Pendant tout ce temps, la chanson “l’Auvergnat” de Brassens m’a souvent trotté dans la tête. Il semble qu’après une série de déboires relationnels, le chanteur ait eu à se féliciter de la spontanéité et de la générosité d’un Auvergnat qu’il remercia en lui dédiant sa chanson. Certes, on ne doit jamais généraliser mais ces traits relevés par Georges Brassens sont-ils, à travers mon expérience, en effet répandus chez les habitants de la région?
Sans doute, et d’ailleurs plusieurs épisodes relatés l’an dernier et repris dans “Pensées en chemin” mettent en scène des Auvergnats conviviaux et généreux (par exemple, le don de toute sa récolte de cerise par le cueilleur de Retournac, le traitement princier des personnes désireuses de me rencontrer, puis de moi-même, à Monistrol d’Allier, etc) mais je me distinguerai de Brassens en soulignant que de tels comportements ne fleurissent pas seulement dans le centre de la France. La générosité et le mouvement vers les autres peuvent se rencontrer partout, de même hélas que la méfiance et l’égoïsme. Ce qui distingue plus les usages des habitants des différentes régions, c’est le type des premiers rapports avec les étrangers, surtout s’ils sont des “chemineaux”, des genres de vagabonds. Ils sont souvent au départ réservés dans le nord et dans l’est, circonspects en Bretagne, bourrus en Auvergne, exubérants dans le Sud. Cette prise de contact ne préjuge cependant en rien de la disponibilité à l’autre et je n’ai cette année que des raisons de me féliciter de l’accueil reçu, souvent touchant, riche et jamais indifférent ou hostile. Une telle observation est plus significative bien entendu en ce qui concerne les gens qui ne me connaissent pas – ils sont la majorité – que ceux qui me lisent ou m’écoutent dans les médias.
Dans les différents territoires traversés, les gens avec qui je me suis entretenu, surtout mes hôtes et les personnes qu’ils avaient conviées à me rencontrer, plus rarement des rencontres fortuites, ont abordé les sujets qui leur tiennent à coeur : en numéro un, on trouve sans surprise la situation économique conjuguée avec les choix faits dans les différents “pays”, suivie de la dépopulation et de ses conséquences dans la vie des familles. La désertification des campagnes, la fermeture des classes, des services publics, la disparition des commerces, la raréfaction des médecins et, souci réel dans des campagnes attachées au catholicisme, des curés, sont des leitmotivs qui reviennent partout, en Bretagne où le phénomène est moins dramatique qu’ailleurs comme dans les départements les plus touchés, la Creuse au premier rang.
Les questions de l’environnement sont par importance les troisièmes à être abordés. En Bretagne, dans le contexte du rappel de l’ancienne mobilisation des années soixante-dix contre le projet d’installer une centrale nucléaire à Plogoff et l’évocation toujours conflictuelle de celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et aussi des conséquences écologiques de l’agriculture intensive et de l’élevage hors-sol. En Auvergne, c’est la question des éoliennes qui est la plus sensible.
Il n’existe pour l’instant que relativement peu de parcs d’éoliennes en Auvergne. On se rappelle que Valérie Giscard d’Estaing y était (et y est sans doute toujours) hostile. De plus, chaque projet voit se constituer des associations actives d’opposants qui considèrent devoir se mobiliser contre une dénaturation dramatique de paysages remarquables par ces gigantesques et relativement bruyants engins qui atteignent aujourd’hui jusqu’à cent cinquante mètres de haut. Ce sont surtout ces opposants que j’ai entendus. Certains de leurs arguments sont connus de tous car nullement spécifiques à la région. On questionne la logique économique d’une source d’énergie éminemment intermittente, conteste que les approches de stockage hydraulique ou par batterie de cette énergie soient au point, on se déclare sceptique quant au caractère rapidement opérationnel de la connexion informatique entre tous les parcs de production pour basculer automatiquement sur ceux disposant du vent. Je ne dispose quant à moi pas des informations nécessaires pour prendre parti dans ce débat. En revanche, d’autres critiques m’apparaissent plus faciles à corroborer : il s’agit de l’esprit de corruption que suscite la convoitise de certains agriculteurs pour le pactole (de l’ordre, je crois, de cinq à dix milliers d’euros par an) lié à l’installation de machines sur leurs terres. On m’a cité des délibérations de conseils municipaux se soldant par des attributions au maire ou aux siens, de connivences singulières entre des syndicats d’exploitants agricoles et les opérateurs, etc. Une autre question non résolue est celle de la durée de vie des machines ( de l’ordre de vingt-cinq ans) et du coût du démontage (considérable) qui, dans l’état actuel des choses, pourrait incomber au propriétaire foncier que l’on voit mal en mesure de se prêter à l’opération !
Revenons à l’Auvergnat de Brassens qui témoigne plus probablement d’une reconnaissance individuelle que d’une discrimination régionaliste. Je propose de faire de cet homme particulier qu’honore le grand Georges l’archétype du “type bien”, opposé à tous les gens “bien intentionnés” qui ne le sont pas. En ce sens, nous avons tous la capacité d’être des “Auvergnats”, mais aussi de ne pas l’être. C’est en ce sens que nous pouvons adopter le mot d’ordre “soyons tous des Auvergnats”……du type de celui de Georges Brassens.
Axel Kahn, le vingt-et-un juin 2014.
Bonjour Monsieur Kahn
En effet, Georges Brassens a été caché par un couple rue Florimont pour échapper au STO alors qu’il était en permission. Il se trouve que le mari était auvergnat et que son épouse qui s’appelait Jeanne était sa compagne. Celle-ci possédait une cane que le poète sétois a honorée dans la fameuse chanson : la Cane de Jeanne.
Cela dit, je partage votre sentiment sur le fait que l’hospitalité existe partout.
Bonne route
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