J’étais ces vingt-et-un et vingt-deux mars dans l’Angoumois et en Saintonge pour des rencontres littéraires. Avant la rencontre du vingt-deux au soir à Saintes, l’esprit tout empli de l’attaque du matin contre nos frères belges à Bruxelles, j’ai passé deux heures à répondre aux questions des élèves de terminales d’un grand lycée de la ville. La première touchait sans surprise au terrorisme. Je leur ai répondu en faisant référence à la révolte, l’un des propres de l’homme, et à ses conditions de légitimité. C’est là le thème de réflexion d’Albert Camus dans “La peste” et dans” l’Homme révolté”, l’objet de la violente querelle qui l’a opposé aux existentialistes de jean-Paul Sartre, aux surréalistes d’André Breton et aux communistes. je reprends ce débat dans mon nouveau livre, “Être humain, pleinement“. Il y a maintes raisons de se révolter, ai-je d’abord rappelé aux lycéens. Certaines peuvent apparaître légitimes, d’autres pas, les avis seront sur cette question divergents. En revanche, les terroristes peuvent être vus d’abord comme des personnes sous influence, hypnotisées, fanatisées, parfois droguées, et par conséquent à mille lieux d’une démarche de révolte individuelle qui exige l’autonomie de la pensée et de l’action accomplie en pleine conscience.
Cependant, les courants sont nombreux qui, en France et ailleurs, mettent les attaques terroristes sur le compte de la révolte des nouveaux “damnés de la terre”, spoliés, méprisés, attaqués. Je conteste formellement cette approche, celle en particulier de cet islamo-gauchisme que j’ai dénoncé à plusieurs reprises. Cependant, force est de reconnaitre que de telles thèses ont cours et rencontrent un écho certain, en particulier dans la jeunesse musulmane. C’est pourquoi il m’est apparu indispensable de montrer aux grands élèves que, même au nom d’une révolte contre un sort funeste qui leur serait fait, les attaques des terroristes qui ont frappé à Bruxelles, en France et à tant d’autres endroits dans le monde, ne peuvent qu’être dénoncées et condamnées sans faiblesse aucune.
L’une des conditions évidentes d’une révolte pour qu’elle ne se contredise pas elle-même est de ne pas créer des situations poussant à leur tour à se révolter contre l’inacceptable, l’inadmissible, le monstrueux. Or qui pourrait n’être pas enclin à s’indigner de l’agression, de l’assassinat de femmes, d’enfants, d’hommes de tous âges sans lien aucun avec l’objet initial de la révolte ? Être révolté par la pulsion mortifère de terroristes que poussent la haine de la liberté et de l’humanité, l’attirance pour la mort, celle des autres aussi bien que la leur ? En ce sens, leur action ne peut jamais apparaître légitime, quelles que soient les circonstances qui les y ont poussés, puisque elles suscitent une révolte presque universelle. Aucun discours, aucune justification n’est même envisageable contre ce qui ne constitue pas même une vengeance car s’exerçant contre des personnes qui n’ont rien à voir avec les événements allégués pour expliquer cette fureur homicide. Je pense, il est vrai, qu’on ne peut être humain, pleinement, sans être aussi un homme révolté. Cependant, les meurtriers cruels qui agissent partout dans le monde au nom d’un Dieu dont il est impossible d’imaginer, même si on est croyant, qu’il puisse vouloir cela, ainsi que ceux qui prennent le pouvoir sur leur esprit et arment leurs mains, ne peuvent que susciter la plus résolue et la plus implacable des révoltes, mouvement dont ils ne sauraient de ce fait se réclamer eux-même. Je crois que les cent-vingt jeunes rassemblés l’ont compris.
Axel Kahn, le vingt-trois mars 2016.
Merci cher Axel de ces réponses qui vont aussi servir aux collégiens qui eux aussi se posent beaucoup de questions .Je ferai lire à Luka car venant de toi c’est mieux
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Bises
Brigitte
Judicieuse et féconde distinction, Axel, que celle que vous opérez entre révolte et violence terroriste !
La violence humaniste que préconise Camus et que nous faisons nôtre, métaphysique et morale, est fondée sur une très haute idée de l’homme, lucide et responsable, qui refuse la finitude et ce qui porte atteinte à sa dignité.
Elle ne saurait donc justifier la fureur nihiliste, aveugle et irrationnelle et si cette dernière suscite notre révolte, il ne saurait être question d’avoir recours à la même violence destructrice. La révolte est le refus noble et digne de l’inacceptable.
Bravo Axel pour la parole qui éclaire, guide, éduque dans ce monde comp
…dans ce monde complexe…
Que pouvons-nous faire pour apaiser la violence qui est dans chaque être humain ? Sinon de déconstruire nos sociétés d’inégalités, de concurrence, d’injustice et de susciter dans nos pays des dirigeants honnêtes aptes à comprendre les besoins de la population et miser tout sur l’éducation pour éviter à notre jeunesse de se laisser happer par le terrorisme
Merci pour vos réflexions sur le vie d’aujourd’hui !
Qualifier les terroristes islamistes de “révoltés” serait aussi monstrueux que de qualifier ainsi des criminels de guerre nazis. Ce ne sont que des barbres obscurantistes, et rien de plus. Les vrais révoltés sont ceux qui luttent contre eux et défendent la démocratie, la culture et la laïcité.
Le terroriste essaie de salir et de détruire un monde auquel il ne comprend rien.
L’homme révolté, qu’il soit poète ou humaniste, tente au contraire d’embellir et de reconstruire ce monde qu’il est parvenu å comprendre.