D’UNE VALLÉE A L’AUTRE, D’UN MONDE A L’AUTRE. Troisième étape, Nouzonville Chalandry-Elaire
11 mai 2013
3 commentaires
La diversité des coutumes, des traditions, des caractères, des opinons, etc, est un enrichissement pour tous quand elle stimule la curiosité réciproque et les échanges. Lorsqu’elle débouche sur l’incommunicabilité et l’isolement-enfermement communautaire, elle est un désastre. Tout voyage, même pédestre, y compris une simple promenade au sein de la ville, confronte à la succession rapide des paysages, des habitats, et des styles de vie, cette variété est à porter au crédit de la profusion de la nature et de la richesse incroyable de l’esprit humain, parfois elle témoigne de vrais processus de noyades collectives. Nouzonville, où j’ai dormi, est une ville de plusieurs milliers d’habitants. Elle et les cités environnantes étaient des centres importants de la métallurgie ardennaise et comptaient d’importantes fonderies, boulonneries et clouteries, en particulier destinées aux chemins de fer. Il persiste de belles demeures de maitres et, à Bogny, de singuliers quartiers de maison ouvrières dans le plus pur style britannique. La Grande Bretagne qui avait connu sa révolution industrielle des décennies avant la France servait de modèle. L’importance de l’activité industrielle est attestée par les traditions ouvrières revendicatives de la “vallée rouge”, plutôt rose aujourd’hui. Un des seuls bustes de Jean-Baptiste Clément, l’auteur du temps des cerises, en France est installé sur le quai de Meuse. Il était venu à Nouzonville pour y dynamiser l’organisation syndicale. Aujourd’hui, plus rien de tout cela n’existe, la ville s’est comme rétractée sur elle-même. Peu de magasins, de restaurants (hier soir j’ai du me faire conduire à une quinzaine de km pour rétablir ma force de marcheur en absorbant quelques nourritures terrestres..). Les gens sont affectés par de gros problèmes médicaux caractéristiques des régions sinistrées et du mal-vivre qui s’ensuit. Ensuite, calme promenade vers Charleville, 10 km en bord de Meuse. Budapest réunit la médiévale Buda à la plus moderne Pest. L’ordre est inversé, à Charleville-Mézières puisque la “ville de Charles de Gonzague” a été créée au début du XVIIème siècle, se juxtaposant à la médiévale Mézières que le Chevalier sans peur et sans reproche Bayard défendit au nom du roi François Premier contre les troupes de Charles Quint, avec courage et ruse. Deux villes, donc ; l’aristocratique Charleville et sa place Ducale en pierres ocres qu’inspira la place des Vosges à Paris, la perspective par la rue du Moulin sur le Musée Arthur Rimbaud en bord de Meuse , à proximité de la maison de sa mère dont il fugua si souvent, du collège où il étudiait au début de sa fulgurante et brève période de créativité poétique, entre 15 et 21 ans; et puis Mézières dont ne persiste guère de sa splendeur que Notre Dame de Bonne Espérance. Ce dix mai, les saints de glace sétaient à l’évidence donnés rendez-vous à Charleville-Mézières, ils furent des compagnons attentifs à demeurer à la hauteur de leur réputation. Neuf degrés dans la bise pénétrante, des bourrasques de pluie. Cela ne devait pas contribuer à masquer la réalité du spectacle offert par les faubourgs de la capitale ardennaise, celle là encore d’une population qui souffre et a peu de raisons d’espérer. Il y a bien longtemps que les fonderies ont fermé, Citroen et Ford, les deux gros employeurs du bassin, font un appel croissant au chômage technique, l’optimisme serait hors de propos. Je connais cette réalité, trop bien, je n’ai jamais fait preuve de voyeurisme misérabiliste et le but de mon périple n’est pas de m’en convaincre plus encore. Cependant, j’étais entré dans cette ville par le nord pour en admirer les trésors et croiser une fois encore l’incroyable mauvais garçon et prince des poètes pour l’éternité, il fallait bien que je la quitte par le sud, en une progression déclinante saisissante: Charleville la belle, Mézières qui fut glorieuse, ses quartiers pétrifiés par la fin de tout, enfin, des univers distincts dont certains semblent avoir entamé un collapsus que ses habitants ne peuvent penser autrement que comme final. A Chalandry-Elaire, accueil dans une maison d’hôtes attachée à maintenir les traditions culinaires ardennaises, celles des territoires pauvres qui pouvaient être fiers de leur lutte acharnée contre la dureté d’une vie pourtant si robuste, à base de pommes de terre, de salade cuite et, quand tout n’allait pas trop mal, de lard. Un délice, cette salade ardennaise, et aussi cette espèce de pain perdu aux pommes avec du boudin blanc. Ces roboratifs et plébéiens délices ont la capacité de créer du lien, quand il y a encore des réalités tangibles à lier.
Axel Kahn, vendredi 10 mai.
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3 thoughts on “D’UNE VALLÉE A L’AUTRE, D’UN MONDE A L’AUTRE. Troisième étape, Nouzonville Chalandry-Elaire”
Nous n’avons trouvé que ce moyen pour vous inviter à vous restaurer et dormir à la ferme lors de votre étape du 17 mai prochain à Louze (52) où nous pouvons venir vous chercher si vous nous faites signe.
A bientôt pour échanger sur le monde comme il va.
Attention Monsieur Kahn : Louze est à 6 km de la plus grande poubelle nucléaire du monde – 1 million de m3 – et sous les vents dominants… Le canton de Soulaines : 4 sites nucléaires ! Un cinquième qui est en gestation. Sans oublier celui de la Meuse/Haute-Marne, BURE : un écocide programmé.
Nous n’avons trouvé que ce moyen pour vous inviter à vous restaurer et dormir à la ferme lors de votre étape du 17 mai prochain à Louze (52) où nous pouvons venir vous chercher si vous nous faites signe.
A bientôt pour échanger sur le monde comme il va.
Annette (retraitée)
Laurent(paysan)
Attention Monsieur Kahn : Louze est à 6 km de la plus grande poubelle nucléaire du monde – 1 million de m3 – et sous les vents dominants… Le canton de Soulaines : 4 sites nucléaires ! Un cinquième qui est en gestation. Sans oublier celui de la Meuse/Haute-Marne, BURE : un écocide programmé.