CARACTÈRES ET POSITIONNEMENTS DES LEADERS POLITIQUES


Après un “point d’étape de la présidentielle” fait sur Facebook le 18 octobre (Point d’étape, cliquez sur ce lien), je m’essaie à une caractérisation des positionnements et mentalités de nos principaux leaders politiques, bien entendu trop schématique mais qui reflète l’essentiel de ce que je connais ou comprends d’eux.

François Hollande

Il est sans doute le personnage le plus énigmatique du lot. Intelligent, plein d’humour, il aime plaisanter. Ce n’est cependant pas un intellectuel, il a très peu lu et lit peu hors de la sphère politique, politique à laquelle il a consacré depuis des décennies l’essentiel de sa vie et qu’il connait de l’intérieur. Le goût des femmes est l’élément central de sa vie privée alors que, sur le plan des idées, il a évolué d’une position social-démocrate teintée de libéralisme à la sauce deloriste vers un social-libéralisme néoclassique de stricte obédience dont témoigne sa déclaration fameuse sur “Le socialisme de l’offre”, stupéfiant contresens socialisant la loi de Say, élément doctrinal central du libéralisme économique. Cela témoigne bien entendu de ses faiblesses au plan de l’histoire de la pensée économique. Peu enclin aux visions d’avenir au service d’un projet structuré, il est en revanche rompu aux coups politiques qui constituent l’élément central de son univers. Fraichement élu, il a manifestement privilégié dans le choix de son gouvernement des ministres, dont le Premier, pour leur proximité et le confort qu’ils lui procureraient plutôt que pour l’élargissement de ses bases qu’ils auraient pu lui apporter. La grossière erreur politique que constitue l’aliénation de sa gauche sans aucun assurance de gagner quoique ce soit sur sa droite constitue un mystère pour un homme politique si expérimenté et qui a connu François Mitterrand. Enfin, il n’a laissé à personne le soin d’instruire la plus destructrice critique de son personnage qu’il soit possible d’envisager en déclarant aux auteurs de “Un président ne devrait pas dire cela” :J’aurai vécu cinq ans de pouvoir relativement absolu”. “C’est déjà formidable”.”Ma vie, elle a déjà été réussie“. C’est à dire que, pour lui, si on le suit bien, une vie réussie pour un président est d’avoir joui cinq ans durant d’un pouvoir presque absolu, jugé constituer une chance formidable, plus que d’être parvenu à convaincre ses concitoyens et électeurs de la pertinence de son action et de ce qu’il leur léguait un pays dans lequel il faisait meilleur vivre.

Emmanuel Macron

Cet homme jeune de pas encore quarante ans est ambitieux et brillant. C’est un libéro-centriste, doublement libéral ce qui fait son originalité. En effet, il est sur le plan économique un militant actif de la ligne dominante néoclassique, dans la tradition Hayek, Rueff, Friedman, etc. Il affiche cependant sur le plan politique et sociétal une authentique position “libérale”, dans la tradition de Benjamin Constant et du libéralisme anglo-saxon qui a toujours été vu comme représentative de la gauche anti-collectiviste. C’est par conséquent très naturellement qu’il s’oppose au conservatisme en matière de mœurs, à une lecture erronée de la laïcité la concevant comme un activisme anti-religieux alors qu’elle implique d’abord la neutralité de l’État, qu’il a condamné l’atteinte projetée à l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen si les projets présidentiels d’inscription constitutionnelle de la déchéance de nationalité avaient abouti. Pour un authentique libéral politique, la liberté individuelle est première, elle fonde les lois et l’exercice du pouvoir, l’esprit dans lequel agit le “souverain de Rousseau, le Léviathan de Hobbes, l’État, en somme”, l’esprit des lois, en bref, tel que détaillé par Montesquieu.

Manuel Valls

Proche de Macron sur le plan économique, Vals appartient plus que lui à une tradition socialement étatiste dont témoignent leurs manifestes divergences sur les questions de laïcité, de sécurité, etc. Il y a chez le Premier Ministre une peu contestable tendance autoritaire, un peu crispée, para-bonapartiste…..

Martine Aubry

Femme très cultivée, travailleuse, assez autoritaire, de caractère – c’est à dire assez souvent de mauvais caractère -, elle est sans conteste une femme d’État expérimentée. Elle a cependant ses zones d’ombre, telle la nature réelle de ses relations politiques avec Dominique Strauss-Kahn, actuellement avec son ancien lieutenant Jean-Christophe Cambadélis, l’existence possible d’un pacte implicite avec le premier qui se ferait encore sentir dans ses relations avec le second. Elle avait la possibilité d’incarner une alternative social-démocrate authentique, elle ne l’a pas saisie, soit du fait des hypothèses énoncées ci-dessus, soit par une tendance familiale déjà illustrée par Jacques Delors, son père, à hésiter de franchir le Rubicond lorsque l’occasion s’en présente. Au total cela ramène beaucoup de ses manifestations d’indépendance politiques à des coups de gueule sans suite, elle a peu-à-peu perdu la plupart de ses soutiens et a accumulé des déconvenues qu’expliquent une impression d’absence de détermination réelle et de continuité dans l’effort.

Jean-Luc Mélenchon

Ce tribun hors pair est un homme de très grande culture, resté fort marqué par son passage de jeunesse dans une organisation trotskyste. Il est le représentant talentueux d’une gauche anti-libérale non social-démocrate, aux références marxistes apparentes, étatiste à tendance autoritaire, chaviste, dont l’anti-impérialisme tend à se confondre avec l’anti-américanisme et avec une sympathie naturelle pour les adversaires des États-Unis, en particulier la Russie.

François Bayrou

Ce démocrate-chrétien sympathique et intelligent, républicain exigeant et homme de grande culture, est plus conservateur que Macron sur le plan sociétal mais aussi plus à gauche que lui dans le domaine économique : proche de la doctrine sociale de l’église, il conteste les aspects les plus brutaux et inégalitaires du libéralisme néoclassique. Sa très grande ambition et sa foi en son destin personnel l’ont amené, ces dernières années, à commettre de retentissantes erreurs politiques et à se couper de nombre de ses partisans historiques.

Alain Juppé

Homme de droite d’expérience, républicain sincère,  homme d’État incontestable, doté d’une  très brillante intelligence, il soufre d’avoir du mal à cacher aux autres qu’il se juge très supérieurs à eux. Sa vision économique est pour l’essentiel celle de Macron mais il est plus conservateur que lui sur le plan politique et sociétal, aspect bien entendu accru encore par son âge. Il constitue un double de Bayrou à sa droite.

Nicolas Sarkozy

Je l’ai connu jeune maire de Neuilly, libéral de droite pur jus, obnubilé par l’argent, presque inculte mais manifestement malin, animé par une ambition et une énergie folles. Sur la même ligne très permissive que son co-listier de l’époque Alain Madelin, il ne manifestait aucune opposition à l’euthanasie, au clonage reproductif, au mariage homosexuel, etc. Il est physiquement malheureux lorsqu’il cesse d’être au centre de toutes les attentions plus de quelques instants, la lumière a pour lui une importance vitale. Pour rester en son sein et satisfaire ses ambitions, il est près à tout, sans préjudice de ses positions initiales tant elles sont secondaires par rapport à la promotion de son personnage, de même d’ailleurs que les règles établies si elles lui apparaissent constituer des obstacles.

Marine Le Pen

Femme charismatique et politique habile, son positionnement renoue avec les fondements historiques du fascisme italien, puis allemand à ses débuts : discours anti-capitaliste et anti-libéral, mesures sociales en faveur des classes les plus défavorisées, extrême conservatisme des mœurs,  dénonciation de l’impérialisme étranger, surtout américain, nationalisme, xénophobie plus que teintée de racisme chez de nombreux de ses militants. Il n’est pas sûr qu’elle ne soit pas elle-même plus traditionnellement une libérale conservatrice extrême comme son père mais elle a compris avec Florian Philippot combien sa ligne actuelle colle avec l’état d’esprit des classes populaires accablées et des classes moyennes déclassées.

Axel Kahn, le dix-neuf octobre 2016


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15 thoughts on “CARACTÈRES ET POSITIONNEMENTS DES LEADERS POLITIQUES

  1. Bof, ce zoo de zozos démontre une nullité catastrophique du personnel politico-économique français. Des imbéciles astucieux pour leur lutte des places. What else ?

  2. Alain Juppé est sans doute un homme cultivé, et c’est peut-être le cas aussi de Manuel Valls. Et tous deux, contrairement à certains autres, sont d’authentiques patriotes et républicains. Mais Martine Aubry, et surtout Jean-Luc Mélenchon !!! Qu’est-ce ce que lit celui-ci, hormis ce grand imposteur nommé Karl Marx ?

    • Non, Monsieur Foulquier, Martine Aubry est une authentique amoureuse de la culture, elle a une vaste connaissance de la littérature. De même, Jean-Luc Mélenchon possède une vaste culture poétique, classique et historique. Cela ne vaut pas acquiescement à leurs lignes politiques mais il convient de leur reconnaitre cette dimension.

  3. Cher Monsieur Kahn, en ce qui concerne Aubry, je ne me prononcerai pas. Mais quand j’entends le second (sur France 2) dire que parler de “culture française” est un marqueur d’extréme-droite (il l’a vraiment dit !), je songe que la France est hélas le seul pays du monde oû l’on peut proférer une telle ineptie. Si Hugo, Marcel Proust ou Paul Eluard ressuscitaient d’entre les morts et parlaient à nouveau de la culture française, est-ce que le tribun d’extrême-gauche les traiterait de fascistes ? Il en serait capable…
    En outre, je l’ai entendu à plusieurs reprises affirmer des contrevérités historiques ou des approximations qui contribuent également à me faire douter de l’étendue de son savoir. D’une manière générale, je crois que les hommes ou femmes politiques français(es) réellement cultivé(e)s sont très rares. Mais on peut toujours se consoler en se disant que c’est pire ailleurs, je pense notamment aux États-Unis ou à certains pays européens…

    • Oui, Juppé, Bayrou, Aubry (je ne sais pas pour Macron) et JLM, comme Chirac, Mitterrand, Pompidou et de Gaulle sont ou étaient des personnes cultivées. Pour JLM, écoutez le malicieux Jean d’Ormesson en témoigner……

  4. En ce qui concerne de Gaulle, Pompidou et même Juppé, je ne vous contredirai pas, bien évidemment ! Mais par rapport à la masse des politiques, il s’agit plutôt d’exceptions.

  5. D’accord que Mélenchon est un homme de grande culture, mais alors pourquoi dit-il et écrit-il des absurdités colossales sur les biotechnologies et prône l’agriculture du 19e siècle ? Pour ma part, j’étais très favorable au personnage, j’avais même participé à sa dernière campagne, mais là ce n’est plus possible car tenir des discours aussi obscurantistes c’est grave. Et s’il ne s’agit que de démagogie pour drainer des voix écolos, ce n’est guère plus acceptable car comment lui faire confiance pour le reste.

    • Ce n’est pas un scientifique. Cet homme JLM, qui me paraît si imbu de sa personne et du pouvoir que sa parole toujours prononcée d’une voix forte a sur les foules, sait-il s’entourer, est-il entouré de conseillers compétents dans les domaines où lui ne l’est pas? et sait-il les écouter? Car il me semble important de regarder et être attentif à qui est autour du candidat.

  6. Vous parlez de culture pour certains, mais il n’y a pas beaucoup d’études supérieures SCIENTIFIQUES chez toutes ces personnes citées. ..Pourtant cela ne nuit pas –> Thatcher (chimiste), Merkel (physicienne), Clémenceau (médecin)..
    Qu’est-ce que la Culture ?

  7. Je doute fort que Tharcher ou Merkel puissent être considérées comme des personnes cultivées et ouvertes d’esprit…La base de la culture, ce sont avant tout la littérature, l’art et l’histoire. On me dira peut-être que des dirigeants n’ont pas besoin d’avoir lu Rimbaud ou Maupassant, ou d’avoir étudié la philosophie des Lumières…Mais une personne n’ayant pas des bases culturelles solides est incapable de comprendre le monde réel et d’avoir une vision à long terme. C’est justement ce manque d’envergure intellectuelle qui caractérise la plupart des politiques, de tous les pays et de toutes les époques. Il y a heureusement des exceptions, mais très peu d’entre elles accèdent au pouvoir.

  8. Aïe! “Comprendre le monde réel” et de plus “Avoir une vision à long terme”, ce n’est pas gagné. Cherchons-nous un prophète? un devin? Qui peut se targuer d’en être , après des années d’études et de réflexion, arrivé à ce stade de compréhension? Cherchons-nous un guide ou même un chef ?
    Plutôt un rassembleur? Quelqu’un qui écoute le pays, ses craintes et ses espoirs. Qui écoute les gens, les faibles et les instruits, les simples et les intellectuels, ceux qui agissent déjà partout dans les régions. Qui connaît les hommes et leurs faiblesses. Quelqu’un qui a conscience de ses propres ignorances et de ses propres faiblesses.
    Dans le panel présenté par Axel Kahn, nul doute qu’il y a des personnes de qualité, que certaines soient plus ou moins cultivées et bardées de diplômes. Mais nul doute qu’il en existe d’autres qui ne sont pas nommées ici.
    A chacun de réfléchir et s’informer.

    • Bien sûr qu’un dirigeant doit être rassembleur, ce que vous dites et ce que je dis est complémentaire, et effectivement dans le lot des politiques présentés par Axel Kahn il y a quelques personnalités de qualité. Quand je parle de culture, je ne pense pas aux diplômes : il faut bien faire la distinction entre les deux. On peut posséder une vaste érudition en étant autodidacte, et inversement on peut avoir bac + 10 et avoir d’énormes lacunes en littérature, en histoire etc…C’est même assez fréquent.

      • Et avoir d’énormes lacunes en biologie, en physique chimie etc…. c’est assez fréquent aussi.

  9. Quelque soit le registre des frères Khan, toujours ce mélange d’indigence mentale et de pédantisme social : vous êtes un plaidoyer pour l’avortement.

  10. Un roi barbare
    ———-

    Un roi barbare a mis sa culotte à l’envers ;
    Or, l’évêque qui fut son ministre et son pote
    Ne craignit point de lui parler de sa culotte.
    À l’endroit, dit le roi, je la remets, mon cher.

    Le peuple qui fredonne à tort et à travers
    A fait sienne, depuis, la chanson rigolote
    Où l’on voit que ce roi n’avait rien d’un despote,
    Même s’il possédait un grand sabre de fer.

    Sa Majesté partait, pour chasser, dans la plaine,
    Mais rentrait au palais, en sueur, hors d’haleine,
    Ayant peur des lapins (et de bien d’autres choses).

    Quand le diable lui dit « Tu mourras aujourd’hui »,
    Il eût voulu qu’Eloi mourût au lieu de lui ;
    L’histoire ne dit pas s’il obtint gain de cause.

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