CRISE ET TYPOLOGIE DES ORGANISATIONS VILLAGEOISES


En fait, les situations sont diverses et se rangent dans plusieurs catégories selon l’histoire des collectivités concernées. De façon un peu schématique, je les classe en quatre groupes.

Le premier concerne des communes jadis industrialisées mais dont le cœur, parfois la totalité de l’activité ont été dévastés, ne laissant pratiquement rien subsister que quelques entreprises artisanales et des services dont la nature et la diversité sont lourdement impactées par le pouvoir d’achat résiduel d’une population dont la moitié, voire plus, ne dispose que des minima sociaux et des petits revenus de quelques travaux au noir. C’est là surtout que l’on observe cette sidération des personnes et leur tendance à un repli strict sur la sphère individuelle et familiale, un désengagement fort de toute forme de vie associative et publique. Les anciens bassins de la fonderie ardennaise, de la métallurgie lorraine et champenoise, de la bonnèterie troyenne sont des exemples douloureux que j’ai signalés de cette catégorie.

D’autres sites de tradition industrielle sont moins lourdement touchés quoique aucun ne soit totalement épargné. Je n’ai pas encore rencontré de manifestation prometteuse d’un dynamisme aboutissant à l’émergence de filières nouvelles génératrices d’un réel optimisme pour l’avenir mais cela doit bien se présenter en France, j’espère en être le témoin. En revanche, plusieurs sociétés de mécanique et de métallurgie de Saône et Loire, par exemple, conservent une activité notable, hélas plus d’exécution que de conception. L’inquiétude est réelle mais on observe alors que persiste un ressort qui se manifeste en particulier par une vie associative dynamique, signe m’apparait-il d’une plus grande capacité de lutte et de rebond.

Dans la ruralité qui n’a jamais connu de réel développement industriel, l’exode rural qui a commencé après la Première guerre mondiale et qui se poursuit inexorablement, associé à la généralisation de la télévision et en parallèle au déclin des manifestations de la vie communautaire, engendre d’authentique déserts campagnards dans lesquels ne subsistent que quelques foyers au bourg et dans les hameaux isolés (les écarts). Rien de comparable pourtant à la brutalité du raz-de-marée de la désindustrialisation qui assomme des populations entières.

De plus, on assiste aussi à un phénomène de revitalisation des campagnes et d’émergence d’une nouvelle ruralité associée à la persistance d’une activité agricole peu productrice d’emplois mais génératrice d’un pouvoir d’achat qui s’ajoute à celui des nouveaux ruraux : jeunes couples lorsque existe à une distance raisonnable des possibilités d’embauche et que la collectivité territoriale a une politique de lotissements ; jeunes retraités attirés par le style de vie ; étrangers, Hollandais dans le Morvan, Anglais en Bourgogne et en Touraine, etc. Deux villages dont j’ai parlé illustrent ce phénomène, Anost et le Petit Pressigny. Dans les deux cas les bourgs ne dépassent guère la centaine d’habitants, quelques centaines avec les écarts. Cependant de nouveaux venus jouissant d’une bonne aisance financière ont acheté et rénové des maisons et fermes abandonnées, les ressources locales en sont accrues d’autant donnant quelque latitude aux communes et communautés de commune et leur permettant d’investir dans l’embellissement de la cité, des activités collectives, des facilités sociales pour les familles. Les conseils municipaux et de communauté associent alors agriculteurs, commerçant et nouveaux venus dont ceux d’origine étrangère qui acceptent souvent des responsabilités de type comité des fêtes et culture. Des commerces persistent, la vie associative est dynamique et diversifiée ( clubs sportifs, de gymnastique, harmonie municipale, clubs de lecture, etc).

J’ai conscience du caractère sans doute schématique de cette typologie et de son caractère encore incomplet : je n’en suis qu’a la moitié de mon périple. Je reprends la route demain et aurai alors la possibilité d’enrichir ce premier tableau que je vous offre.

Axel Kahn, le dix juin 2013.

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6 thoughts on “CRISE ET TYPOLOGIE DES ORGANISATIONS VILLAGEOISES

  1. Bonsoir,
    Encore bravo pour la narration sensible et juste de votre traversée.Ensuite,une question: à quelle heure estimez vous votre arrivée dans le bourg de Droiturier. Enfin, êtes vous prêt à
    partager 3 minutes ou 63 minutes de votre temps de repos pour découvrir sans être à pied (votre périple), ni en voiture (votre retour aux racines tourangelles), un autre moyen de voir le monde? La reconnaissance se fera par le nom d’un auteur dont L.Werth fut dédicataire et pas si éloigné de votre escapade.
    Bien cordialement.
    CD

  2. Bonjour,

    Merci pour votre blog que je suis avec intérêt !

    Ceci dit, où donc aviez-vous les yeux ces quelques dernières années pour découvrir aujourd’hui seulement la désertification rurale ? Sans aucune méchanceté de ma part, vous me faites penser à une grenouille vivant au fond d’un puits et qui brusquement découvre le vaste monde …
    Chercheur, penseur, médecin, oui … mais surtout parisien qui sort de son trou !

    Très amicalement quand même.

    Françoise.

  3. Cher Axel,

    Vous nous étonnerez toujours, et ferez ma plus grande admiration. Beaucoup d’entre nous devrait prendre exemple sur vous.
    Nous allons vous suivre sur notre site dont vous êtes le Parrain..
    Prenez-soin de vous
    Bravo et merci
    Agnès

  4. Bonjour Mr Kahn,
    Hélas, hélas, nos villages se meurent, malgré les estrangers venus du Norddd…Dans mon petit village du Morvan, les hollandais sont arrivés..Nous étions ravis, ravis qu’ils rachètent les maisons vides, délabrées – hélas, ils amènent tout avec eux et sont peu consommateurs sur place – Ils ont rénové les maisons, mais, hélas, ne viennent qu’une ou 2 fois/an et repartent au bout de quelques années, après bien des désillusions..Le paradis vert n’est pas le paradis dont ils rêvaient..Au début, ils ont été bien accueillis, mais, le barrage de la langue fait que les liens ne se tissent guère…
    Je souhaite aux voisins de Droiturier de vous faire un bon accueil, nous sommes des gens civilisés dans le bourbonnais.

  5. Revenir au village
    ———-

    C’est, sur la carte, un point,
    Une marque ordinaire :
    C’est mon village, au loin,
    Mon petit coin de terre.

    Il est peuplé de gens
    Qui rarement voyagent ;
    Leur regard suit souvent
    La marche des nuages.

    Ils marchent, solitaires,
    Au travers des forêts ;
    Ils vont au cimetière
    Dès lors qu’ils y sont prêts.

    Et puis, peu leur importe
    Que j’aille, ou non, vers eux :
    Car je suis de leur sorte
    Et ça se voit un peu.

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