AUX PIEDS DES PYRÉNÉES 27.7


Immédiatement après, une autre réaction m’est venue : “elles sont donc là, c’est la fin”, comme si elles avaient personnifié la camarde, la parque Atropos, celle qui coupe le fil, que l’on sait devoir venir mais que l’on accueille pas toujours avec joie. Sentiments ambigus, contrastés, par conséquent. D’un coté, un certain soulagement que tout se soit passé à la perfection, que durant déjà près de deux mille km j’ai suivi à la lettre le programme que je m’étais fixé sans savoir s’il était vraiment réalisable, avec certaines de ses étapes démesurément longues, le temps exécrable du premier mois, la canicule des dernières semaines. Et puis j’étais parti avec un poignet cassé et non traité de peur que cela ne bloque mon départ ; le premier jour, sous une pluie battante et sur un terrain patinoire, j’avais glissé en reculant pour observer des roches remarquables et, dans un réflexe pour ne pas me recevoir sur ma main invalide, m’était retourné de sorte que l’arrête de la jambe avait brutalement porté sur une pierre. Un hématome important et une plaie significative s’en étaient en-suivis, qui devait saignoter pendant plus de dix jours. En bref, sans que cela n’entame mon moral et mon optimisme, ne perturbe ma joie, les débuts soulevaient quelque inquiétude. Or, deux mois et demi après, je suis entier, les bobos ne sont plus qu’un souvenir que je ne qualifierais pas même de mauvais, les os se sont ressoudés et le poignet est indolore et solide, mon état n’a cessé de s’améliorer et je suis dans une forme olympique. Seules les conséquences de mon changement de chaussure en Saône et Loire m’ont causé quelques tracas bien banaux chez les marcheurs. J’ai pu avaler sans trop souffrir, le lendemain de l’apparition de très grosses ampoules aux deux talons, la plus longue étape de mon parcours, quarante-quatre km sur le macadam. Arriver aux pieds des Pyrénées le jour et l’heure dits sans avoir jamais triché durant mon périple (c’est-à-dire, prendre des raccourcis ou faire certains trajets en voiture), peut susciter une certaine satisfaction.

D’un autre coté, je l’ai dit plusieurs fois, le but réel du chemin est le chemin lui-même si bien que son interruption prochaine est ressentie comme une vacuité dérangeante que la chaine des Pyrénées annonce. Il m’appartiendra de la combler, j’ai maintenant des pistes mais n’ai pris encore aucune décision définitive, j’y reviendrai.

La dernière étape pré-pyrénéenne, de part en part dans la province basque française de Basse Navarre, fut longue mais des plus agréables, avec une température très atténuée par une brume d’orage qui a épargné le Pays basque. Comme annoncé hier, elle se déroula dans un paysage de piémont fait d’assez hautes collines peu boisées ménageant de petits cols, elle m’amena à passer par plusieurs villages d’une totale fidélité aux standards de l’habitât basque rappelés dans mon billet d’hier, ce qui leur confère une élégance presque aristocratique. Le chemin est parsemé de stèles qui arborent presque toutes la croix et sont gravées dans la langue basque. Un autre élément renforce le sentiment d’authenticité qui se dégage du pays : la vallée d’Osboat est réputée pour la qualité de son fromage de brebis qui dispose d’une AOC, fromage que l’on mange avec de la confiture de cerises. Je confirme : ici, la blonde d’Aquitaine a laissé la place aux ovins et le chemin est bordé de cerisiers dont les fruits ont hélas déjà été cueillis ou mangés par les oiseaux.

Je connaissais déjà très bien Saint-Jean-Pied-de-Port, petite ville charmante avec son pont “romain” sur la Nive, son église de l’Assomption près de ce pont et sa citadelle Vauban. Hélas, la cité est hyper-touristique, elle a quelque chose d’un petit Lourdes tourné vers le pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle; je ne peux lui en vouloir mais il est vrai que cela atténue un peu mon plaisir, raison pour laquelle je n’en ai posté encore aucune photo. Peut-être demain matin avant l’envahissement quotidien.

 

Axel Kahn, le vingt-sept juillet 2013.

 

 

 

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4 thoughts on “AUX PIEDS DES PYRÉNÉES 27.7

  1. Bonjour et bonsoir Mr Kahn, dont je ne sais si vous lisez nos coms, je vous quitte ici..J’adore commenter les blogs que j’apprécie, même sans retour.
    J’ai bien aimé votre blog..Il se lit facilement, agréablement, même par le commun des mortels – merci aussi à votre aide en passant –
    Je vais bientôt aussi arrêter mon chemin, 7 ans d’âge qu’il avait mon petit blog sans prétention, 1000 articles qui vont partir en fumée, dans 2 jours, jour de mon passage dans votre dizaine, snif, j’espère les porter aussi allègrement que vous, mais, j’en doute, une femme n’aime pas vieillir, pourtant, vieillir, cela veut dire être en vie.
    Dommage pour ma copine dont je ne pourrai plus commenter le chemin, qui va la mener de Roncevaux à St Jacques de Compostelle en août, sa dernière étape..Une pensée en passant, pour toutes les victimes du train espagnol, qui allaient avec joie se ressourcer à Compostelle et dont le dieu destin a décidé de les rappeler à lui prématurément…
    Merci de nous avoir fait partager vos états d’âme, vos petites misères dont on a l’impression que chez vous, c’était du “pipi de chat”…
    A vous lire, je me sentirai presque envie de m’y essayer…mais, sans entraînement, faudrait être “fofolle”..Je me suis fait une petite déchirure à Super-Besse, il y a quelques jours, rien qu’en regardant la nouvelle attraction, la tyrolienne…et pan, le pied qui se tord, chaussée d’espadrilles du pays basque justement ..et la Juliette qui “chiale”…” pense un peu à Mr Kahn qui, lui, marche avec une fracture, sans “chouiner” que je me suis dit..
    Merci et bonne continuation avec votre épouse..

  2. Bonjour pr Kahn, félicitations pour votre périple

    Une seule petite remarque: le pont ” romain” n’en est pas un, il s’agit d’un pont roman fruit de la volonté de l’office du tourisme local de rajouter un “i” pour gagner 1000 ans et éventuellement multiplier par le même facteur le nombre de touristes 🙂

    Cordialement

  3. Chapeau, Mr Kahn !
    Je vous suis pas à pas depuis les Ardennes j’aime ce que vous faites, traverser le pays à pieds ce n’est pas si courant à notre époque ; mais y a-t-il mieux pour visiter un pays au pas de l’homme, quand celui-ci ne s’ait plus que courir, et ne pense que vitesse.
    Votre périple se termine, nous sommes habitués à ces rdv quotidiens, maintenant que l’on vous connait mieux n’allez pas nous abandonner. J’ose vous dire à très bientôt…et bravo pour cet exploit. Marcus

  4. Chapeau, Mr Kahn !
    Je vous suis pas à pas depuis les Ardennes j’aime ce que vous faites, traverser le pays à pieds ce n’est pas si courant à notre époque ; mais y a-t-il mieux pour visiter un pays au pas de l’homme, quand celui-ci ne s’ait plus que courir, et ne pense que vitesse.
    Votre périple se termine, nous sommes habitués aux rdv quotidiens, maintenant que l’on vous connait mieux n’allez pas nous abandonner. J’ose vous dire à très bientôt…et bravo pour cet exploit. Marcus

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