2019 SERA-T-ELLE, ELLE AUSSI, UNE ANNÉE À ÉVITER ?


  • Je préfère ne pas revenir sur l’année 2018. En France, en Europe, dans le monde, elle n’aurait pas existé que nous ne nous en serions pas trouvés plus mal. Je crains que ce puisse être pire pour 2019. Je ne pourrai éviter de l’évoquer mais en diffère l’épreuve pour débuter par ce qui peut ma foi être clair, doux, chaleureux, nous, vous, moi. Les physiologistes sont bien conscients depuis Claude Bernard de ce qu’existe le milieu intérieur du corps et le milieu extérieur. C’est pareille pour l’âme, ou, sans référence à la transcendance divine, pour l’esprit. Certes influencés par les conditions du dehors, ils peuvent aussi se replier dans un monde intérieur partagé où ils s’efforcent de faire la loi chez eux, de n’être pas comme des bateaux ivres jouets d’éléments sur lesquels ils n’ont aucun contrôle. Là, les règles du jeu sont fondées sur la bienveillance, l’attention, l’affection, l’amitié, l’amour, la sincérité, les joies et les plaisirs partagés, l’émotion engendrée par la beauté. Eh bien, tout est ouvert, tout est possible, dans ce monde là, il suffit de le vouloir et d’y être attentif, de savoir consentir les efforts nécessaires, de garder la maîtrise de soi lorsque l’orage de la colère et de l’exaspération menace. Vous le pouvez, nous il pouvons tous.
    BONNE ET BELLE ANNÉE 2019 CHEZ VOUS, EN VOUS, AVEC LES AUTRES, DANS L’UNIVERS PARTAGÉ DU BONHEUR.
    Pour le reste, pour ce qui ne dépend pas de nous, ça risque d’être plus coton….
    • DANS LE MONDE, 2019 annonce déjà la fin de …la fin des séquelles de la crise de 2008. La reprise mondiale s’est manifestée, enfin suivie par la reprise européenne dont la France a commencé de bénéficier une petite année durant. Un temps tirée par les enthousiasmes boursiers américains pour la politique de Trump, la croissance des ÉU et le plein emploi, l’économie mondiale risque d’être gravement déstabilisée par les obstacles aux échanges commerciaux qu’entraîne la politique du “America First”. La bourse américaine elle-même s’inquiète, elle décroche. On ne pourra compter, en 2019,  sur aucune atmosphère économique très porteuse, une crise est possible. Pour le long terme, mettant pour une fois le Moyen-Orient entre parenthèse (oh, il fera bien parler de lui, comme toujours), c’est l’évolution de la rivalité entre les États-Unis et la Chine qui retiendra mon attention. Elles sont les deux puissances-monde du présent et de l’avenir, elles dominent le monde de l’Intelligence artificielle, la Chine est devenue une puissance impérialiste sur le plan économique. L’une des origines des conflits du passé a été la rivalité entre puissances impérialistes,, ce fut près de nous le cas de  la guerre américano-japonaise de 1942 – 1945. Si la Chine en venait, par exemple, à menacer les approvisionnements des ÉU en terres rares, dont elle est le principal producteur, l’Afrique étant le second, qu’adviendrait-il ? C’est loin d’être impossible car l’expansion économique chinoise en Afrique est importante et rapide. Or, ces terres rares sont l’une des matières premières du monde évoqué de l’IA dont la place sera essentielle dans les économies et la puissance militaire des nations.
    • EN EUROPE, les élections de mai seront marquées, tout le monde le sait, par une très forte progression de la droite populiste et nationaliste, de l’extrême droite en somme. Ces forces ne seront sans doute pas majoritaires au parlement de Strasbourg mais suffisantes pour réorienter significativement la politique de l’Union dans leur sens, sur des questions comme l’immigration, la prépondérance nationale en matière de fiscalité et de droits sociaux, peut-être la politique étrangère vouée à persister dans son inconsistance ectoplasmique.
    • En FRANCE, l’année 2019 connaîtra les conséquences de la crise de régime initiée par le mouvement des Gilets Jaunes. J’ai analysé depuis ses origines ce mouvement parti des territoires oubliés de la République dans lesquels j’avais identifié, dès mai 2013, des populations en sécession de tout discours gestionnaire raisonnable. Un absolu pessimisme de l’avenir unit les trois types de sécessions décrits, celle des déshérités, désespérés ; des nantis, encore privilégiés mais inquiets de ce qui les attend ; et la sécession rurale. De 35 à 68% des électeurs des territoires sécessionnistes ayant voté en faveur de MLP, la révolte de ces territoires oubliés a d’emblée revêtu un caractère totalement inusité en France qui depuis l’avant-guerre n’a plus connu, en dehors de la Collaboration, de grand mouvement populaire où l’influence de l’extrême droite était forte, voire dominante. Les grandes manifestations du 30 mai 1968 en faveur de Charles de Gaulle, celle en faveur de l’école libre sous Mitterrand, contre le mariage entre personnes de même sexe sous Hollande, étaient dominées par la droite, catholique pour les deux dernières. La seule référence pertinente d’après-guerre en métropole est celle du poujadisme en 1956. Tout dans ce mouvement social puis politique des GJ témoigne de ses origines : la fréquence des “dérives” anti-maçonniques, antisémites, les positions sur l’Europe, sur l’immigration, l’hostilité à la presse et aux journalistes, la résistance à l’arrivée de nouveaux portes-paroles, la fidélité aux leaders historiques dont quatre sur cinq sont liés à l’extrême droite. Un courant “apolitique” s’est bien individualisé mais les références de son leader Kamal Amriou à une mobilisation unissant des entrepreneurs aux déshérités est politiquement assez typé.
      • Le renfort au mouvement de forces de gauche n’en a en fait pas fondamentalement modifié le caractère. En particulier aucun leader issu de LFI ou d’autres forces de gauche n’a réussi à s’imposer.
      • Même si le nombre de personnes mobilisées n’a jamais été considérable, vingt pour cent de nos concitoyens disent ou disaient se sentir GJ, bien plus dans les territoires. Et jusqu’à 75% des Français ont manifesté de la sympathie pour les GJ. C’est que la détresse des personnes représentatives de la sécession des déshérités, longuement interrogées sur le ronds-points occupés, ne pouvait qu’émouvoir. Et aussi qu’Emmanuel Macron, pour des raisons déjà analysées, est devenu terriblement impopulaire, qu’il suscite même une haine rarement égalée.
      • Toutes les caractéristiques du mouvement des GJ rendent l’issue négociée problématique, voire impossible. Contrairement aux mobilisations de la gauche syndicale, les GJ font de leur désorganisation une force. Tout nouveau leader est immédiatement désavoué, seuls ceux du canal historique restent écoutés. Or, leur objectif n’est nullement le compromis, il est le départ d’Emmanuel Macron, la dissolution de l’Assemblée Nationale et un nouveau pouvoir. Le RIC version Étienne Chouard est plus un outil de destitution de Macron qu’un modèle de société. Je fais le pari que tout pouvoir émergent après un départ du Président s’en affranchirait bien vite tant il rend inimaginable la conduite du pays.
      • Quelles sont dans ces conditions les armes à la disposition du Président Macron ? La première est l’essoufflement de la révolte GJ, qui a de fait semblé décliner. Cependant, pour un mouvement de ce type, tout peut être prétexte à la reprise de l’incendie : le prélèvement à la source de l’impôt, telle ou telle maladresse, difficulté budgétaire, que sais-je. Déjà ce soir de Saint-Sylvestre, les GJ ont convié les leurs à un “réveillon” sur les Champs Élysées. Les chances pour que le débat national promis et prévu apaise les passions sont faibles. Les revendications des GJ sont telles que mises bout à bout, le budget de ÉU n’y suffirait pas, il persistera des pauvres et de la frustration. Le vœux présidentiels de ce jour ont sans doute été les meilleurs qu’ils pouvaient être. Il a tenté de jouer “en même temps” la carte de la cohérence avec son programme, de la compréhension des colères et déceptions et de la dénonciation des stéréotypes de l’extrême droite. Excepté le potentiel effet mobilisateur de cette dénonciation, ce discours sera pourtant presque par essence sans effet sur les populations “en sécession”.
      • La seconde est la montée en puissance d’une opposition organisée aux GJ, tel était sans doute.l’un des objectifs de ses vœux.  Après un presque unanimisme remarquable en leur faveur, de nombreuses voix se sont élevées pour en dénoncer l’orientation politique. Il y a peu de chances cependant que la manifestation du 27 janvier soit l’équivalent du 30 mai 1968 pour de Gaulle. Le Général avait toute la droite et les réseaux gaullistes avec lui, au moins contre la gauche soixante-huitarde, il avait pris des garanties auprès de l’armée, il était à peu près certain d’une victoire électorale après la dissolution. Macron est lui incroyablement isolé, les gauches et les droites ne lui feront aucun cadeau.
      • Et puis, l’exercice du pouvoir politique à l’heure des réseaux sociaux, des cyberattaques et de Russia-Today, entre autres, est devenu redoutablement difficile. Mitterrand et Chirac ont pu faire deux mandats de présidents. Sarkozy n’a pas été réélu, mais de peu. Hollande n’a pas été en mesure de se représenter. Il n’est pas certain que Macron aille au terme de son quinquennat. Encore moins sa majorité LREM. Si courant 2019, l’agitation et les violences persistent, au risque de dommages majeurs pour le pays, alors une solution politique passant par l’appel aux électeurs deviendrait la seule issue possible. L’intérêt du pays…et de Macron serait une dissolution de l’AN, considérant que la majorité de 2017 est désormais en rupture trop évidente avec celle de la Nation. Le résultat d’élections législatives ne fait guère de doute : avec le système électoral actuel, LREM serait balayée, l’extrême droite connaîtrait une vive progression, les droites devraient cependant emporter la mise. Et alors possiblement sous l’impulsion d’autres leader que Wauquiez qui, à l’évidence, n’y parvient pas. Deux noms arrivent en tête des prétendants, Xavier Bertrand et l’indestructible  Nicolas Sarkozy. La gauche à son plus bas niveau depuis plus d’un siècle en France n’a guère d’autre perspective que de sauver les meubles. Ce serait alors à la nouvelle majorité de se débrouiller avec la redoutable équation du pays. À noter qu’avec la proportionnelle,, impossible à instaurer immédiatement avant une dissolution, les extrême droite auraient le tiers des députés et seraient la force principale. Une démission de Macron est improbable, ou alors serait imposée par des affaires et non par la situation politique. Elle aurait des conséquences bien plus incertaines. À une élection présidentielle, en effet, une victoire de la candidate RN n’est pas exclue. Et alors des législatives dans la foulée lui donnerait sans doute la majorité à l’Assemblée.
    • EN CONCLUSION, il est impossible de formuler des pronostics plus précis tant la situation française est inédite, impliquant des acteurs qui ne s’étaient jamais manifestés sous cette forme, ce qui implique un haut niveau d’imprévisibilité. Ce qui est à peu près sûr, c’est que ça va continuer à tanguer, et aussi hélas que la situation de la France en Europe et dans le monde a toutes les chances de s’affaiblir. Une autre probabilité élevée est que cet épisode marque une accélération du glissement de la société Française à droite, et même à la droite de celle-ci. Ce phénomène est mondial, il repose sans doute sur les déceptions et frustrations engendrées par le système économique dominant, celui des écoles néoclassiques du libéralisme. La gauche a déçu. Il semble que ce soit hélas pour ce coup-ci  le tour du populisme de droite, ou des populismes de droite et de gauche associés. J’aurais aimé avoir d’autres prévisions mais, hélas……Mon souhait le plus vif est cependant de me tromper du tout au tout, bien entendu.                                                                                                                                                              Axel Kahn, trente-et-un décembre 2018
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8 thoughts on “2019 SERA-T-ELLE, ELLE AUSSI, UNE ANNÉE À ÉVITER ?

  1. Merci, Monsieur Khan pour votre analyse/prévision. Merci surtout pour votre sagesse réconfortante dans une France devenue bateau ivre. Mais où sont donc passés les phares de notre société? Je veux dire nos intellectuels, nos philosophes si prompts à s’enflammer pour des causes lointaines? Le feu est sous nos pieds et ils restent muets? Je crois bien que mon jardin va me voir plus souvent…et mes petites filles aussi.

  2. Je vous souhaite de rayonner, tant physiquement qu’intellectuellement, tout au long de cette nouvelle année dans ce pays que vous aimez. Et comme il a raison Jean-Pierre Léonardi de poser la question: “Où sont donc passés les phares de notre société?” Les intellectuels, les philosophes, écrit-il. J’ajouterai les Sages, les Humanistes.
    Dans notre pays nous avons tant d’experts pointus dans tout domaine. N’y-en-a-t-il aucun pour aider à trouver le chemin à prendre?

    Puis-je ajouter (un avis personnel) que j’ai trouvé le discours du Président de haute qualité. Mais hélas peut-être trop littéraire pour parler à tous.

  3. Bonjour cher Axel,
    Mais quel bonheur de vous lire dans un contexte où l’obscurité domine…!!Vous nous amenez la lumière, la connaissance et tant de bon sens….Ce bons sens qui manque tant, désormais…
    Je crains malheureusement que vous ayez raison…
    L’avenir nous le dira…
    Trompez-vous, monsieur….
    Nous le souhaiterions tous…
    Belle année à vous en fraternité.

  4. Que les évènements à venir vous donnent tort, c’est ce que je souhaite… comme vous, comme nombre de vos fidèles.
    Je vous sais gré de nous communiquer régulièrement vos réflexions sur le monde, vos états d’âme.
    (Je partage l’avis de Michèle Lung sur la prestation de notre président hier soir.)

  5. Merci monsieur
    Depuis que j’ai lu vos livres je me suis abonnée à votre page et je suis avec intérêt tous les commentaires que l’actualité vous inspire
    J’aime votre sagesse, mais suis parfois inquiète de votre pessimisme
    Pourvu que vous vous trompiez, comme vous le dites

  6. Bonjour, bonne année à vous que j’apprécie depuis longtemps. Je découvre votre blog et, si vos analyses sont pleines de bon sens, je pense néanmoins que vous omettez le fait que ceux qui constituent les Gilets jaunes sont extrêmement divers et que vous, comme les médias dans leur ensemble d’ailleurs, méconnaissez un réveil réel de la gauche populaire et les effets des rencontres et discussions très démocratiques qui se font dans les rassemblements. Mais je voulais vous parler de “Un jour dans le monde” sur France Inter. J’ai été stupéfaite de votre commentaire sur la fermeture des maternités! Pensez-vous vraiment que la sécurité des femmes qui doivent conduire plus de 60 km pour accoucher soit meilleure parce qu’elles vont accoucher dans une plus grande structure? Vous parlez des cas difficiles, et donc ceux-ci bénéficieraient de tout ce trajet à effectuer? La vérité, que vous semblez méconnaître, est, d’une part, que les statistiques concernant la sécurité dans les petites ou grandes maternités ne sont pas validées (quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage) ; mais surtout, qu’il y a régulièrement des accidents et parfois des morts du simple fait de la trop grande distance d’une maternité dans les campagnes. Le taux de morts à la naissance et de femmes lors de l’accouchement a d’ailleurs significativement augmenté depuis qu’est menée cette politique purement financière de fermeture des maternités. Or, il y a une alternative très simple: multiplier les Maisons de Naissance et l’assistance à l’accouchement à domicile comme aux Pays Bas, qui ont l’un des plus faible taux d’accidents en la matière. Mais les obstétriciens, presque tous -curieusement- des hommes, s’y opposent dans leur grande majorité pour ne pas perdre leurs prérogatives. Pourtant, ça, ce serait intelligent et économique et on ne “dérangerait ” les médecins des grosses maternités que lorsqu’il y aurait problème et laisserait les sages-femmes exercer pleinement leur métier le reste du temps. Vous pourriez sans doute agir dans cette direction auprès de vos collègues notamment députés qui bloquent depuis si longtemps cette solution, refusant, comme dans le cas de l’euthanasie, de céder sur leur prérogative et leur pouvoir de vie et de mort sur leurs concitoyens…Alors oui, quelque chose d’important sera enfin fait pour les ruraux et la France “périphérique”

  7. Ce fut ma plus grande crainte lors de l’élection de Macron en 2017, qu’avec un président aussi inexpérimenté politiquement, les évènements deviennent incontrôlables et je pourrai m’en réjouir d’avoir fait preuve de lucidité avec d’autres personnes comme vous Axel mais la joie cède vite la place au pessimisme qui n’est pourtant pas ma nature

  8. Changement d’année
    ———

    L’année qui va venir m’apparut, onirique,
    Sous la forme alanguie d’une fée de minuit.
    Moi, je me cramponnais à celle qui s’enfuit,
    Sachant la chose vaine, et pas du tout pratique.

    J’entends dès aujourd’hui l’horloge fatidique
    Engloutir les instants comme au fond d’un grand puits.
    Encore un soir qui tombe et un matin qui luit,
    Et nous devrons franchir ce portail symbolique.

    An deux mille dix-neuf, apportes-tu la joie ?
    Tout au moins le foie gras d’une plantureuse oie,
    Que peut accompagner un brave Entre Deux Mers.

    Je ne sais que penser de l’an qui va s’éteindre,
    Ni de quelles couleurs il convient de le peindre :
    D’un ton qui serait gris, mais pourtant pas amer ?

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