Tel est le cas de la Haute Loire, à quelques sites près tel Monistrol-sur-Allier, jadis pays des poseurs de rails et des travailleurs de la pierre. Dans ce département de tous temps habitué à vivre avec des ressources agricoles chiches, un artisanat traditionnel a ça et là résisté, quoique la dentelle du Puy soit aujourd’hui brodée par des machines chinoises plutôt que par les dentelières ponotes ou alti-ligériennes. De même, de la tradition de la tannerie velave, il ne reste que de rares entreprises employant quelques dizaines de personnes. En revanche, quelques implantations industrielles de grands groupes dans les environs du Puy résistent pour l’instant plutôt bien ; tel est le cas d’une usine Michelin (les Ponots sont plus heureux que les Tourangeaux!) et d’une unité de production du groupe pharmaceutique Merck-Chibret-Dohme. À remarquer que ces deux sociétés sont fortement implantées à Clermont-Ferrand qui est bien reliée au Puy et appartient à la même région Auvergne qu’elle, ce qui témoigne sans doute d’un choix stratégique des deux firmes en question. Au point de vue agricole, les terres des hauts plateaux du Velay et de la Margeride ne sont guère propices qu’à l’élevage, encore assez largement de vaches laitières, et en certains sites volcaniques, à la culture des lentilles vertes du Puy. Seules les plaines d’effondrement de Bas-en-Basset et de l’Emblavez, un peu celles du Puy, permettent une agriculture un peu plus diversifiée.
S’élever du bassin du Puy pour rejoindre vers l’ouest le plateau du Velay amène justement à cheminer entre des champs de lentilles qui ressemblent un peu en cette période de l’année à du persil de 10 à 15 cm de haut. S’y développeront des gousses qui ne contiennent en général que deux graines, les lentilles, une seule les mauvaises années. Sinon, on retrouve jusqu’aux monts du Devès qui limitent le plateau à l’ouest, au dessus des gorges de l’Allier, ce paysage volcanique et cet habitat que j’ai illustrés lors de mon étape entre Ceneuil et St-Paulien. Les Monts du Devès, au climat rude, sont couverts d’une belle forêt de feuillus et de conifères, forêt qui abrite d’importantes tourbières et de plus rares lacs développés dans des cuvettes ou des cratères volcaniques. Le lac du Bouchet, comme le lac Pavin dans la Puy-de-Dôme, en est un très remarquable spécimen établi dans la cavité arrondie d’un cratère. La bordure du Velay franchie, c’est la descente abrupte dans la vallée de l’Allier qui coule cinq cents mètres plus bas dans un relief formant des gorges bordées par les vestiges impressionnants des phénomènes géologiques qui ont surélevé les deux plateaux qui se font face, le Velay à l’est et la Margeride à l’ouest : coulées basaltiques formant les fameux orgues, amoncellement de blocs de granit et de Basalte. C’est que la Margeride, comme le Forez (ou encore le Morvan), ont été formés eux aussi par la surélévation contemporaine du plissement alpin d’un vieux socle granitique mais qu’ici, contrairement aux autres régions d’Auvergne, le paysage n’a pas été remodelé par des phénomènes volcaniques, sauf à la base des plateaux. Aussi, la transition est frappante lorsqu’on s’élève, là encore de plus de cinq cents mètres, au dessus de l’Allier pour pénétrer dans le pays de la bête, le Gevaudan, et cheminer sur les larges drailles qui parcourent le haut plateau aux doux vallonnements de la Margeride. Durant l’ascension, on note un appauvrissement progressif des murs des habitations en leurs roches volcaniques remplacées par des blocs de granit qui seront les seuls utilisés une fois bien engagé sur le plateau. Les maisons retrouvent alors l’aspect de celles du Forez-Livradois, elles évoquent même par les matériaux utilisés celles de Bretagne. Comme dans le massif armoricain, les blocs de granit parsèment la campagne, les prairies et les bois, scintillants au moindre rayons du soleil, ce qui achève de donner un caractère particulier et attachant à ce pays au climat rude. Les champignons apprécient aussi, les morilles à Pâques, les mousserons un peu plus tard, les girolles dès maintenant, les ceps bientôt abondent.
D’ailleurs, les mets offerts dans les auberges et lieux d’hébergement en bénéficient : omelettes aux mousserons, hier soir côte de “broussard” aux morilles, ce soir girolles prévues, cueillies cet après-midi même. J’entends déjà les médisants : “Bien sûr, Axel Kahn descend dans des établissements de luxe”. Que nenni, j’étais hier à Monistrol au “repos du Pélerin” et ai partagé avec une maman québécoise et sa fille de treize ans, qui débutent leur chemin de Compostelle, un “menu du pèlerin”…à douze euros…. Ce soir, à La Clauze, hameau perché à 1100 m, il en va de même. La Clauze est bâti aux pieds d’une étonnante tour en granit du XIIIème siècle, tour en remarquable état de conservation alors que sa construction audacieuse sur des blocs de granit en dévers n’aurait pas permis de prédire une telle longévité. Mais c’est tout de même du granit…
Hier, je me suis un peu avancé en annonçant que la sur-signalisation du GR 65-chemin de Compostelle m’assurait au moins de ne plus me perdre. Il faut dire que je suis parfois d’une distraction dépassant toute limite. Montant de Monistrol, le GR emprunte une portion de route dont il coupe les lacets par des chemins latéraux. Le changement de trajet est toujours indiqué par une formalisation fléchée des marques rouges et blanches. Là, cette marque m’enjoignait de tourner à gauche, ce que j’ai fait mais pas assez tôt. J’ai pris le chemin de traverse là où il rejoignait la route, pas là où il la quittait, suis redescendu suivant les marques…et ai entrepris de redescendre sur Monistrol, m’étonnant que le tracé ne continue pas à s’élever.
Heureusement, un monsieur m’a interpellé au bout d’un quart d’heure : “Ah bon, vous faites Compostelle à l’envers, vous!”, me faisant prendre conscience de mon étourderie.
Mais après tout, pourquoi pas ? Quand je serai au bout du chemin, il me faudra bien rentrer à Paris !
Axel Kahn, le vingt-sept juin 2013.
Je ne savais pas qu’il y avait déjà des girolles, je les adore, j’aurais bien partagé votre repas…Rien de tel qu’un bon repas tout simple..Et pis, vous étiez en bonne compagnie, les canadiens sont des gens bien sympathiques..
Vous marchez plus vite que moi à vous lire..Demain, on annonce de la pluie, n’oubliez pas votre K-way, comme dirait un ch’ti..
Je ne savais pas qu’il y avait déjà des girolles, je les adore, j’aurais bien partagé votre repas…Rien de tel qu’un bon repas tout simple, pour moi, ce midi, c’était lentilles, du Puy, forcément, les meilleures..Et pis, vous étiez en bonne compagnie, les canadiens sont des gens bien sympathiques..
Demain, on annonce de la pluie, n’oubliez pas votre K-way, comme dirait un ch’ti..
bonjour Mr KAHN votre blog accompagne mon petit déjeuner, c’est un plaisir de vous lire, vous auriez fait un “super” sociologue par vos réflexions au gré de votre périple. N’auriez-vous pas envie d’en faire part à nos politiques !!!!!!! tout comme Platon rêvait de les influencer? bonne continuation et encore merci.
Nous avons eu le plaisir de partager un excellent moment avec vous nous vous souhaitons une bonne continuation sur votre chemin.
ps: Viande de Broutards ( jeune bovin de race Aubrac, né et élevé en exploitation, nourris a l’herbe et aux céréales sans OGM )
Cher M. Kahn, c’est au salon du livre de St Louis que j’ai appris que vous preniez la route début mai, je vous lis tous les jours depuis votre départ de Givet. Je vous trouve très courageux et surtout très déterminé par ce défi que vous vous êtes lancé. Je trouve que vos articles et vos photos se complètent bien et que les endroits que vous traversez ne sont visibles que par les chemins je présume. J’aimerai savoir si le livre que vous allez écrire après et concernant votre périple ressemblera aux articles que vous partagez sut twitter ou sera-t-il plutôt orienté vers tous les questionnements et reflexions approfondis durant votre traversée de notre beau pays. Bonne route et à demain sur twitter.
Bonsoir ,Mr Kahn,
Je n’aurai pas la possibilité de lire vos commentaires passionnants pendant plusieurs jours ,ils sont tellement bien écrits et intéressant que ,pardonnez moi, c’est c’est comme un feuilleton dont on devient accro !
Très bonne route
Un plat de girolles, ramassé au détour de la traversée d’un bois de chênes ou de châtaigniers, avec une belle côte de veau broutard bien élevé….c’est peut être aussi simple que cela le bonheur à partager …. à la campagne; un plat tout simple mais tellement recherché en “ville” qu’il ne peut être que sur la carte d’un grand restaurant !
Jean-Louis