DES VOSGES À LA GRÈCE, ILS L’ONT FAIT !


Le stupéfiant résultat du référendum grec d’hier dimanche cinq juillet 2015 m’a rappelé un très récent souvenir de mon passage récent à Saint-Dié-des-Vosges. J’avais donné une conférence dans la salle communale de Taintrux, à onze kilomètres de là, et signais en ce samedi après-midi mes ouvrages étalés sur une table posée à même le trottoir, devant la librairie Le Neuf de Saint-Dié, face à la Meurthe Raymond se présente alors. Il marche d’une allure un peu raide, parle en surmontant une gêne d’élocution néanmoins perceptible. Il me fait signer “Entre deux mers“, puis engage la conversation. Me sachant  médecin, il évoque sa maladie de Parkinson et la difficulté à trouver l’équilibre entre un traitement efficace et ses effets secondaires bien connus. Puis il m’annonce qu’il a toute sa vie été un marcheur entraîné et passionné, qu’il tente de persévérer malgré le Parkinson. D’ailleurs, il a l’intention d’être présent le lendemain dimanche au rendez-vous matinal au col d’Anozel que m’ont donné des marcheurs vosgiens pour une randonnée dominicale sur les crêtes du massif du Kemberg constellées de remarquables roches sommitales gréseuses. Le lendemain, Raymond est là, en effet, avec ses deux bâtons de marche nordique, au milieu d’une trentaine d’autres randonneurs (petit film souvenir). Il est magnifique, loin de se trouver à la traine, même dans l’ascension escarpée du “Rocher de l’Enclume“. Son visage porte les marques de l’effort mais rayonne aussi de joie. Il nous quittera à la pause méridienne ; je l’étreindrai, touché par son courage, sa volonté, son bonheur. Il m’enverra, quelques jours après, un message qui me touchera autant que le regard du petit Raphaël, à la Maison du Vallon de Marseille :

“…….notre complicité tout au long de cette rando de trois heures , la montée fulgurante pour moi à la Roche de l’Enclume  comme si j’avais des ailes – moi le parkinsonien de Saint Dié –  et enfin notre séparation au col de la Roche Saint-Martin quand vous m’avez donné une accolade,  m’ont  ému jusqu’aux larmes en présence de ma fille Delphine  et de ma petite fille Irène. Ces moments resteront gravés dans ma mémoire à jamais.”

Il l’avait fait, malgré tout, c’était authentiquement beau.

Hier, les Grecs ont voté pour savoir s’ils approuvaient les termes du mémorandum de leurs créanciers de l’Union européenne et du FMI. La BCE ayant cessé d’alimenter les banques en liquidités, le gouvernement grec avait été contraint de les fermer et d’instituer un contrôle des capitaux. Les épargnants était sévèrement restreints  dans le retrait d’argent, les distributeurs étaient souvent à cours d’espèces. La totalité des médias privés, propriétés des oligarques dont la responsabilité  est lourde dans la ruine du pays, déversait en flot continu des tombereaux d’injures sur Alexis Tsipras et son gouvernement et relayait les prévisions apocalyptiques des autorités européennes en cas de victoire du non : la soumission ou le chaos ! La radio-télévision d’État, fermée par le précédent gouvernement conservateur mais récemment ouverte à nouveau par son successeur, s’essayait à une stricte objectivité. Ailleurs en Europe, en France en particulier, socio-libéraux et conservateurs, par conséquent là encore la presque totalité des médias papiers, radiophoniques et télévisuels, tombait à bras raccourci sur Alexis Tsipras, populiste démagogue, fier à bras insolent et irresponsable, arroseur arrosé. On annonçait avec délectation que le camps du Oui se renforçait, que le Non, Oxi, allait être défait, que cela en serait enfin fini de Tsipras et de ses gauchistes. Au pire, que le score allait être très serré, sans signification. Patatras, Oxi recueille 61,3 % des suffrages, c’est un incroyable triomphe pour Tsipras dont la position est confortée par une majorité bien plus large que celle qui l’avait porté au pouvoir il y a cinq moi. Les Grecs l’ont fait !

Bien entendu, l’avenir n’est pas dégagé pour autant. Raymond aura à lutter, encore et toujours, contre sa maladie. Les Grecs sont loin d’être au bout de leurs peines, il auront à se battre, ils souffriront sans doute, mais, cela, ils en ont hélas l’habitude.Pourtant, les choses ont changé. Repoussant la résignation, affrontant la difficulté et les dangers, ILS L’ONT FAIT ! Cela signifie que ce qu’impose la contrainte du mal et des puissants ne constitue pas obligatoirement un destin implacable, qu’une marge persiste pour ceux qui ont le front de se battre, d’OSER VOULOIR.

Axel Kahn, lundi six juillet 2015

Partager sur :

6 thoughts on “DES VOSGES À LA GRÈCE, ILS L’ONT FAIT !

  1. Cher Axel. Les Grecs nous rappellent que la Grèce est le berceau de la Démocratie.
    J’aimerai bien un jour faire une balade avec vous comme Raymond, je vous ferai découvrir un paysage magique de tourbières ou encore le parcours que j’ai tracé “Le chemin des carrières” en hommage aux tailleurs de pierres du granit du Compeix (un granit tendre qui sert à la restauration des monuments historiques). J’imagine les pages que cela vous inspirerais. Amitiés. Alain

    • Cher Alain, ce sera avec plaisir, lorsque le temps nous en sera donné que je mettrai mes pas dans les vôtres. En attendant, à bientôt dans la Creuse.

  2. Bonjour Monsieur,
    Les directrices et directeurs des écoles vaudoises (www.adesov.ch) seraient honorés de vous entendre lors de leur prochain séminaire consacré à la transition. Celui-ci réunira environ 80 personnes.
    Seriez-vous disponible jeudi 5 novembre prochain pour venir nous parler à Villars-sur-Ollon en Suisse? A quelles conditions?
    Merci d’avance de votre prochaine réponse.
    Francine Crettaz, secrétaire générale de l’ADESOV

    • Chère Madame Crettauz,
      je serai, le cinq novembre prochain, en Méditerranée embarqué dans le navire de la “Croisière des idées” organisée par mon frère Jean-François.
      Par ailleurs, de quelle transition parlez-vous ?
      Très cordialement,
      Axel Kahn

  3. Bonjour Mr KAHN,
    Quelle émotion en lisant ce post ! Vous nous réconciliez avec le monde quand celui-ci nous fait mal à l’âme et comme vous, on a envie de dire “Chapeau bas” à Raymond.
    Merci pour tout ça.

    • Merci, Tomaticha, on a peu l’occasion d’être ému par de belles choses dans le monde, en ce moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.