19.05 LA BRETAGNE D’HIER À AUJOURD’HUI


Désigner ainsi la région m’amène à aborder d’abord la question de la langue bretonne, encore comprise sinon parlée dans le Finistère et la partie occidentale des Côtes d’Armor jusqu’à approximativement Saint-Brieuc, ainsi que du Morbihan jusqu’à Vannes. Avant la conquête romaine, les Vénètes du Morbihan et les autres populations celtes de Bretagne parlaient comme partout en Gaulle des langues celtiques sans doute proches les unes des autres. Il est probable que le latin ne se soit guère imposé que dans les grandes villes mais l’influence romaine se fit sentir bien au delà et contribua à la naissance progressive d’un langage, le gallo, qui diffusa en Bretagne à partir de l’est.

Dans l’Ile de Bretagne, c’est à dire la Grande-Bretagne, la situation est différente en ce que les Romains établirent plus de comptoirs qu’ils ne colonisèrent le pays où les langues celtiques persistèrent peu modifiées. Après la chute de l’empire romain, les invasions de la future Angleterre par des peuples germaniques, les Angles et les Saxons, plus ou moins contemporaines de l’arrivée des Francs en France, amènent de nombreux celtes insulaires, en particulier originaires du Pays de Galle, à s’établir en Bretagne entre le Vème et le VIIème siècles, ce qui entraîne une évolution des langues locales vers le Breton classique. Celui-ci, en effet aujourd’hui encore proche du Gallois, entame alors une reconquête spectaculaire de la péninsule armoricaine. Les maitres de la Bretagne parlent le breton et au IXème siècle, à l’époque de la dynastie de Nominoë, cette langue s’impose du Mont-Saint Michel à Nantes. Ensuite, les invasions normandes et l’influence croissante du Royaume de France repoussent peu à peu le breton vers l’ouest, les politiques linguistiques répressives depuis la Révolution française et jusqu’à la dernière guerre feront le reste.

Une autre caractéristique de Breizh est bien entendu l’intensité et l’importance historique de la foi chrétienne et de la religion catholique qui a couvert la région d’églises et de calvaires et a profondément structuré la vie et les traditions de ses habitants. Cette vigueur de l’attachement à l’église sera le moteur principal de la révolte populaire chouanne lorsque la Convention promulgue la constitution civile du clergé. L’origine de cette ferveur religieuse en est plus ou moins la même que la constitution de la langue : les Celtes brittons, surtout gallois, fournirent cinq des sept “saints patrons” de BZH. Seuls Saint Corentin et Saint Patern seraient d’origine armoricaine, Saint Brieuc, Saint Samson, Saint Paul Aurélien (ou Saint Pol de Léon), et Saint Malo viennent du Pays de Galle et Saint Tugdual du Denvon. La religion chrétienne est la seule officielle à la fin de l’Empire romain mais le paganisme reprend ensuite ses droits un peu partout alors que le druidisme n’a jamais vraiment disparu en Armorique et dans l’Ile de Bretagne ; il règne en maitre en Irlande qui n’a jamais été conquise. Cependant, la foi chrétienne continue de vivre sous la forme d’un “christianisme celtique” sans lien organique avec l’Évêque de Rome et les autres évêques. Héritier des riches traditions du monde celte, ce christianisme est caractérisé par sa ferveur et son expressivité, les pardons bretons pourraient y trouver leur origine. Dans l’Ile de Bretagne indépendante des envahisseurs germains, c’est-à-dire en particulier le Pays de Galle, il s’organise après Illtud au tout début du Vème siècle sous la forme de grands monastères dirigés par de puissants abbés et, en Armorique, plutôt d’ermites isolés. Les Gallois tentent de limiter tout contact avec les Angles, les Saxons, les Francs christianisés et autres peuples barbares mais contribuent de manière décisive à re-évangéliser l’Armorique. Après beaucoup d’efforts, ils s’implantent en Irlande et font si bien que les moines et les abbés irlandais seront les grands ré-évangélisateurs de l’Europe continentale avant d’être supplantés eux-mêmes par les moines continentaux liés à Rome, en particulier les bénédictins cisterciens à partir du XIème siècle. Robert de Molesme, fondateur de l’Abbaye de Citeaux, vient d’Irlande, il est de ces moines “post-celtiques” qui ont remplacé les missionnaires irlandais des VIIème et VIIIème siècles.

Les moines trappistes cisterciens de l’abbaye ND de Timadeuc par qui j’ai été accueilli le dix-sept mai et avec avec qui j’ai débattu sont en somme les modernes successeurs de ce processus, ils sont eux aussi, à leur manière, avec les pêcheurs, les agriculteurs, les travailleurs et les employeurs de l’agroalimentaire que j’ai évoqués des éléments essentiels de l’édification de la Bretagne moderne.

Axel Kahn, le dix-neuf mai 2014

 

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6 thoughts on “19.05 LA BRETAGNE D’HIER À AUJOURD’HUI

  1. Vous passez tout prêt de Notre-Dame-des-Landes, mais vous n’y passez pas en voyant votre parcours ! Il y a pourtant tant à découvrir là d’un monde qui s’invente . Ca aurait été pour vous l’occasion de découvrir des gens formidables .

  2. je vous l’ai aussi, discrètement, fait remarquer: vous passez vraiment très près de Notre Dame Des Landes. Si vous souhaitez faire un (petit) détour pour rencontrer un monde nouveau plein de promesses ,vous pouvez appeler Dominique Fresneau: 0671007369, ou Sylvie et Marcel Thébault:0240572898 , ou dormir à la ferme de Bellevue. ou rencontrer Maquis, un homme passionnant dans sa cabane près de la maison des singes :0640325429 …
    Bon chemin. Hent mat . Et à bientôt sur votre blog.

  3. je suis étonné du prosélytisme des deux intervenants et de la tentative de récupération des deux intervenants qui sont loin de représenter la totalité des bretons et il y aurait beaucoup à dire (surtout chez les braves gens qui habitent dans le coin et qui doivent faire avec !) sur les squatters de notre dame

  4. je suis étonné du prosélytisme et de la tentative de récupération des deux intervenants ci-dessus qui sont loin de représenter la totalité des bretons et il y aurait beaucoup à dire (surtout chez les braves gens qui habitent dans le coin et qui doivent faire avec !) sur les squatters de notre dame

  5. Malestroit l’an passé en allant moi aussi faire un périple de 2000 km vers l’espagne
    nous sommes allé à deux après avoir fait un faux départ en 2012 à cause d’un AVC je me suis remis a niveau pour ce voyage à pieds que j’avais baptisé d’un “Finistere à l’autre Finistère” pour le départ je suis parti de Rosporden petite ville près de Concarneau
    nous sommes parti le 5 mais 2013 en choisissant de passer par le canal de nantes à Brest et nous avons passer à malestroit le 12 mai nous avons quitté le canal à redon pour suivre l’atlantique jusqu’a saint jean pieds de port puis le chemin des Francais nous sommes arrivé sur le cap Finisterre le 06 juillet 2013 après 62 jours de marche. un jour de repos à Compostelle pour voir la ville mythique et 3.5 jours pour arriver au but fixé.
    bon courage à vous
    je recommence cette année avec mon épouse que je n’ai pas eu beaucoup de mal à convaicre

  6. Mains de Druide
    ———–

    Le barde a ses secrets, le druide a ses plaisirs,
    Aucun des deux ne craint les tâches rigoureuses.
    La vestale, prenant des poses langoureuses,
    Leur procure à tous deux l’angoisse du désir.

    Si c’est sa compagnie qu’il leur plaît de choisir,
    Ils voudront lui offrir des robes vaporeuses ;
    Druide et barde, champions des luttes amoureuses,
    Bien équitablement partagent leurs loisirs.

    Eux qui sont les gardiens des mystères ultimes,
    Rassurante est leur vie, car chacun les estime ;
    De ce peuple gaulois, telle est l’antique foi.

    Le druide, de ses mains portant la noble coupe,
    Verse la force à ceux de la vaillante troupe ;
    Le barde psalmodie les versets de la loi.

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