture de Haute-Kotto, en République Centre Africaine. Je possédais un petit troupeau de cabris et de moutons qui fut, une nuit, aux trois-quarts massacré par des chiens de brousse. On pourrait sans doute retrouver dans les ressorts de ces attaques apparemment gratuites des pulsions instinctives, des conditionnements et des phénomènes d’auto-amplification du désir – parfois devenu besoin – de tuer suite au souvenir délectable de l’excitation et du plaisir ressentis lors de massacres antérieurs. Ces processus apparaissent de même nature que certains des ressorts des bourreaux humains. Chez eux, cependant, se surajoute parfois les conséquences d’une altérité perverse.

Contrairement au tueur animal, le tortionnaire humain est bien sûr capable de se mettre à la place de sa victime, d’en appréhender l’angoisse, l’épouvante, la souffrance. Et c’est cela qui lui est délectable. L’animal cruel ne martyrise guère les siens alors que le bourreau inhumain, jouissant de l’image qu’il se fait de la détresse et de la terreur d’autrui, en fera l’objet préféré de sa barbarie. L’épouvante de la victime est même si prisée qu’elle constitue le ressort du happy slapping, spectacle fort à la mode dans les quartiers difficiles des grandes villes. Des agressions, allant parfois jusqu’au viol et au meurtre, sont perpétués par des jeunes qui s’arrangent pour être filmés sur leurs téléphones portables. La séquence sera diffusée sur Internet, authentifiant les exploits de l’agresseur, être remarquable aux yeux des siens puisqu’il est susceptible d’inspirer une telle peur panique. Les pires barbares peuvent par ailleurs se révéler fort compatissant envers le monde animal. Nombre de nazis sanguinaires sévissant dans les camps vouaient par ailleurs un véritable culte à la nature et aux bêtes.

L’invention de l’inhumanité proprement humaine apparaît être une conséquence supplémentaire du desserrement de l’étreinte des déterminismes naturels et de la diversification des sources de plaisir. Le premier processus est bien sûr essentiel à l’idée de liberté : l’homme a l’impression de ne pas faire uniquement ce que la nature lui commande, mais aussi de réaliser ce qu’il désire, confronté le cas échéant aux interdits sociaux et moraux et à l’objectif du devoir. Ce dernier terme ne saurait être tout à fait indépendant du désir et du plaisir en ce qu’il n’apparaît pas réaliste d’imaginer que quiconque, un saint ou un héros, se décrète un devoir dont l’accomplissement lui ferait durablement horreur. Un homme (ou une femme) de devoir persistera d’autant plus dans la voie qu’il s’est tracée que celle-ci lui apportera finalement une satisfaction morale génératrice de plaisir. Il n’empêche, l’équilibre variable entre les ressorts du désir, du devoir et des contraintes sociales explique qu’un être qui se pense libre puisse faire du malheur d’autrui, savouré en pensée, observé ou infligé, l’objet de son plaisir. Il s’ensuit que dans le domaine de la cruauté et de l’inhumanité aussi, l’homme est d’une inventivité inégalable.

Notre espèce est, bien entendu, la seule capable de tuer et de se faire tuer pour des idées, au nom d’un schéma mental, en général collectif, redéfinissant sur des bases non ethniques les siens et les autres. Le rejet de l’intrus, voire l’hostilité systématique envers les individus extérieurs au groupe est, nous l’avons vu, un ressort de la violence qui n’est pas propre à l’homme. En revanche, ce dernier est le seul à pouvoir donner une définition religieuse, philosophique, politique ou idéologique au groupe ou à la famille pour la défense ou la prééminence desquels il convient de lutter, de risquer sa vie et de prendre celle des autres.

De plus, les possibilités psychologiques propres à l’homme l’amènent à étoffer les motivations de son hostilité aux étrangers, aux infidèles, aux barbares, etc. La sensibilité élective de l’esprit humain à l’imprégnation idéologique et religieuse facilite tous les conditionnements psychiques et comportementaux qui constituent l’un des mécanismes les plus évidents de la barbarie de masse. L’autorité religieuse ou celle du chef, référence suprême, conforte sans peine l’évidence de la supériorité morale, spirituelle ou naturelle de la cause défendue. Les fidèles de cette loi, les serviteurs de ce chef, les membres de cette communauté élue ne peuvent douter de la légitimité et de la supériorité de leur manière d’être et de penser, de la singularité qu’elle induit par rapport à tous ceux qui ne procèdent pas de cette fraternité de groupe.

La certitude de représenter la société des êtres aboutis empruntant la voie bonne a comme corollaire une suspicion vite teintée d’agressivité envers tous les autres. Puisque la qualité morale de l’engagement des miens va de soi, l’attitude des autres est, au mieux, amorale, au pire immorale. Les forces de la lumière et du bien peuvent aisément se convaincre qu’il est de leur devoir de diffuser, voire d’imposer la splendeur de la vérité au monde entier. Si au sein de ce dernier persistent des îlots de résistance, voire émergent des velléités de reconquête, s’enchaîne le mécanisme infernal qui conduit à ce que l’histoire de l’humanité a tant de fois illustré : les massacres en chantant, certitude contre certitude, héroïsme contre héroïsme, fanatisme contre fanatisme. Nous sommes alors de plain-pied au cœur des guerres humaines, des croisades, des luttes millénaires des forces du bien contre les forces du mal, chacun tenant le même discours en se contentant d’en inverser les destinataires.

Il s’avère, en définitive, que le penchant de chaque homme à attribuer des pensées et une valeur morale à tout autre peut constituer le catalyseur d’une violence décuplée envers autrui soupçonné ou accusé de mettre en péril, par ses idées, le corpus culturel et intellectuel de la communauté, corpus dont la qualité et la supériorité ne sauraient faire de doute. C’est la certitude qui se révèle ici criminogène et non l’interrogation sur les états mentaux d’autrui. Un tel mécanisme illustre le trait le plus spécifique de notre espèce, celui d’humaniser, pour le meilleur comme pour le pire, des comportements instinctifs sélectionnés par l’évolution, il y a des centaines de millions d’années.

L’agressivité fréquente envers l’étranger, qui peut en effet constituer une menace, se trouvera, selon les cas, exacerbée ou, au contraire, surmontée par le jeu psychologique de l’altérité. La certitude de la menace que les pensées perverses des barbares font peser sur l’harmonie spirituelle et morale des élus d’une famille religieuse ou idéologique déchaînera la violence. A l’inverse, le doute systématique quant au bien-fondé des concepts et des valeurs dans lesquels se reconnaissent les nôtres et les autres, la curiosité qui en découle des modes de raisonnement et des solutions venus d’ailleurs, c’est-à-dire l’attente et l’espoir nés de l’étrangeté d’autrui, sont de nature à ôter toute légitimité aux confrontations autres qu’intellectuelles pour les idées et les croyances. Un tel état d’esprit ne débouche pas sur la tolérance, souvent méprisante, envers les errements d’autrui, mais dans le sentiment qu’en bien des domaines, l’étranger peut avoir raison.

L’homme est un animal de vérité. Il ne peut manquer de vouloir donner sens aux phénomènes et aux événements, sinon chaotiques, auxquels il est confronté. Ses capacités psychologiques lui permettent également de transférer sur d’autres des tensions et des pulsions auxquelles il ne semble plus lui-même en mesure d’échapper. Tels constituent les fondements de la désignation par une collectivité d’un bouc émissaire, processus exploré en détail par René Girard. Pour lui, l’altérité devient toujours mimétique, aboutissant à ce que chacun désire de toutes ses forces avoir ce que l’autre a, être ce que l’autre est. La conséquence en est la répétition inéluctable des tensions sociales qui, malgré les dispositifs politiques d’organisation de la communauté conçus à des fins d’apaisement des conflits, atteint un niveau tel qu’elle menace gravement la survie du groupe et de chacun de ses membres. Ne pas succomber à l’effarement et au découragement que provoque le chaos ambiant, celui des structures et des esprits, passe par l’identification d’une logique maléfique à l’origine de la situation. Le plus simple, et en conséquence la solution à laquelle l’homme a eu recours depuis ses origines, est de personnaliser cette logique, c’est-à-dire d’en assigner la source à l’être du bouc émissaire.

Il est certes possible d’invoquer les forces du mal, le pouvoir des démons. Ceux-ci étant cependant peu accessibles au courroux des hommes, ces derniers ont comme unique solution de s’en attirer les bonnes grâces par le biais de sacrifices susceptibles de leur plaire. Le résultat apparaît donc similaire dans l’un et l’autre cas : le groupe, par un processus collectif passant ou non par l’autorité à laquelle il défère, désigne ceux qui ont déchaîné les esprits malfaisants et, de la sorte, sont responsables de la crise mimétique à laquelle la société risque de succomber. C’est sur eux que seront momentanément transférées les tensions qui déchirent le groupe, tensions que l’on tentera d’éliminer par la mise à mort des victimes expiatoires dont le sacrifice permettra de renouer, pour un temps, les liens sociaux. Les premiers chrétiens dans l’Empire romain, les juifs dans la chrétienté, les Arméniens en Turquie, autant d’exemples historiques témoignant des méfaits réitérés de cette expression particulière des dispositions symboliques de l’homme.

L’agressivité animale des chiens, par exemple, peut être exacerbée ou apaisée par le regard humain. Des animaux dominants le ressentiront sans doute comme un défi et une menace alors que d’autres le percevront comme un signe de leur infériorité hiérarchique et manifesteront tous les signes de la soumission. Cette observation vaut aussi, pour l’essentiel, chez les humains. En revanche, l’homme diffère des autres animaux quant à sa réaction à l’indifférence. Je n’avance pas que les animaux soient en général insensibles à la négligence de la part de leur maître. Je me rappelle ma mésaventure avec l’une de mes juments, Uline-des-près dont, pendant la période des vacances, je m’occupais quotidiennement, ce à quoi elle apparaissait prendre un réel plaisir. Cet animal n’avait jamais manifesté aucun signe d’agressivité envers moi. Elle me témoignait même quelque tendresse. Puis la jument rejoignit un club hippique que mon épouse et moi avions créé. Pris alors par les soins et l’entraînement de tous les autres chevaux du club, je fus amené à la délaisser quelque peu. Un jour, alors que je passais devant son box sans lui jeter un regard pour me diriger vers d’autres montures, Uline-des-prés me saisit par l’épaule, bouche grande ouverte, et me mordit avec force. Difficile de ne pas évoquer pour expliquer sa réaction l’hypothèse de la jalousie, ou alors de la colère provoquée par la frustration d’être privée de l’attention de son maître, source de plaisir.

Chez l’homme, un tout autre phénomène se surajoute aux conséquences émotionnelles du délaissement. Homo sapiens ne trouve pas uniquement du plaisir à son commerce avec autrui, ce dernier lui est à l’évidence indispensable pour s’humaniser. Aucun d’entre nous n’est capable de s’édifier, de se connaître lui-même, c’est-à-dire d’exister en tant qu’être conscient sans le concours des autres. J’ai déjà souvent discuté en détail de cet échange humanisant entre des êtres qui constituent les uns pour les autres des miroirs déformant où chacun apprend à s’approprier son image à travers le regard d’autrui. De quelque manière qu’on le ressente et qu’on l’exprime, nous ne vivons que par les autres et pour les autres, deux termes qui sont complémentaires et non pas contradictoires. Aussi, le sentiment d’une absence de réciprocité, la sensation de son insignifiance au regard d’autrui, l’idée que l’autre nous dénie toute capacité de l’influencer, c’est-à-dire, pour lui, toute utilité, constituent une agression psychologique d’une incroyable violence. Plutôt que le mépris, plutôt que de ne pas être, on est prêt à tuer, et à ne plus être, c’est-à-dire à mourir. Le mépris rend fou ceux qui en sont l’objet, puisqu’on leur conteste par ce biais la possibilité d’exister en tant qu’êtres raisonnables en échange permanent avec leur entourage. Seul le regard de l’autre peut achever de nous instituer dans notre humanité. Son refus ou sa vacuité nous maintient dans une situation de frustration et de quête désespérés susceptibles de conduire à des réactions d’une violence extrême.

Innombrables sont les émeutes de minorités ethniques, de communautés pauvres justifiées par le sentiment de mépris ; les actes individuels de violence perpétués par qui s’est senti dédaigné, humilié. De grands criminels n’avaient pour motivation que d’exister enfin, d’attirer l’attention sur eux et de capter  l’intérêt, de compter pour la société, au moins une fois dans leur vie, d’être à la une des journaux. L’exemple de Richard Durn, le tueur de Nanterre, est à ce titre exemplaire. Cet homme médiocre, volant d’échec en échec, ou du moins le ressentant comme tel, n’imagina pas d’autre moyen d’être enfin en pleine lumière que de tuer, par un geste gratuit, huit membres du Conseil municipal, le 28 mars 2002. « Ils ne me regardent pas, ils ne me voient pas, et donc je les tue, on sera alors bien obligé de faire attention à moi, j’aurai prouvé que j’existe… »

 Au total, l’homme utilise le desserrement des contraintes biologiques auxquelles il est soumis pour diversifier les ressorts de son recours à la violence, parfois pour l’exorciser. L’humanisation partiellement libératrice des comportements instinctifs, repose sur l’échange intersubjectif. La dépendance absolue vis-à-vis de l’autre qui en découle, engendre une nouvelle racine de l’agressivité humaine au moins autant qu’elle donne le moyen de la maîtriser.

Lutter contre la violence

Les moyens de lutte contre les deux types de violence, l’instinctive liée à notre animalité et la spécifiquement humaine en relation avec nos capacité mentales spécifiques, sont de natures différentes. Les premiers reposent sur l’inhibition mentale, éducative, des réactions instinctives violentes. L’éducation tend en fait à  « désensauvager » les jeunes humains, par des approches à la fois comportementales et réflexives. Tout le système d’approbation, gratification, récompense des actions bonnes et, à l’inverse, de désapprobation, réprimande, voire punition des actions mauvaises équivaut à une forme de conditionnement moral, faire en sorte que l’action bonne soit associée à des souvenirs et impressions agréables alors que, culpabilisation aidant, les actions mauvaises engendrent des émotions désagréables. L’absence d’une semblable approche comportementale explique beaucoup de la violence ambiante des milieux les plus désocialisés et déscolarisés, celle des sauvageons dont parlait Jean-Pierre Chevènement alors Ministre de l’intérieur aussi bien que des éléphant orphelins de la savane.

Le second type de violence, celui qui est la contrepartie des conditions d’édification de l’esprit humain, relève d’une approche toute différente. Les grands massacres racistes, idéologiques et religieux, les pires atrocités associées, sont souvent le fait de personnes parfaitement éduquées dont la période nazie n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ici, les remèdes possibles sont de l’ordre conjoint de la référence à des normes humanistes supérieures,  d’accessibilité au doute, condition de la tolérance, et enfin d’amour de la liberté de conscience. L’enseignement ne peut jamais être seulement celui des lois de la nature, des réponses aux questions du comment, il se doit aussi d’aborder celle de la valeur des êtres et de ce qui la fonde, en raison où en foi. À cette condition seulement, l’injonction à tuer, à opprimer, à humilier, en contradiction avec des normes humanistes intériorisées, peut s’opposer à la réflexion et à l’action individuelles d’être amenés alors, après s’être convoqués au tribunal de leur conscience, à tendre la main plutôt que de pointer une arme.

Axel Kahn, le dix-neuf avril 2017.

Des passages de ce texte sont tirés de « L’homme, ce roseau pensant. Essai sur les racines de la nature humaine », Axel Kahn, éditions NiL, 2007.

4 thoughts on “VIOLENCE ANIMALE, VIOLENCE HUMAINE, INHUMANITÉ

  1. Bonjour,

    Très bon article malgré le fait que je ne sois pas d’accord sur quelques points. Mais bon je ne suis point venu ici pour débattre mais pour quérir votre expertise et vos connaissances sur quelque chose qui me laisse perplexe.
    J’ai entendu dire Mr Kahn que vous aviez travaillé sur certaines maladies génétiques ce qui me permet de conjecturer que le terme “maladie à transmission autosomique dominante” ne vous est pas inconnu. Je suis donc un jeune homme de 18 ans atteint d’une myotonie congénitale de Thompsen qui est sensée dépendre de ce mode de transmission, et pourtant mes parents et aucun membre de ma famille (proche et éloignée) ne présente le moindre symptômes de ma pathologie. Alors je voulais savoir si mon cas avait déjà était observer auparavant sur ce type de transmission sensé être “semi-héréditaire” (50% de chance) ?
    PS : Si l’espace commentaires vous semble peu approprié pour me répondre je peux vous communiquer mon adresse mail.

    Cordialement, Melchior de Launay.

    • Ah et excusez-moi pour les quelques fautes disséminées dans mon texte précédent.

      • Cher Monsieur, un certain pourcentage des maladies génétiques est dû à des néo-mutations
        qui surviennent au niveau d’un gamète et qui ne sont donc pas présentes chez les parents.
        Très cordialement.

        Axel Kahn

        • Merci de votre rapidité de réponse et je ne manquerai pas de creuser plus en détail l’information donnée.

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