Oh, hélas, je n’ai pas des masses de choses à dire sur ce premier tour des élections régionales de 2015 dont la caractéristique est une amplification violente d’un phénomène continu depuis des années, en particulier depuis 2012 : la sécession de populations entières avec le système politique de gouvernement du pays. C’est en mai 2013 que j’ai fait le premier diagnostic de ce phénomène en quittant le territoire de la Champagne-Ardenne si éprouvé par la désertification industrielle. J’ai dans la suite de mes pérégrinations étendu le concept en décrivant, à côté de la sécession des déshérités, la sécession des nantis et la sécession rurale. La première se manifeste avec violence en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (NPCP), Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes (ALCA) ; la seconde, partout, en particulier en Bourgogne-Franche-Comté ; la troisième, enfin, en PACA, sur la Côte d’Azur. J’avais indiqué que la seule recette pour enrayer le phénomène était de donner des perspectives de développement économique – et culturel – aux territoires, sans quoi des pans entiers de la population feraient sécession. Ces perspectives n’ont pas été apportées, la sécession a progressé. Elle s’est même accélérée dans la dernière période du fait de deux phénomènes principaux :
- L’effondrement du leadership de Nicolas Sarkozy sur Les Républicains, un transfert important de votes de droite sur le FN. Il aggrave le basculement des classes les plus défavorisées vers le vote FN, notamment à la faveur du gauchissement du discours socio-économique au cœur de la stratégie de Florian Philippot.
- Les attaques sur Paris, d’autant plus qu’elles ont conduit, il faut l’admettre, à l’adoption en catastrophe de mesures dont bon nombre étaient réclamées bruyamment par Marine Le Pen depuis longtemps.
Cela dit, les progrès phénoménaux du FN (plus de six millions de voix, 28 % des suffrages exprimés, la première place dans six régions, d’importantes perspectives de victoires dans deux et peut-être trois régions) ne pourront être analysés, après le second tour, indépendamment de la politique de ceux qui ont en charge la conduite du pays. Nous avons été un certain nombre, le six mai 2012, à attirer l’attention sur le danger considérable que ferait peser le Front National si les gouvernements du nouveau président se montraient incapables d’apporter des améliorations au présent et des perspectives d’avenir crédibles répondant au sentiment d’abandon et aux peurs de ceux que j’appellerai bientôt les sécessionnistes. L’analyse sociologique de l’électorat FN est maintenant bien établie : jeune, peu diplômé, composé en majorité d’ouvriers et d’ employés quoique seuls les cadres et professions intellectuelles y soient notablement réfractaires. Le FN représente près de 46% des ouvriers manuels OP et OS et 40 % des employés. La grande différence avec l’électorat du PCF dans les années cinquante et soixante est que les intellectuels y étaient alors nettement mieux représentés.
L’incompréhension de tous ceux que désole la poussée du FN les amène, on peut le comprendre, à accabler les électeurs qui y succombent en les couvrant de tous les quolibets, noms d’oiseaux et injures variées que leur renvoient bien les leaders bleu-marine. J’ai relevé en particulier, parce qu’il est une quintessence de l’infini mépris que suscitent ces électeurs chez certains bien installés dans leur incontestable supériorité éducative, un blog de Slate.fr où ces électeurs sont dénoncés comme la lie de l’humanité, sa honte. Il y a peu de doute que ces débordements soulagent ceux qui débordent, et on comprend qu’ils le fassent. De même, personne, j’imagine – ou alors ils sont bien niais sur le plan politique – n’espérait freiner de la sorte et d’aucune manière la progression du FN, mettre fin à la progression de la sécession, nous sommes un grand nombre à les en avoir avertis.
Outre son inefficacité notoire, cette stigmatisation et dénonciation à outrance provoque aussi chez moi un malaise réel. Ceux dont parle l’auteur du blog de Slate.fr, que l’on couvre de boue et auxquels ont fait honte sur les réseaux sociaux et dans l’immense majorité des journaux, ce sont en particulier plus de la moitié des jeunes travailleurs du pays, « cette honte absolue de la nation et de l’humanité ». À moins que l’on naturalise à nouveau la classe ouvrière, comme on le faisait au tournant du XIXème et XXème siècle, la réduisant au résultat d’une sélection naturelle excluant les moins aptes, presque les idiots congénitaux dont l’humanité brillante aurait des motifs d’avoir honte quand elle ne les plaint pas, nous avons affaire en majorité à des citoyens issus de classes sociales « laborieuses » comme on disait dans le temps, d’autant plus handicapés pour « progresser » dans l’échelle sociale que l’ascenseur destiné à cette élévation est de notoriété publique en panne depuis longtemps. Ils sont ou se sentent en difficultés, ont peur de tout et le manifestent par cette adhésion à la logorrhée de Marine et de Florian, voire à l’intégrisme chrétien réactionnaire de la nièce. Pouvez-vous imaginer, mes amis, l’incroyable mépris de classe que ceux qui sont concernés peuvent ressentir à de tels propos, à de telles approches ? La rage démultipliée qu’ils peuvent provoquer ? Pas question, bien entendu de ne pas combattre sans aucune complaisance les idées du FN. Selon moi, ce serait quand même mieux d’éviter d’attenter à la qualité des personnes, parfois à leur humanité même. Hors d’une capacité à faire des propositions différentes de celles portées par la famille Le Pen, crédibles et autrement attrayantes que cette resucée moderne du fascisme socialisant de la première moitié du XXème siècle européen pour Marine et Florian Philippot, que l’extravagant et franchement surréaliste intégrisme catholique extrémiste et haineux de la jeune Marion, aucun endiguement de la sécession ne peut-être attendu.
Jean-Christophe Cambadélis , premier secrétaire du PS, a décidé de répondre aux vœux du premier Ministre en obtenant le retrait des candidats socialistes en NPCP et en PACA et ALCA. La décision était bien difficile, elle se fera sans contrepartie de la part des Républicains, à moins d’un putsch anti-Sarkozy qui pourrait bien survenir un jour tant il a été en dessous de tout dans cette affaire et depuis son “retour” en politique. L’avantage est d’éviter – peut-être, c’est bien loin d’être assuré – l’élection des deux blondes Le Pen et de Philippot, et, surement, de donner au PS le beau rôle et aux LR le mauvais. L’inconvénient est d’entériner la disparition sans doute durable de la gauche en tant que force d’alternance dans ces régions dont deux furent parmi ses fiefs historiques. Si le FN est battu, et que la stratégie est par conséquent un succès, son opposition à l’exécutif sera la seule à se manifester en région. Cadeau ! Si le candidat FN est malgré tout élu, seul contre tous, son prestige en sera accru et seuls les LR auront le privilège de s’opposer à lui au conseil régional. Cadeau ! La stratégie comporte enfin le risque de hâter le passage au FN plutôt que vers la droite sarkozyste de quelques pour cent d’électeurs qui avaient voté FDG, groupes gauchistes ou PS au premier tour mais qui ne supporteront pas d’apporter leurs suffrages à un candidat LR , d’autant que les convictions anti-libérales et anti-européennes de certains se satisferont du discours FN plutôt que de celui de la droite classique.
Avant le deuxième tour, c’est bien entendu l’urgence d’un combat à court terme qui s’impose. Outre l’incertitude sur l’élection d’une ou d’un président de région du FN, il faut d’ailleurs noter que le bilan final de ces élections pourrait se révéler moins cataclysmique pour la gauche qu’elle ne le craignait elle-même. Non pas, comme on le dit parfois, qu’elle ait particulièrement « bien résisté” : elle a exceptionnellement été aussi faible dans le pays. Cependant, depuis les dernières départementales, ce n’est pas elle qui a reculé, ce sont les LR, au profit du FN. Ils sont par conséquent, par le petit bout politicien de la lorgnette, les grands perdants de ce scrutin et cela devrait se manifeste au soir du treize décembre. Pour autant, la vraie victime, c’est la France. Et en 2017, c’est un président de la République et une assemblée nationale que les citoyens éliront.
Premiers tours. 1, régionales 2010
Votants : 46,3 %. 20,3 M
FN : 11,4 %. 2,2 M
Droite : 31,4 %. 6,1 M
Gauche : 48 %. 9,8 M
2, départementales 2015
Votants : 50,2 %. 20,4 M
FN : 25,3 %. 5,2 M
Droite : 36,6 %. 7,5 M
Gauche : 36,7% 7,5 M
3, régionales 2015
Votants : 50 %. 22,3 M
FN : 28 %. 6,1 M
Droite : 31,9 %. 6,7 M
LR : 27 % 5,8 M
Gauche : 37,8 %. 8,1 M
PS/RDG : 23,3%. 5 M
Axel Kahn, le sept décembre 2017
Je partage en partie votre analyse… Mais encore une fois, le principal maux de notre société, n’est même pas évoqué… Une omerta qui explique qu’une partie des français font sécession… Cette sécession, c’est aussi et surtout parce que depuis 40 ans, les différents gouvernants français ont vendu leur âme à une sphère. Une sphère capable de vampiriser l’ensemble de la société grâce à leur main-mise scandaleuse sur la création monétaire. Cette sphère est heureuse du résultat… Elle continue son travail de sape de l’éducation nationale, de l’entreprise, de l’artisanat, de la santé publique, de la recherche, des citoyens, etc. On cherche à fabriquer des moutons, incapables de réfléchir par eux mêmes et qui ne savent même pas (plus) comment est crée l’argent qu’ils ont dans le porte-monnaie. Cette victoire du FHaine est avant toute chose, une défaite de ce système politico-financier qui vampirise l’économie réelle au profit de quelques familles d’usuriers… C’est à travers l’éducation des populations, et une refonte globale de notre système monétaire que nous pourrons essayer d’endiguer cette sécession. Le reste, n’est que littérature.
Je voulais laisser un long commentaire…mais vous dites mieux que moi exactement ce que je pense (et beaucoup d’autres manifestement…). Le problème est que le fond du problème dont vous parlez (en gros la soumission totale de l’occident au dogme néo-libéral du début des années 80) n’est jamais évoquée dans la sphère médiatique! Michéa est une lecture éclairante sur ce sujet. Comme personne ne se pose encore les bonnes questions, je mise sur une nouvelle progression du front national dans les années à venir.
Je suis en total accord avec votre analyse.. il me semble que cette sécession qui peut rimer avec régression, est le fait d’un saupoudrage de la Connaissance et du défect de l’Instruction organisé depuis 30 ans ! Quelle est la réalité de la transmission des codes du savoir afin que l’Autre puisse progresser et développer un réel sens critique ! Cette élection a été pour moi marquée par une campagne totalement absente au plan des idées et/ou idéal pour une notion de communauté de vie régionale et comment en aurait-il pu être autrement vu le redécoupage quelque peu fantaisiste ne donnant que peu d’âme à ces entités qui ne seront officielles que le 1er janvier 2016. (on peut là aussi chercher l’erreur)…
Axel, j’ai analysé ce dont vous parlez au plan de l’économie dans “L’homme, le libéralisme et le bien commun”, 2013 chez Stock.
Jean-Claude, vous n’avez pas tort mais l’insuffisance de l’instruction n’est pas seule en cause, le sentiment d’abandon et la désespérance dans l’avenir jouent aussi des rôles conséquents.
D’accord avec l’ analyse de la sécession expliquant la montée du FN mais comment réagir? A partir du moment ou on rennonce a l’utopie communiste et au grand soir il importe sans doute de definir les vrais enjeux et les principales lignes qui s’opposent face aux defis de la mondialisation : accepter cette mondialisation en s’efforcant de l’organiser pour qu’elle ne conduise pas au rejet ou, au contraire, la refuser en pronant le repli et l’isolement comme le font les extrêmes des deux bords. Alors peut être faut il admettre que l’idée d’umps a sa part de vérite et la revendiquer: un projet alliant les forces modérées de la droite et de la gauche democrates pourrait defendre les valeurs d’un monde libre, inventer les voies nécessaires d’humanisation de la mondialisation et participer a la refondation d’un projet européen qui n’exclurait pas les peuples. Il reste un long chemin a faire pour eviter le pire mais il est peut être encore temps de s’y engager.
Se perdre en conjecture… Ce n’est pas ce que fait Axel Kahn mais c’est la tentation qui m’habite. A la lecture des résultats, j’aurais envie de rappeler que le FN, grosso modo, depuis 2002, s’appuie sur un socle électoral compris entre 4 et 6,5 millions de suffrages exprimés, ce qui en fait un parti représentant entre 10 et 15% des inscrits… Vous voyez où je veux en venir… Et rejoindre quelques propos du prof. Kahn. Le problème n°1, ce sont celles et ceux qui ne vont pas ou plus voter ou qui s’abstiennent de temps en temps. Et bien que je n’en fasse pas partie (à l’exception du référendum sur la Calédonie), je les comprends. Sans tomber dans le populisme, en examinant simplement les profils, CV et parcours des élus et des candidats, peu nombreux sont les électeurs qui s’y retrouvent. Voter, c’est donner un mandat. C’est donner un et du pouvoir. C’est transférer sur un élu (une élite ?), une partie de soi. Ce n’est donc pas anodin. Et certains aspects, très bien amenés, de l’analyse d’Axel Kahn, peuvent laisser penser qu’une élection n’est qu’un calcul voire une combinaison. Je sais qu’il ne l’imagine pas mais, à l’instar de commentaires désincarnés, cela laisse le champ précisément de l’incarnation politique aux “grandes gueules nouvelles et fraîches” du Front national. Il faut y veiller. Pour finir, j’aurais aimé lire Axel Kahn sur ses conseils et stratégies pour parler à la population prioritaire pour éviter une catastrophe politique, humaniste, économique et sociale (le pouvoir au FN) : parler à ceux qui ne votent pas ou plus.
Mais, les acteurs actuels de la politique le peuvent-ils ?
bonjour
je suis une jeune de 71 ans , et suis effondrée depuis des années par le manque de pédagogie des politiques de tous bords;
Malheureusement , beaucoup de gens ne comprennent pas les options , les idées , voire les mots ;
Les masses populaires,pour beaucoup , ne veulent pas , ne peuvent pas faire d’efforts , une fois remplis les obligations de vie .
c est aussi le fait ” de la part de cerveau”qui reste après la télé…
J étais prof d’Arts plastique à Agen .
Que d’abandon des populations , qui ont besoin, malgré tout , d’être prises dans les bras , épaulées , expliquées …..
terrible ;
La ministre Guigou , avait en son temps , promis de créer des lieux pour que les parents dépassés , puissent venir chercher des soutiens , de la psychologie etc.;;
Ne jamais laisser les plus fragiles à l’abandon , et ce , dès
l’état le plus petit , l’enfance . Salut , frère libre en Dieu !!!!!
Simplement merci pour cette analyse juste et modérée.
Merci pour votre analyse et votre prise de position sage et courageuse. Contrairement aux cadres du PS, vous êtes à l’écoute des citoyens comme vous l’avez fait lors de vos deux périples à pieds. L’échec de la lutte contre le chômage a conduit à ce résultat électoral. Continuez à exprimer vos sages analyses.
n regardant les chiffres de plus près on peut y entrevoir une autre explication. Ce qui fait le succès du FN c’est surtout le non vote des milieux populaires les plus défavorisés. Examinez les résultats des grandes villes et des quartiers populaires et vous y constaterez une véritable désertion des bureaux de votes.
Le succès du FN réside dans la conjonction des multiples facteurs. Ceux qui n’ont plus rien à perdre ne votent plus et ceux qui ont peur de perdre ce qu’ils ont se tournent vers la solution qui leur apparaît la plus protectrice de leurs intérêts et de leur mode de vie. Examinez le vote des campagnes et des lotissements. Ajoutez à cela les espoirs froidement douchés après 2012 et l’abstention de gauche qui va avec et vous avez une esquisse d’analyse de la progression du FN.
Bravo, M. Kahn, c’est une excellente analyse.
J’ajouterais, bien que cela ait été déjà repris par d’autres, aux multiples causes du succès électoral croissant du FN, une crise des “valeurs”.
Les lobbies financiers ont remplacé, depuis des années, les valeurs humaines par des valeurs… boursières !
L'”avoir” a remplacé “l’être”.
La publicité omniprésente a voulu faire croire depuis des années, en martelant ses messages, que posséder deux IPhone et trois Rolex pouvait rendre heureux…
Certains, plus égarés que d’autres, vont chercher des valeurs d’héroïsme, d’idéal, de dépassement de soi et de spiritualité en se perdant dans les combats de Daesch…
Parce que notre société consumériste et matérialiste ne promeut plus que “l’avoir”…
Cher Axel Kahn,
Je viens de lire vos deux dernier billets, celui d’aujourd’hui aussi, où je lis votre attachement à la France profonde.
Je crois précisément que c’est l’un des points sur lequel les analyses du vote se trompent.
Je vois pour ma part plusieurs motifs a ce vote des classes laborieuses, comme vous le dite justement, mais aussi une partie du monde rural. Je crois aussi qu’il serait faux de penser qu’il ne s’agit que d’un vote de “peur” , et non un vote d’attachement, certes appuyé au préalable par un sentiment de trahison ou d’abandon de la classe politique, à un certain nombres de valeurs ou de thèmes, auxquels marine le pen, se réfère quasi constamment:
1. des thèmes qui sont ceux classiquement de la gauche (le rejet de la mondialisation, de l’ultra libéralisme, le retour de l’investissement public
2. d’autres thèmes classiques (et en réalité fondamentaux) du républicanisme: la répression pénale, la protection des biens et des personnes, le mythe de l’école de jule ferry, de l’élitisme républicain et de la sélection au mérite, le patriotisme, la souveraineté nationale, la défense d’une identité de paysage culturel où les grands classiques, l’apprentissage de l’écriture et la lecture, la morale civique, ont une place prépondérante à reprendre dans une société consumériste.
3. la défense de la ruralité, le refus de la désertification des villages, des centre ville au profit de zones commerciales sans caractère, la défense des artisans et commerçants, l’identification des villages par leur église…
Prenez tous ces “petits” bouts, qui constituent de grand pans de toutes les pensées politiques républicaines, mélangez les dans un jeu plutôt subtil avec les discours réactionnaires, les traditionnelles dénonciation du jeu parlementaire et politique ou “ni droite ni gauche, grand classiques issus de l’héritage le pen… et essayez ensuite, en terme de positionnement, de formuler avec les critères de la science politique si ce parti est bien un parti d’extreme droite aujourd’hui encore.
Bien, s’il l’est par ses origines, ou son fonctionnemennt pyramidal, ou ses cadres, ou sa culture, il ne l’est plus dans les modes d’adhésion au DISCOURS.
Ce discours, dont j’ai souligné tout ce que j’ai pu en trouver de classiquement républicain, et même de gauche, voilà qui prime aux yeux des classes laborieuses, des ruraux, ou même des nantis qui votent ainsi. Ce parti n’a pas de bilan, pas d’expérience du pouvoir qui puisse lui être reproché. Par contre, habilement, il a repris quasiment seul à son compte (dans une sorte de fourre-tout intellectuel), les grands thèmes de la gauche: investissement public, refus de la mondialisation (rebaptisée “mondialisme” pour d’autres allusions, typiquement de droite), valorisation du monde ouvrier, des chômeurs; éloge de l’état-providence, de Jaures même, éloge des grand classiques du républicanisme.
Comment ces discours n’auraient-ils pas de poids électoral? puisque personne ne les reprend ensemble et de façon cohérente, dans aucun parti? Puisque de toute façon tout parti classique à fait la preuve de son impuissance face à un marché mondialisé auquel chaque parti prête une allégeance plus ou moins enthousiaste?
Bien, je voulais souligner qu’à n’avoir voulu considérer que les éléments anti-immigration et sécuritaires, de multiples facettes du discours actuel de ce parti en ont fait une force politique obtenant non seulement un vote par défaut et de contestation mais un vote aussi d’adhésion.
Je voulais montrer aussi montrer que cette adhésion massive n’était certainement pas une adhésion “fasciste” de nos milieux ruraux ou nos travailleurs, mais une adhésion à des valeurs françaises classiques, républicaines et souvent de gauche.
Bien sur que l’aspect immigration joue aussi, mais je ne crois pas du tout que cela soit le moteur principal, au plus, dans l’électorat populaire du nord, comme le discours du PCF il y a quelques décennies : “faire venir des immigrés en période de chomage, c’est organiser la concurrence entre travailleurs au service des patrons” – je ne crois absolument pas à une poussée de haine en France, qui est le pays des Lumières, de la Révolution, des luttes sociales et ouvrières.
Je crois que les discours et les abandons politiques ont placé la vie politique où elle en est.
Moi qui suis un abstentionniste de conviction, libre-penseur, refusant de suivre la moindre pancarte ou le moindre mot d’ordre, ce vote me semble un objet lointain, que je regarde avec détachement et essaye simplement de comprendre un peu.
Merci d’avoir refusé qu’on insulte une si grande partie de nos travailleurs et chômeurs, et parlé de nos “classes laborieuses”, merci encore si vous entendez danss mon propos un appel à se soucier de quels sont les fondamentaux du discours républicain, ou de gauche, que vous souhaitez voir revivre, par de véritable choix politique, pour enrayez ce phénomène plutot que d’injurier, bien sur, mais aussi plutot que s’opposer sans rien opposer en terme de choix politiques qui répondent aux attentes d’un nombre si considérables de français.
Je suis comme vous un amoureux de ma France, ses paysages, et je ne voudrai pas qu’une “guerre de sécession intellectuelle” s’y développe.
Encore faut il que chacun constate ses échecs et en tire les leçons.
Dont la première est, comme vous l’avez soulevé, le respect de l’autre dans son humanité, et comme j’ai essayé de le montrer dans son intelligence.
Bien cordialement,
Loïc
Monsieur le professeur,
Je ne partage en rien votre analyse. Si les sondages connus aujourd’hui sont confirmés dimanche soir, les retraits socialistes auront permis de barrer route au FN (et cela n’est pas négligeable!). Certes le PS ne sera plus sur les sièges régionaux, mais où avez vous vu que l’opposition dans les exécutifs municipaux, départementaux ou régionaux aient le moindre poids? La loi, d’ailleurs y aide fortement!
Le PS ne pouvant plus recycler ses élus battus dans de précédentes élections au plan régional va peut être redevenir un vrai parti de militants.
On ne doit pas finasser avec le FN qui en fait de valeurs détourne celles de la République. On ne peut que chercher à l’éliminer, ce qui n’exonère pas, loin s’en faut, les partis traditionnels de leurs lourdes responsabiltés.
“Le PS ne pouvant plus recycler ses élus battus dans de précédentes élections au plan régional va peut être redevenir un vrai parti de militants.”
Pour vous répondre le PS va surtout se transformer en lieu de bataille entre tous ceux qui ayant perdu leur poste et leur “prestige” vont se chercher des responsables, devenir des petits chefs, entourés de militants tous plus ambitieux les uns que les autres, l’un convoitant une association, l’autre d’être cité dans un journal local, un autre de briller en société, plusieurs jeunes socialistes rêvant de faire une carrière. Bref le PS va comme a son habitude recruter du monde dans une myriade de petits groupes qui vont avoir le plaisir tout “socialiste” de faire un Congrès aussi pompeux que foire d’empoigne, comme à son habitude!
Peut-être après les présidentielles, mais peut-être de beaux réglements de comptes avant, de préférence à coup de média!
Bref en tant qu’observateur très lointain de ce parti, comme de tous les autres: de quoi rigoler!
Loïc