DU BONHEUR D’ÊTRE PÉNICHE… Neuvième étape, de Revigny-sur-Ornain à Hauteville.


C’est la propriétaire du gîte où je passais la nuit à Revigny qui me tira d’affaire: “pourquoi ne longeriez-vous pas le canal de la Marne au Rhin, son chemin de halage est praticable aux piétons.” L’idée était excellente. Les avantages des canaux sont considérables. 1, ils adoptent le plus possible la solution de la ligne droite, fort prisée aujourd’hui compte tenu de la distance à parcourir. 2, les méchants véhicules automobiles qui m’avaient causé tant de soucis hier y sont interdits. “. 3, les seuls dénivelés à avaler sont ceux des écluses, ils représentent un obstacle plus conséquent pour les péniches que pour les marcheurs. 4, ces placides navires, d’ailleurs peu nombreux, sont inoffensifs pour les randonneurs. 5, le paysage y est habituellement plaisant. 6, il est possible de tomber sur des bistrots de mariniers accueillants aussi pour le voyageur frigorifié. 7, il est possible d’y faire de belles rencontres.C’est ainsi que j’eus le temps, durant les 16 km que je longeais le canal, de me lier d’amitié, voire d’envisager une liaison (rappelons que les bergères sont décidément rares) avec La Morzine, une élégante péniche qui se porta à mon niveau et me fit un brin de conduite. Son allure, était souple et régulière, presque lascive, elle semblait sage et honnête, j’eus le temps de la détailler car son allure semblait calquée sur la mienne. Cette histoire était prometteuse. Hélas, la belle avait un défaut, elle prenait vraiment tout son temps à chaque écluse alors que j’étais passablement pressé. Je l’abandonnais donc, avec tristesse et regret.
Après un réconfort ” de marinier” dans la matinée, je fus plus heureux qu’hier pour déguster mon picnic. Un vénérable agriculteur me fit entrer dans une grange, disposa du foin sur le sol pour le cas où je désirerais me reposer (en l’absence de La Morzine, je n’en profitais pourtant pas), me remis des couvertures et m’apporta un café qu’il me regarda boire en me parlant longuement de sa guerre d’Algérie à la frontière tunisienne. Que demande le peuple? Je suis certain que certains de mes lecteurs se demandent ce qui peut pousser un être sain d’esprit à marcher dans le froid et sous la pluie jour après jour. En fait, vivre cela est connaitre l’expérience de la relativité des situations et des impressions. D’abord, dès qu’il pleut moins dru, on peut se libérer de l’emprisonnement de la capuche, sentir le vent frais sur ses joues, entendre certains bruits de nature auparavant masqués. La liberté! Et puis, mieux même, il peut arriver qu’il cesse de pleuvoir, pour un instant, vous incitant alors à ôter votre cape. C’est presque comme enfiler son maillot de bain pour aller se baigner dans l’eau tiède.
Je crois même, sans exagérer, n’avoir pas été la victime de mes illusions en observant parfois un certain éclaircissement du ciel qui passait du noirâtre au gris foncé. Une merveille! Oui, vraiment, marchons sous la pluie, dansons sous la pluie, Gene Kelly a montré le chemin.
Axel Kahn, le seize mai 2013.
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