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·”Et maintenant, si on tentait de s’atteler à nouveau à la construction d’une Europe de la paix, certes, mais aussi des valeurs et des peuples ?” Le tweet
Ce tweet mérite quelques explications de plus.
1. Certes, c’est la Grande Bretagne qui vient de décider de quitter l’Union par 52% des voix. Cependant, imaginons qu’un tel scrutin eut été organisé dans les 27 autres états membres ; dans combien d’entre eux le résultat aurait-il été similaire ? Plusieurs, c’est sûr, ce qui témoigne qu’on ne peut continuer à mener l’Europe sans les peuples, parfois contre eux, comme cela est le cas depuis bientôt deux décennies.
2. Michel Rocard a raison : il faut remettre l’ouvrage de la construction européenne sur les rails, cela était sans doute difficile avec nos amis anglais, le ferons nous après leur départ ? Sinon, ce pourrait être en effet la fin programmée de l’Union.
3. J’ai toujours pensé juste l’analyse de Charles de Gaulle sur l’adhésion de la Grande Bretagne : c’est là un grand pays, habité par de grands peuples. Notre reconnaissance de leur héroïsme de 1940 est éternelle et doit le rester. Pour autant, cette grande nation est en effet celle du commerce et du grand large, des relations privilégiées avec les États-Unis, du libre échange. Son appétence première pour l’Union était liée à l’ouverture d’un vaste marché, dans ses traditions, pas à l’attirance pour la construction d’une ensemble politique et des valeurs contraignant.
4. Cette sensibilité constante de la Grande-Bretagne à un élargissement dérèglementé d’un espace d’échange commercial l’emportant sur toute autre considération a rencontré, bien entendu, la sympathie d’autres grandes nations marchandes, les Pays-Bas, et même, pour partie de son histoire, l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle l’adhésion de la Grande Bretagne à l’Union marque une inflexion des principes des pères fondateurs vers la pratique d’un élargissement de plus en plus large et sans critère strict du périmètre de l’Union, l’instauration en son sein d’une compétition sociale et fiscale, l’adoption d’un traité constitutionnelle qui établit comme règles celles de l’économie libérale néoclassique (celui rejeté en 2005 par les Français), etc.
5. C’est cette nouvelle donne, assénée à toute force, en faisant revoter les peuples jusqu’à ce qu’ils consentent, ou bien en contournant leur volonté comme ce fut le cas avec le traité de Lisbonne pour les Français, qui a de plus en plus été vécu comme une logique “sans les peuples”, parfois contre eux.
6. Le fondement idéologique des traités européens et les intérêts de l’Allemagne ont conduit à privilégier jusqu’à Mario Draghi une politique strictement monétariste de la Banque centrale européenne dans l’obsession d’un évitement de l’inflation, ce qui a abouti à une tension récessionniste en Europe – et son cortège d’austérité pour les peuples – plus prolongée qu’ailleurs dans la monde.
Le départ des Britanniques, j’en fais le pari, ne leur sera pas à terme, après les inévitable turbulences du moment, préjudiciable. Débarrassée des dernières contraintes de la solidarité européenne; le Royaume-Unis sera bien vite un compétiteur redoutable pour les autres pays, en particulier ceux restés dans l’Union. Il importe par conséquent en effet de faire face à la nouvelle donne, elle peut-être un défi salutaire dans une authentique situation de quitte ou double.
Axel Kahn, le vingt-trois juin 2016
Comme d’habitude mon cher Axel, je suis d’accord avec toi
Bises
Brigitte
In ou Out, le problème n’était pas la GB, mais l’Allemagne dans l’Euro et les gouvernements français qui sont complices des gouvernements allemands dans une gestion désastreuse de la zone Euro.