Personne ne peut me soupçonner d’indulgence coupable envers le Président, son Premier Ministre et le Premier secrétaire du parti socialiste. Il faudrait des circonstances vraiment extraordinaires pour que j’apporte mes suffrages en 2017 au premier s’il est candidat. Le second fait ce qu’il a toujours préconisé de faire et que j’ai toujours réfuté et condamné. Le troisième, intelligent et retord lui aussi, est l’exemple de ce qui selon moi se fait de pire dans le champ de la pratique politique : ancien trotskyste, dirigeant douteux de l’UNEF-ID et de la MNEF, premier lieutenant (avec Manuel Valls) de Dominique Strauss-Kahn, rallié pour la primaire de la gauche en 2011 à Martine Aubry, il symbolise pour moi jusqu’à la caricature le politicien ambitieux et manœuvrier, adepte des coups tordus et des plans machiavéliques, prêt à tout, un « tue l’amour » de l’engagement partisan.
Pourtant, dans cette affaire de la « petite primaire de la gauche » annoncée le 18 juin, force est de constater que le trio infernal a bien joué et que, pour l’instant, l’opposition interne de gauche au PS est cocue, qu’elle a soigné elle-même la pousse de ses cornes. Pour l’instant. En effet, la demande très médiatisée d’organiser une primaire à gauche m’a toujours semblé sans espoir dès lors que Jean-Luc Mélenchon n’y participait pas et, de toute façons, ne se serait jamais effacé devant François Hollande si ce dernier l’avait emporté. En effet, dans ce qui persistait de la « gauche sans Mélenchon », les hollando-vallso-macronistes étaient à priori largement majoritaires, disposant au moins d’une confortable majorité relative, surtout en cas de division de leurs adversaires. Or, ces derniers sont à l’évidence divisés.
Martine Aubry, la rivale la plus redoutable en cas de primaire à laquelle elle se présenterait, ne le fera sans doute pas. Parce qu’elle est la fille de Jacques Delors et qu’elle a “déjà donné”, peut-être. Mais aussi parce que, ancienne Première secrétaire du PS, qu’elle est parvenu à superbement mobiliser pour faire élire François Hollande en 2012, elle est sans doute réticente à s’opposer frontalement à lui alors qu’elle le ferait sans état d’âme en ce qui concerne Valls ou Macron s’ils se présentaient. De plus, elle tient en très piètre estime Arnaud Montebourg – qui le lui rend bien – et pas en très grande estime Benoît Hamon, elle lève les yeux au ciel quand on évoque devant-elle Marie-Noëlle Lienemann ou Gérard Filoche, elle incarne une ligne social-démocrate authentique et assumée. Elle a désorienté beaucoup de ses plus proches partisans en rejoignant la motion A majoritaire de son parti en avril 2015 et s’est éloignée de beaucoup de ses amis à cette occasion, dont Christian Paul et d’autres. On la voit mal faire front commun de bon cœur avec beaucoup des possibles candidats s’opposant à François Hollande dans la primaire de janvier 2016. Elle n’a sans doute pas oublié que François Hollande, allié au deuxième tour à tous les autres candidats de la primaire sauf elle, doit selon toute vraisemblance sa victoire au ralliement d’Arnaud Montebourg et de ses dix-huit pour cent de suffrages.
Sans elle, il faudrait une révolution au sein de la gauche « résiduelle » pour qu’un Montebourg, le concurrent le plus consistant, parvienne à fédérer une opposition suffisante au président sortant. D’autant plus qu’outre lui, de petits candidats se feront sans doute connaitre. Dans ces conditions, abattre la carte de cette petite primaire est à l’évidence un beau coup pour l’exécutif et Cambadélis qui ont beau jeu à déclarer : « vous la vouliez, vous la réclamiez, vous l’avez….à nos conditions et avec notre calendrier, bien sûr, puisque vous avez de toute façon été infoutus de nous en opposer d’autres ».
Si l’affaire n’est pourtant pas totalement jouée, c’est que l’animosité contre le Président en exercice pourrait enclencher, au pire pour lui, un réflexe de « TSH », tout sauf Hollande, qui bénéficierait à son adversaire de deuxième tour de la primaire. C’est à l’évidence contre ce risque que lui et les siens vont tenter de se prémunir.
Axel Kahn, le vingt juin 2016