APRÈS LA NATION, NE PAS ABANDONNER LA RÉPUBLIQUE


Le grand parti de la droite française s’appellera désormais « Les Républicains », renouant avec une solide tradition politique à l’étranger (pensons aux États-Unis) et en France. Sous la cinquième république, on a ainsi connu « l’Union pour la Nouvelle République » (1958 – 1967) , « l’Union des Démocrates pour la cinquième République » (1967 – 1976), « le Rassemblement pour la République» (1976 – 2002), le « Parti Républicain ». En ce sens, le nouveau baptême voulu par le parrain Nicolas Sarkozy peut certes déplaire à tous les républicains qui ne se réclament pas de la droite mais ne constitue pas une véritable nouveauté. Bien entendu, ce nouveau nom couvre une habileté tactique du « parrain », à usage interne et à l’encontre de la gauche. « L’Union pour une Majorité Présidentielle » (2002), puis «Union  pour un Mouvement Populaire » (à partir de 2002), avait, comme le RPR, été baptisé par Jacques Chirac. Alain Juppé en avait été le premier président, avant Nicolas Sarkozy de 2004 à 2007. « Les Républicains » sera la création de ce dernier, il le présidera et, avec lui, préparera les primaires de la droite de 2016. Il en espère sans un aucun doute un avantage décisif sur son adversaire le plus redoutable, Alain Juppé.

Le piège est cependant plus redoutable encore pour la gauche. Dans le passé, celle-ci a peu à peu délaissé le champ du patriotisme et de l’attachement à l’idée de Nation, souvent rejeté leurs symboles que sont les trois couleurs et l’hymne national, parce que la droite et l’extrême droite en avaient fait leurs chevaux de bataille. Un tel abandon de ces valeurs à l’adversaire est en complète contradiction avec les traditions de la gauche, même de celle se réclamant du socialisme et de sa composante internationaliste. Jean Jaurès disait : » « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. ». Il montre dans d’autres écrits combien le nationalisme xénophobe et antisémite est contraire à l’attachement à la patrie qu’il défend.

La rose et le réséda, l’un des plus beaux poèmes du communiste Louis Aragon, chante l’héroïsme de ceux qui

Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

L’abandon en rase campagne des valeurs patriotiques, nullement la conséquence inéluctable de la juste dénonciation du nationalisme et de son cortège xénophobe dont elles renforceraient à l’inverse l’efficacité, a été du pain bénit pour tous les adversaires de la gauche.

Si jamais la gauche, après l’idée de Nation et l’attachement à la France, délaissait aussi la référence à la République, passée par pertes et profits puisque accaparée par la droite, cela en serait fini pour longtemps de ses chances de séduire à nouveau les Françaises et les Français. Or le risque n’est pas théorique seulement. En son sein, les courants sont puissants qui remettent ouvertement en cause certains des piliers de l’idée de République dans son acception de la Révolution française, une, indivisible et laïque. Bien entendu, le communautarisme et l’indulgence avec la prétention de certains d’imposer en son nom l’irruption des particularismes religieux dans la vie publique ne sont guère compatibles avec de tels principes républicains, de même d’ailleurs que le sectarisme antireligieux et la xénophobie. Nicolas Sarkozy aurait alors réussi son pari, en faisant même coup double. Puisque les républicains se situeraient si évidemment à droite, la dénonciation du « front républicain » auquel Juppé s’est dit attaché deviendrait une évidence, on ne forme pas un front avec soi-même. « Vive la République, vive la France, sociales et humanistes, dans une Europe dont on s’efforcera qu’elle le soit elle aussi » devrait rester un cri de ralliement d’une gauche fière de ses combats d’antan et décidée à n’en pas céder les fruits à ses adversaires. Saura-t-elle demeurer à la hauteur de ses responsabilité historiques ?

Axel Kahn, le vingt-sept mai 2015

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3 thoughts on “APRÈS LA NATION, NE PAS ABANDONNER LA RÉPUBLIQUE

  1. Meci se rappeller la République : l’avenit de nos enfantd. Sortons de ce marais glauque de guerres des Egos de certains qui agissent que par la violence sans respect de l’autre. La République mérite mieux.

  2. Article pertinent

    La démarche de la droite et ses variantes est déjà en échec. En s’autoproclamant des Républicains dans une conception réductrice pour “légitimer” un récit idéologique fantaisiste, dans lequel le pour et le contre sont déjà désignés et pointés de doigt, elle sape même l’idée de la République. La gauche pourrait remettre cette entreprise idéologique fallacieuse et dangereuse à condition de :
    1) Identifier ses erreurs
    2) Les reconnaître
    3) Les rectifier
    Le tout dans une dialectique dans lequel l’humain sera le centre. Cela passe une invention stratégique : Articulation du théorique aux pratiques politiques.

  3. Excellente idée: “La République humaniste et sociale” …ferait la différence avec l’autre, celle des Républicains qui se soucient plus d’eux-mêmes que de la chose publique!!!

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