16.5.2014 LE COEUR DE LA BRETAGNE, LA BRETAGNE AU COEUR.


Cette position centrale et cette connexion avec les différentes parties de la Bretagne permettent légitimement d’assimiler cette zone au cœur  de la région, au moins au cœur géographique, et peut-être aussi préhistorique. La densité de mégalithes en témoigne : menhirs et allées couverts funéraires décorent les points hauts, plateaux, crêtes ou éminences.

Sinon, il s’agit de territoires à très faible population, partagés entre des terres agricoles, des prairies d’élevage, des vallées, des landes et des crêtes. Sur ces deux dernières domine la bruyère du milieu de laquelle j’ai vu des coqs s’envoler après un cri bref, des sortes de plantes de maquis, des ajoncs et des genêts qui s’affrontent en une lutte sans merci pour l’emporter dans le flamboiement d’or. Les ajoncs donnent dans la force et l’agressivité, leur bois est si dur lorsqu’ils atteignent la taille de petits arbres que les anciens y taillaient leur canne. Les épines sont promptes à déchirer les imprudents qui s’aventurent à vouloir les cueillir sans précaution, les prenant pour leurs rivaux. Ces derniers préfèrent les armes de la douceur, ils servaient jadis de doux balais. Les odeurs sont différentes, entêtantes l’une et l’autre, poivrée pour le doux, acidulée pour le dur. Leurs fleurs ne seraient pas du même jaune mais j’avoue avoir de la difficulté à observer la différence. En revanche, le piquant ajonc a des fleurs un peu plus petites que son adversaire, rarement plus qu’à demi ouvertes alors que l’aimable genêt écarte toutes grandes les pièces des siennes, de manière presque indécente.

Le relief est étonnamment marqué, par endroit presque montagnard malgré des altitudes qui ne dépassent pas les trois cents mètres et le spectacle offert est vraiment superbe, il pourrait rivaliser avec celui de grands sites touristiques alors qu’ici la fréquentation reste surtout régionale. L’ensemble constitué par la forêt de Quénécan, le grand lac de Guerlédan, la vallée du Daoulas et la lande du Liscuits, les gorges de Poulancre, est sans exagération prodigieux. Le lac artificiel a inondé la vallée vers 1930, il est enserré entre des pentes parfois abruptes où le granit a ici laissé la place à des schistes jadis exploités. Exploités, les ouvriers qui assuraient l’extraction dans des conditions épouvantable d’hygiène et de sécurité l’étaient aussi, assurément. En cheminant par un chemin escarpé dans les falaises bordant le lac au nord, on tombe sur des trous de mines d’où ces hommes remontaient les belles plaques d’ardoise, la “bleue de Bretagne”.

Non seulement l’endroit est exceptionnel mais j’ai pu aussi le découvrir avec plus de facilité grâce à de belles rencontres. À Glomel, j’ai été contacté dans le B-and-B où je faisais étape par Isabelle, une enseignante que j’avais croisée l’an dernier à Moissac avec son mari Bruno; ils parcouraient tous deux une partie du Camino francès. Isabelle m’annonça qu’elle avait décidé de m’enlever, ce qu’elle fit pour me conduire en famille. Son amie et collègue Françoise avait apporté sa galettière de compétition, Bruno avait sorti une variété de bouteilles de cidre et c’est ainsi dans une festive atmosphère culinaire bretonne que l’on me vanta la magie et les merveilles de ce cœur de la Bretagne. Les femmes décidèrent que ma marche me faisait nécessairement négliger trop de choses et qu’il convenait qu’on m’enlevât à nouveau le lendemain après mon arrivée à Perret, le terme prévu de mon étape. J’étais prié de ne pas trainer en route et d’être fidèle à ma réputation de marcher vite afin que l’on disposât ensuite d’une belle soirée. C’est ainsi en compagnie d’Isabelle et de Françoise que je découvris d’abord une partie des sites et monuments remarquables que j’ai signalés, plus les Forges des Salles et leur château, les restes de l’abbaye du Bon Repos, une loge typique aux murs en feuilles d’ardoise où vivaient entassée dans une seule pièce la famille des travailleurs des carrières, etc. Repassant le lendemain près de ces sites pour longer le lac du Guerlédan et atteindre le petit bourg de Saint Mayeux d’où je vous écris, je me suis rendu compte que la magie avait opéré, que le philtre avait agi : je suis réellement épris de ce coeur de Bretagne, je le garde au coeur.

Axe Kahn, le seize mai 2014

 

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4 thoughts on “16.5.2014 LE COEUR DE LA BRETAGNE, LA BRETAGNE AU COEUR.

  1. Absolument merveilleux ce Paysage de Bretagne , mille merci pour ce partage qui me fait litteralement voyager et rêver Bonne journée Mr Axel Kahn.

  2. Eh bien, si ce n’est pas une déclaration d’amour…De quoi rendre jalouse les autres régions traversées! Au plaisir de vous lire M. Kahn.

  3. Bonsoir M.Kahn,
    Comme convenu je vous envoi le lien du journal d’Armor TV de ce jour. Le reportage consacré à votre périple commence à partir de la 3ème minute du journal. Je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu m’accorder. Merci pour votre regard et vos pensées partagées. Bonne route et bon voyage. Au plaisir.
    http://www.armortv.fr/emission/actualites,8,3843.html

  4. Monsieur Kahn
    je suis heureux que vous ayez decouvert le centre bretagne, la région des gor

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