CHEMINS D’ARMOR


«Toute ma vie, j’ai marché. Bientôt, chemin faisant, j’ai pensé. Pensé au chemin parcouru, à celui qu’il me fallait emprunter, chemins de terre, chemin de vie. Impossible de les distinguer vraiment tant ils s’entrecroisent, je suis un homme qui marche.»

Telles sont les premières lignes de mon livre “Chemin” (3 octobre 2018) qui se termine ainsi :

«L’optimisme est revenu, l’avenir m’appartient, ses promesses sont grandes, je les considèrerai seules et non leurs limites. Les grands plateaux de Millevaches, d’Auvergne et d’Occitanie ne sont guère exigeants, ils recèlent des trésors. J’ai encore tant de côtes à explorer, de forêts dans lesquelles m’enfoncer, de sentes à parcourir, de collines et de dunes à gravir. Là aussi bien qu’en plaine, la floraison des sols stimule toujours avec la même efficacité celle du cœur. Nous arpenterons ces campagnes et ces terrains  toujours avec la même passion, nous en ressentirons des émotions vives, certaines encore inconnues. Le veux-tu bien, mon corps ? Et puis parfois, nous nous laisserons encore aller à l’audace, le cœur palpitant de l’incertitude de nos projets un peu fous. Si nous devons renoncer,  nous l’auront  tenté et en serons fiers Tu verras, il y encore tant de choses à faire, à vivre. En marchant.»

Depuis que j’ai apposé le mot fin à mon manuscrit, j’ai continué à marcher. Par conséquent à vivre. Mon chemin de vie n’étant pas totalement parcouru, j’ai continué d’arpenter ceux de roc et de terre. En particulier, fin août, dans les pays d’Armor. Après quelques promenades dans les gorges qui entaillent le plateau du centre Bretagne, celui qui prolonge à l’est les Monts d’Arrée et la Montagne noire..

 

Gorges de Toul Goulic, centre Bretagne

 

Gorges du Corong

 

…direction la côte, en débutant par des promenades à l’extrême nord des Côtes d’Armor, de la pointe de l’Arcouest à la Côte de Granit Rose entre Trégastel et Perros-Guirec. J’y avais été “père aubergiste” (AJ de Lannion) il y a cinquante-deux ans ! La pointe de l’Arcouest est dénaturée par les parkings, occupée par de grandes propriétés, dont celle de feu Liliane Bettencourt. Excepté pour aller à l’île de Bréhat, à éviter. Pors Even, en revanche, quelques kilomètres avant, une merveille ! Et mon premier contact avec le Cap Fréhel, au delà de la Baie de Saint-Brieuc.

 

Pors Even, Bréhat

 

Depuis Pors Even, Cap Fréhel

 

De l’autre côté, c’est la célébrissime Côte de Granit Rose. Très touristique, trop à mon goût. Mais si belle ! De Trégastel à Perros-Guirrec, nous n’étions pas seuls !

 

Depuis Tregastel, le phare de Ploumanac’h

 

Ploumanac’h, le phare

 

Et déjà cette sublime lande bretonne, si proche de celle des Monédières sur la plateau des Millevaches : granit, ajoncs, bruyères, Erica et Calluna mélangées.

 

La lande de Ploumanac’h

 

Direction ensuite Saint-Jacut-de-la-Mer dont je suis un habitué. Sœur Simone, doyenne (quatre-vingt-dix ans) et âme de la communauté, est l’une des “femmes de ma vie”. Bien différente des autres, bien entendu mais en toute sincérité. Ma conférence donnée, direction l’île des Ébihens.

 

Sur un îlot de Saint-Jacut-de-la-mer, le vieil homme et la mer……

 

Île des Ebihens, accessible à marée basse.

 

Je suis ensuite passée aux choses plus sérieuses, une randonnée pédestre de trois jours vers Erquy et le Val André, au delà du Cap Fréhel déjà aperçu depuis Pors Even de l’ouest et l’île des Ébihens de l’est. La première étape m’a amené à contourner la Baie de l’Arguénon jusqu’à Saint-Cast.

 

Baie de l’Arguénon. Parcs à huitres et moules, vers les Ebihens et Lancieux

 

Le lendemain, je n’avais trouvé d’hébergement qu’à Tréherel – Plage, Vieux Bourg, au delà du Cap Fréhel. Longue, très longue étape, par conséquent, longue et corsée. Mes différents appareils GPS affichaient à la fin de la journée 40 kilomètres et 960 mètres de dénivelé ascendant cumulé : la côte est découpée, la falaise culmine à 70 mètres. Ce n’est plus de mon âge, des choses pareilles ! Le contournement de la Baie de la Frénay est interminable. Même la surface veinée,irisée et moirée de sa vase à marée basse, belle, pourtant, finissait par nous lasser.

 

La Baie de la Frénay, marée basse

 

La mer remontait à l’approche du Fort la Latte qui se dévoila brutalement après avoir doublé un repli de la côte. Je le quittais à regret, le Cap Fréhel nous attendait.

 

Rive ouest de la Baie de la Frénay, vers la pointe de la Latte

 

Fort la Latte

 

Fort la Latte

 

Le grain de la journée menaça hélas en longeant l’Anse des Sévignés, à l’approche de mon ami le Cap Fréhel dans la splendeur de sa falaise de gré rose et bleuté ; il éclata lorsque nous abordâmes le Cap. Restait la lande de Fréhel pour nous émerveiller, sous son voile arachnéen.

Anse des Sévignés, Cap Fréhel

 

La lande de Fréhel

 

La lande de Fréhel, sous le voile d’araignées (ou de chenilles processionnaires)

 

Le dernier jour ne devait pas être le moins beau : la côte qui donne accès à la Baie de Saint-Brieuc, entre le Cap Fréhel et la Pointe de Pléneuf, est de toute beauté : le Cap Fréhel qui s’éloigne, celui d’Erquy qui se présente, la succession des plages sauvages, des dunes, des falaises, de la lande…quelle joie d’être et d’aller dans un tel paysage !

 

Îlot Saint-Michel et Cap Fréhel, Sable d’Or-les-Pins

 

Vers le Cap d’Erquy, plage du Guen

 

Les plages sauvages, vers Fréhel

Le beau Cap d’Erquy franchi, reste à descendre sur le port, le principal port de pêche de la Baie et aussi le principal lieu de pêche de la coquille saint-Jacques en France. Cela se fait par un sentier dégradé qui longe un four à boulet, une ancienne casemate et un lac occupant la cavité des ancienne carrières de gré rose.

 

Le lac bleu, anciennes carrières de grès rose, Erquy

 

Une fois restauré – les restaurants abondent dans le port, ils sont excellents -, direction la pointe de Pléneuf et le Val André, puis retour à Erquy. Voilà, nous sommes arrivés. J’ai ajouté une ligne à la vie de l’homme qui marche, et cette ligne est belle. Je la partage, fiévreux déjà de la suite de mes Chemins.

 

Grève des Vallées, Pointe de Pléneuf et kite-surfing

 

Depuis Caroual, cap d’Erquy et le port d’Erquy

Axel Kahn, le vingt-neuf août 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

6 thoughts on “CHEMINS D’ARMOR

  1. Âne de Bretagne
    —————

    Ce petit âne d’Armorique
    N’a pas de notions théoriques,
    Mais il fait très bien ce qu’il fait
    Depuis les temps préhistoriques.

  2. Merci de nous régaler avec ce chemin d’Armor et vos photos !
    J’avais suivi vos pas en 2014 en parcourant moi aussi le chemin de la Pointe du Raz à Nantes.
    Cet été, j’ai parcouru par les chemins de randonnée une étape du Tro Breiz de Vannes à Quimper. Expérience d’immersion et belles rencontres au coeur de la Bretagne.

  3. S’il n’y a pas d’illustrations des lieux dans votre livre, alors le texte, les mots porteront l’imaginaire et laisseront deviner la puissance de l’émotion du marcheur. Lecteur en connaîtrai-je l’allégresse? Je la chercherai en tout cas.

    • Non, chère Michèle, il n’y aura pas d’illustration dans “Chemins”. Seuls mes mots tenterons de les évoquer en votre esprit. Vous me direz s’ils y sont parvenus. Amitiés,
      Axel Kahn

  4. “Chemins de vie”, quelle belle lecture. Très admirative par cette recherche constante de dire au plus juste les sentiments, les sensations et de les soutenir par une réflexion approfondie que ce soit sur les paysages, les régions traversées, les hommes rencontrés ou le marcheur qui s’exprime. Et de ne pas oublier les erreurs, les maladresses, les “ratés”. J’ ai particulièrement apprécié “Le sens de la marche”, “Choisir sa vie”, “Chemins amoureux”, enfin les marches dans le Mercantour parce que je connais un peu, rien qu’un peu.

    Et puis je ne peux me défaire de cette injonction paternelle “Faire durement les choses nécessaires” “Etre raisonnable et humain”.
    Oui quelle belle lecture.

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