C’est là une bonne occasion pour faire le point de mes sentiments, forcément décalés, sur une actualité nationale et internationale très riche, hélas. Hélas parce que cette richesse est celle des mauvaises nouvelles, des inquiétudes et des catastrophes. Lisant rapidement le matin les titres de l’actualité et quelques articles, j’ai parfois tout loisir de les ruminer des heures durant lorsque mon chemin me mène dans des endroits austères et (ou) un peu monotones.
Cela a été le cas cet après-midi où, après de belles montées par une succession de cols dans les prairies desquelles paissaient, enfin, des chèvres blanches et bicolores (enfin car, depuis mon départ, les biquettes ne se montraient guère, tenues toute l’année en stabulation), j’ai rejoint la vallée de l’Oule par une interminable et brûlante descente sur macadam entre de raides parois de ces marnes anthracites si caractéristiques de la région des Baronnies. Il y eu donc dans mon itinéraire de ce jour une première phase ascendante, optimiste, et une seconde descendante où je n’ai pu éviter d’être assailli par des sentiments maussades.
La partie “on” de mon humeur se laissa égayer, en montant, par le souvenir des si savoureux fromages de chèvre bio, bouchons, picodons et pavés, que je déguste chaque soir et dont l’origine écologique et traditionnelle est attestée par la présence de ces chèvres agiles et élégantes, sans doute aux anges d’être ainsi libres de leurs mouvements et de leur régime dans les alpages de la montagne drômoise. Comme en Ardèche, la majorité des petits paysans qui habitent les régions montagneuses et reculées cultivent et élèvent ici selon les préceptes de l’agriculture biologique et privilégient, avec succès, les productions typiques et de qualité dont les consommateurs sont de plus en plus friands. Et puis la campagne est là rafraîchissante et singulière avec ses innombrables tilleuls, noyers et cerisiers dont, en altitude, les petits fruits noirs et sucrés s’offrent sans retenue à la gourmandise du marcheur qui, levant le nez tout en dégustant tandis que le jus foncée des cerises coule du coin de ses lèvres, peut apercevoir les cimes et les crêtes plus élevées des Alpes vers lesquelles il se dirige.
Cependant, parvenu au dernier col, la descente s’amorce, interminable entre les marnes des Baronnies, la phase off de mon humeur. La terre a ici vieilli d’un coup, elle est couverte de profonds sillons de cette matière faite de schistes et autres roches pulvérulents, sorte de boue grisâtre croûtée par la sécheresse mais sans consistance en profondeur, instable, lave froide qui jamais ne se solidifiera. Par endroit, la route qui serpente dans cette substance sans consistance s’est effondrée. Les pensées politiques s’imposent alors, peau ridée et sèche elle aussi d’un corps d’une incroyable vieillesse et qui a perdu tant de vitalité que ses jambes ne le portent plus et qu’il s’affaisse sous nos yeux. Sur le plan international, c’est la désolation absolue des conséquences de l’inconscience occidentale en Irak, en Libye, en Syrie, c’est la dictature du Maréchal Sissi en Égypte qui fait apparaitre par contraste Mubarak comme un doux patriarche, la poursuite de la guerre civile en Ukraine, qui s’imposent.
Quant à la politique française, elle est bien incapable de rehausser mon moral. Quel bel été pour Madame Le Pen ! Après avoir, comme prévu (en particulier par moi-même), raflé tout ce qu’elle pouvait aux élections du printemps 2014, elle peut apprécier avec une carnassière satisfaction l’évolution de la situation ; son image n’a jamais été meilleure dans le pays, je puis en témoigner village après village. Du côté du gouvernement et du Président de la République, aucune habileté, si jamais nos gouvernants devaient être habiles (tel n’est même pas le cas), ne pourrait masquer qu’il n’y a jamais eu autant de pauvres dans notre pays, que les inégalités s’accroissent, que le chômage continue de croître, de même que la dette alors que le déficit public se réduit beaucoup moins vite que prévu du fait d’une panne dans les rentrées fiscales et de la politique menée.
Logiquement, tout cela devrait profiter à la droite républicaine et, pour une part plus modeste, à la gauche de contestation. Il n’en est rien. Du côté des forces à la gauche du PS, le sectarisme du sinon talentueux Jean-Luc Mélenchon, sa brutalité, lui ont aliéné bien des sympathies. De plus, je crains que son analyse des courants traversant notre pays ne soit en partie erronée. Quant à l’UMP, c’est le désastre absolu. Ce parti s’est laissé hypnotiser par un dirigeant qui l’a trompé, ruiné, qui a profondément perverti les valeurs morales et républicaines en partie constitutives du gaullisme. L’affaire Bygmalion est incroyable, portant la fraude en matière de financement d’une campagne électorale à un niveau de sophistication rarement ou jamais vu…aux dépens des finances publiques et des militants UMP. Le trafic présumé d’influences pour lequel Nicolas Sarkozy, qui fut pourtant Président de la République, a été mis en examen est loin d’être bénigne. Ce n’est pourtant rien comparé aux soupçons de financements libyens, s’ils devaient jamais se confirmer.
Alors, oui, les marnes sont lugubres et la vie politique française est un drame. Sauf pour Madame Marine Le Pen, bien sûr.
Axel Kahn, le deux juillet 2014.
La femme politique que vous citez prends mieux racine cependant et depuis toujours dans certaines terres plus au sud. Emmanuel Todd parlait il
y longtemps déjà du lien étroit entre structures familiales et comportement politique, est ce encore toujours aussi prédominent? Je vous souhaite demain des terres plus heureuses
Le tableau de la France que vous aviez esquissé l’an dernier et que vous achevez de brosser cette année est saisissant. Votre hypothèse du sentiment identitaire régional comme fortifiant contre la crise se consolide.
Qu’en sera-t-il, selon vous, du sentiment d’appartenance à leur terroir des habitants de la région PACA?
J’ai pour ma part observé – et déploré- une perte profonde d’identité à cause de la “colonisation” de certains lieux, et des plus beaux, par des nantis d’autres régions et pays, entraînant des modifications considérables dans la façon de vivre, les valeurs… et les options politiques.
Et je trouve encore plus choquant que soit associé ce triste tableau à la beauté absolue des lieux (Vaucluse et Bouches du Rhône notamment…).
Je partage votre désolation quant à l’impuissance gouvernementale, les scandales de l’immoralité de certains et la conjoncture internationale fort préoccupante.
Continuez de dire et de dénoncer et surtout de promouvoir la France rustique des terroirs et des villages, les beautés naturelles et artistiques, la convivialité et l’humanité généreuse.
J ajouterai au commentaire d’ Iroise qu il y a aussi le Var et surtout le haut Var et les AM favorables aux thèses de Mme Le Pen ayant vécu 44 ans dans celles ci (et revenue que depuis 1 an en vallée du Rhône )et pourtant ce ne sont pas des endroits dits ” sinistres ” ……
Tout a fait d accord avec votre analyse Mr Kahn ,heureusement la nature console de beaucoup de choses a condition de savoir la regarder comme vous le faites si bien dans vos photos et vos écrits
A.L
Non, ne désespérons pas, ne voyons pas le paysage politique français comme un paysage de marnes grises arides. Les médias dans leur ensemble ne prennent-ils pas plaisir à ne montrer que ce qui va mal? Ne nous arrêtons pas à ces gros titres qui cognent, parce c’est cela qui fera vendre. Faisons confiance à l’intelligence, l’imagination de citoyens qui veulent vivre en harmonie dans leur pays.Faisons confiance à la jeunesse. Vous en avez rencontré beaucoup. Nul doute qu’il en existe beaucoup d’autres. A la campagne, à la montagne mais aussi dans les centres urbains.
Quel merveilleux pays que le nôtre, si divers dans ses paysages naturels ou cultivés et dans ses habitants aux cultures variées, souvent traditionnelles, mais heureusement pas toujours. Merveilleux pays que l’on peut librement traverser. Libre comme l’air. Merveilleux pays que l’on peut librement penser “en chemin”.
Bonsoir,
A cette même heure, hier, nous étions attablés à l’Anrize…
Aujourd’hui nous attendons des nouvelles de votre étape
du jour via votre blog !
Pour faire suite à notre brève discussion sur mon activité professionnelle,
je vous propose de découvrir une revue des différentes études scientifiques
ayant eu pour sujet l’irrigation colonique. ( merci de me laisser votre mail
ou autre pour le transfert du document en pdf )
Les échanges sont toujours enrichissants, c’est pourquoi
je suis tout à fait ouvert à toute discussion ou mise en relation
afin de poursuivre d’autres travaux scientifiques dans ce domaine.
Bien à vous,
Julien VILLETTE
http://www.avsformation.com/
http://www.clem-prevention.com/
Je rejoins le commentaire de Michèle. Bien sûr que comme vous, dans un quotidien où la vie publique perd son sens, nous avons des doutes. Mais ce pays de France est extraordinaire par sa beauté et par la diversité de ses paysages. Chaque région, chaque portion de terre, chaque chemin a une âme. Des gens y habitent, une vie y existe, même si les conditions économiques de sont pas toujours favorables.
Pour ma part je crois à la rencontre et à la coopération entre les hommes dans ces régions. Dans la vision dont vous témoignez au travers des lieux traversés, c’est une clé de compréhension de notre vie sociale que vous nous donnez.. La vie ne se décrète pas “d’en haut” par des responsables qui ont un pouvoir réel limité. Elle existe et se construit par de multiples partages et projets qui font apparaître un sens à l’échelle d’un territoire.
C’est là que nous trouverons un espace de progrès et de solidarité.
A vous lire au fil du chemin, je ressens de l’espoir et de l’optimisme.
Je profite de cette occasion pour vous dire toute mon admiration : d’abord pour ce voyage en diagonale à travers de la France profonde et sincère. Quelle belle expérience “in situ” et que d’enseignements vous devez récolter. Soyez assuré que le récit de votre voyage intéressera bon nombre de lecteurs. Et ensuite pour le plaisir que me procurent vos ouvrages “ET L’HOMME DANS TOUT CA ?” “RAISONNABLE ET HUMAIN” et “L’HOMME, CE ROSEAU PENCHANT” qui constituent mes lectures de cet été. Bien qu’ayant quelques difficultés à comprendre toutes les notions scientifiques que vous y développez, c’est un merveilleux cours qui aide à penser quiconque s’y plonge à la recherche de l’humanisme vrai et responsable .
Habitant les Alpes de Haute Provence, j’aurais un plaisir immense à vous saluer au passage et vous souhaiter un beau et riche voyage.
Merci pour ce savoir que vous mettez à la disposition et à la mesure des modestes.
A verser dans le dossier des études comparatives des régions de France. Une enquête faite en 2013 pour le ministère de l’Education nationale auprès de 750.000 jeunes de 17 ans, évalués dans le cadre de la journée défense et citoyenneté, vient d’être publiée.
Elle fait apparaître que les difficultés de lecture de ces jeunes varient selon les départements et , mise à part Paris, où elles sont encore moindres, elles sont les plus faibles dans les départements bretons et alpins, avec moins de 8%.
Cela donne à penser.
Lu avec le plus grand intérêt . En même temps, le repli identitaire, m’inquiète parfois .
Merci à vous , M. Khan !
Des marnes grises vous en verrez d’autres… mais faites bien attention, il y a sur ces marnes de jolies petites fleurs et plantes qui s’accrochent… faites un gros effort pour les voir et rester ainsi positif même si l’aridité est visible !
Bonne marche !