L’attentat du 14 juillet à Nice est incontestablement une horreur. Tous les attentats le sont, bien entendu, et ils ne sont pas les seuls dans un monde qui en engendre tant, les villes bombardées, les milliers de réfugiés noyés, entre autres spécimens. Cependant la jeunesse joyeuse de victimes issues de la terre entière et fêtant ce soir là l’été, les vacances, le symbole de liberté que représente partout la prise de la Bastille, ajoutent encore à l’effroi ressenti. Sans nul doute, les fusées pyrotechniques retombaient ce soir là en larmes amères et pluie de sang.
Comme si le drame n’était pas suffisant, s’y est ajouté sans délai un florilège presque exhaustif de réactions individuelles et politiques désolantes, parfois scandaleuses, au minimum inadaptées.
À gauche et à l’extrême gauche, de manière singulière, c’est le déni qui a dominé. Le routier n’aurait rien à voir avec l’islamisme, il serait juste un psychopathe patenté, un mari violent, un tueur de masse paranoïaque ou un déséquilibré suicidaire du type du co-pilote de la Germanwings écrasant son avion et ses passagers dans les marnes sinistres des Alpes du Sud. L’homme, sans nul doute psychopathe et violent – connait-on beaucoup d’assassins de cet acabit qui ne le soient pas ? – à prémédité un attentat, l’a monté à la perfection et l’a réalisé avec un redoutable sang-froid et une terrible efficacité. Il a fait assez exactement ce que Daech préconisait, choisi sa cible et la date comme l’organisation terroriste le recommandait. Dans les jours qui ont précédé le 14 juillet, il s’est fait poussé la barbe, a consulté chaque jour des sites jihadistes et des illustrations de massacres, fait des commentaires approbateurs sur l’EI à des tiers. L’affaire semble entendue, ce psychopathe violent dans un état psychologique aggravé par ses problèmes familiaux, peut-être rongé aussi par le remord comme j’en faisais l’hypothèse dimanche 17 juillet sur Facebook , est l’archétype de ces nouveaux “soldats” que DAECH appelle à se lever d’eux-mêmes pour frapper l’ennemi avec les moyens du bord, un couteau, une hache (hier encore en Allemagne), une voiture, un camion de 19 tonnes…Alors pourquoi ce déni ? Certains ont avancé que c’était là un piège pour justifier la prolongation de l’état d’urgence, pour tenter de resserrer les rangs autour de l’exécutif en mal de popularité. Absurde ! N’importe quel analyste censé savait qu’après déjà deux attaques d’envergure, cette troisième alimenterait le procès d’un pouvoir dénoncé comme laxiste et, en tout cas, inefficace.
Pour d’autres, l’intention du déni était sans doute de ne pas accabler la communauté musulmane de France déjà en but au racisme et à une hostilité croissante d’une partie de l’opinion, victime malgré elle des surenchères politiques. Une “amie Facebook” avançait même que le psychopathe désaxé aurait aussi bien pu être breton. Reste que depuis Toulouse en 2012 et avant, en passant par le 7-1 et le 13-11-2015 à Paris, 22-3-2016 2016 à Bruxelles, presque partout, en fait – quoique la France soit, hors du théâtre d’opérations, la plus touchée – les coupables se prénomment plus souvent Mohamed, Amedy, Chérif, Saïd…..qu’Erwan ou Loïc. Il faut dire aussi que les pays où vivent les leurs sont plus bombardés, affamés, en guerre que Morlaix et Lamballe. Que l’islam wahhabite et le salafisme ne sont pas cette religion de tolérance et de paix dont on pouvait parler pour le soufisme et d’autres tendances de la pensée musulmane avant que le renfort des premiers par les pétrodollars et les arrières pensées stratégiques et impérialistes des grandes puissances économiques n’assure désormais, hélas, leur influence dominante. Une telle “pudeur” à dénommer les choses est catastrophique en tant qu’elle dispense de se poser les bonnes questions et à entreprendre ce qui est nécessaire, qu’elle exacerbe l’hostilité de larges pans de la population qui devient enragée.
Les principales victimes de ces affaires et des aveuglements qui les accompagnent sont les Français en général, en particulier ceux de la communauté musulmane, et bien entendu le pouvoir en place, celui d’aujourd’hui comme cela eut été le cas de tout autre. Les principaux bénéficiaires sont les idées et les leader du Front National qui peuvent même se payer le luxe pour eux délectable de rester plutôt en retrait de l’affolante surenchère d’une opposition “républicaine” dont les leaders positionnés dans les starting-blocks de leur primaire font assaut de déclaration ineptes, de propositions absurdes (armer les policiers de bazooka, créer un “Guantanamo” français pour les fichés S….) et d’analyses d’un consternant schématisme. Confronté aux dures réalités d’une situation épouvantable qui a le front de résister à ses coups de menton devenus légendaires, plus efficaces – et encore ! – sur les députés socialistes que sur les “soldats” de DAECH, le Premier Ministre lui-même se laisse aller à des observations inadaptées à sa position. Dire aux Français exaspérés par le terrorisme de masse qu’il faut se préparer à vivre avec, ce qui est sans doute hélas exact, revient un peu à la déclaration de Lionel Jospin à propos du chômage contre lequel “l’État ne peut pas tout ! Dans tous les cas, la sanction politique à été et sera sévère.
De manière singulière, et pour moi incompréhensible, seule la politique étrangère du gouvernement et son éventuelle influence sur la situation que connait la France restent indemnes des questionnements et critiques. J’ai depuis quelques années bien sûr dénoncé la politique de Nicolas Sarkozy en Libye, mais aussi fait part de mes doutes sur le périmètre de l’engagement français décidé par François Hollande et Laurent Fabius. Non pas au Mali, je crois que notre pays ne pouvait risquer de voir Bamako et ses 5000 ressortissants européens aux mains des islamistes. En Irak, en revanche, puis en Syrie, je suis beaucoup plus perplexe. DAECH a prospéré sur le vide créé par l’intervention américano-britannique et la fureur des sunnites de voir le pouvoir tomber aux mains dès chiites. L’intervention dans ces conditions des pays responsables de ce désastre était probablement nécessaire. Cependant, Jacques Chirac et Dominique de Villepin (leurs successeurs l’auraient-ils faits ? Pas sûr !) avaient gardé la France de participer à la calamiteuse expédition irakienne, notre responsabilité n’était par bonheur pas engagée et nos mirages n’étaient sans doute pas indispensables. Mais que diable sommes-nous allé faire dans cette galère ? Après les premiers attentats, le piège étalait refermé. Comme il ne pouvait être question de “céder à la terreur des assassins islamistes”, nous avions droit chaque fois à un coup de menton supplémentaire et à la fière affirmation que la Nation française rendrait coup pour coup. Et quelques bombes supplémentaires sur Rakka et les alentours de Mossoul.
Et pourtant, vivre pourtant reste un objectif valable, prioritaire. Si seulement les difficultés rencontrées pour atteindre cet objectif n’étaient pas encore démultipliées par la folie qui semble emparée de tous, un beau coup de DAECH, ma foi.
Axel Kahn, le dix-huit juillet 2016
Bonjour Monsieur Kahn,
Je ne suis politicienne, juste humaniste… La violence nous aveugle et nous prendrons encore des coups !
Sincères regrets de n’avoir rien à proposer et de n’en faire qu’un constat impuissant… Néanmoins, mes valeurs et mon coeur restent à Gauche.
Cordialement,
Pascale Roann
Quel est le parti qui promet une fois au pouvoir de désengager la France de ses actions dans ces pays-là? Le Front National je crois. Alors que faire maintenant, à l’heure actuelle? Vous jugez incompétent le pouvoir actuel pour redonner confiance aux Français, garder l’unité du pays, éteindre les colères irresponsables qui s’expriment déjà. Alors qui?
Nous sommes déboussolés, ne sachant vers qui nous tourner. Faut-il définitivement saboter les efforts de ceux qui tentent actuellement d’affronter cette peste, et je crois personnellement à leur sincérité? Mais pour aller où?
Moi non plus je n’ai aucune réponse. Je ne sais pas ce qu”il faut faire. Et je ne veux pas du F.N au pouvoir dans mon pays.
Analyse toujours très juste.
Je déplore en plus une sorte de voyeurisme dans cette tragédie et cette course à l’audimat des médias
Il est indispensable de respecter ceux qui souffrent et qui mettront beaucoup de temps à se reconstruire.
Bises.
Nos amis de confession musulmane doivent réagir après ce dernier massacre. J’avais déploré leur quasi absence à la manif de janvier dernier. Ils se doivent de défiler partout en France pour dire non à cette violence et faire taire tous les propos racistes colportés a leur égard par le FN et ses affiliés. Ils ne peuvent plus rester inactifs et frileux dans cette période de folie meurtrière.
Mon seul désaccord porte sur l’importance du “déni”… Il y a une complaisance à gauche: le NPA n’a-t-il pas présenté à des élections une candidate voilée? Plenel ne vocifère-t-il pas contre les intégristes laicistes qui critiquent le port du voile? Mais en l’occurrence ce que vous qualifiez de déni n’a été à mes yeux qu’une réaction à la récupération par Valls/Cazeneuve de ce drame pour justifier des mesures (état d’urgence) inefficaces contre le terrorisme mais tellement pratiques contres les opposants à la loi El Connerie ou à la COP21. Cordialement, jmv
Cher JMV, vous confirmez par ce commentaire l’une des explications que j’ai avancées pour expliquer ce déni….
Comme toujours l’analyse est juste et partagée avec quelques nuances cependant pour ma part .
Les communautés arabe, arabo-musulmane sympathisante ou pratiquante n’auraient pas du, ne doivent, plus et ne devront plus soutenir voir même tolérer les islamises radicaux prosélytes, je le pense depuis une dizaine d’années même si cela doit faire de la peine à mes amis qui appartiennent à ces communautés .
Nos forces de sécurité a qui la population Française ( sauf la CGT) accorde un fervent soutient depuis ces évènements sont insuffisamment armées et entraînées faute de moyen sans doute mais aussi de volonté , tous les syndicats de polices le dénoncent. Il ne s’agit pas de donner des bazookas mais des armes efficaces et l’entraînement régulier qui va avec pour stopper rapidement un tueur fou qu’il soit islamiste, psychopathe ou les deux .Cela à manqué à la fois pour Charli, le Bataclan et à Nice. Ce ne sont pas les policiers présents qui me contrediront ni les familles de victimes .C’est aussi cela le déni .
Bonsoir Monsieur Kahn,
Comme souvent vos analyses synthétisent le foisonnement de l’Agora française. Le délitement de nos sociétés modernes – occidentales – accentué par tous les moyens de communication mis à la disposition de tous, deviennent le vice de tous les psychopathes, xénophobes, et autre déséquilibrés de ce monde 2-point-zéro.
Je m’interroge sur l’avenir de notre société, de notre pays. Les politiques se chamaillent et jouent le populisme et la médiocrité, les médias principalement accessibles à tous, n’ont qu’une oreille –mêmes Unes, mêmes débats, jour par jour- et jouent le scoop de l’audience rétributrice, aucune originalité !
A la veille des prochaines échéances électorale, notre démocratie est en panne d’utopie et les seuls inspirateurs raisonnables, les Intellectuels comme vous, sont absents des médias de masse.
La population n’écoute que son individualisme, les politiques leur petits calculs de boutiquiers.
Qui, demain sera en capacité de nous ouvrir un horizon emplis de sérénité sur l’avenir ?
Continuez Monsieur Kahn à nous ouvrir les yeux…
Deux bémols à cet article. Premièrement, certains des reproches adressés au gouvernement sont légîtimes. Je me rappelle de François Hollande affirmant aux journalistes de France 2 que la mosquée salafiste de Brest, où prêche un fou furieux, était fermée. Un jour ou deux plus tard, on a appris que c’était un mensonge. Un de plus. Donc oui, effectivement, le pouvoir en place ne fait pas tout ce qu’il faut pour lutter contre l’islamisme radical. Par manque de lucidité ou de courage politique ? Sans doute les deux. Deuxièmement je ne crois pas que si la France n’était pas intervenue en Syrie cela aurait changé grand chose. N’oublions pas que les terroristes s’en prennent d’abord à la France pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle représente : la démocratie, la laïcité, la culture, l’universalisme, c’est-à-dire dire tout ce que ces obscurantistes détestent le plus au monde. Il faut donc plus que jamais une union de tous les citoyens français autour de ces valeurs universalistes.
Cher Sylvain, je ne sais pas moi non plus si l’absence de la France de la coalition bombardant avec les Etats-Unis DAECH en Irak, puis en Syrie, changerait quelque chose. Cependant, tous les terroristes qui se sont exprimés ont avancé ce point pour expliquer leur geste, de même que DAECH dans ses revendications des attentats. On avance – j’ai avancé moi-même – que c’est la France telle qu’elle est, son art de vivre et sa laïcité qui étaient visés. Reste que ce n’est là qu’une interprétation qui pourrait bien ne valoir que pour Charly où le droit au blasphème, à l’humour, la liberté de la presse…..étaient les cibles évidentes. Ensuite, on ne saura pas puisque la France, absente de la coalition américaine contre Saddam, l’avait rejoint sous Hollande. Pour ma part, je suis bien persuadé que là réside la motivation principale des attentats, les islamistes ayant vécu ce changement de politique pour eux incompréhensible comme une sorte de trahison. Et puis, dans le passé, les attentats islamistes en France ont TOUJOURS eu une cause précise : le contentieux franco-iranien, le soutien au gouvernement algérien contre le FIS, etc. Le plus probable est que cela n’a pas changé. Très cordialement.
Cher Monsieur Kahn, je suis en partie d’accord avec vous, mais le magazine officiel de daesch désigne lui-même la France comme ennemi numéro un à cause de ce qu’elle représente : la laïcité et tout le reste, y compris la philosophie des Lumières. Et il y a quelques années Ben Laden avait lui aussi désigné la France comme principal ennemi en Europe, alors que nous n’étions pas forcément plus engagés que d’autres (la Grande-Bretagne notamment) en Afghanistan. Très cordialement.
Cher Sylvain, il ne vous a pas échappé que l’Allemagne a rejoint la coalition après la France et qu’elle est attaquée à son tour, explicitement pour cette raison selon l’Afghan à la hache. Très cordialement.
Lorsqu’il y a plusieurs paramètres, c’est toujours difficile d’expliquer. Mais l’Allemagne a un nouveau facteur pouvant expliquer les attaques sur son sol –> c’est le nombre démentiel de” réfugiés “accueillis depuis un an. L’Histoire reconnaitra les responsabilités, mais en attendant…
De temps en temps je viens vous lire ici,C’est toujours un réconfort par des idées que je partage.Ici il y a de la lumière celle qui fait fuir la nuit ,le gris…