Fief de l’évêque de Langres, et de ce fait champenoise, la cité, Mussy-l’Évèque jusqu’à la Révolution, fut par exemple assiégée et prise par le Duc Philippe-le-Bon en personne, en 1433. Un tableau de facture flamande a immortalisé l’événement. Par ailleurs, depuis mon départ de Givet, je me joue des frontières, entre la France et la Belgique tout du long du diverticule nord-ardennais, entre les Ardennes, la Marne, la Meuse et le Haute-Marne, les régions Champagne-Ardennes, Lorraine et, dès mon départ de Mussy, Bourgogne. Cependant, aucune de ces frontières n’est barrière, elles participent à l’inverse aux échanges authentiques, ceux qui se font entre êtres ou entités différents.
Sans diversité, il n’est en effet pas d’échange, on ne dialogue avec soi-même qu’à la condition de postuler comme Rimbaud que « je est un autre ». Cela vaut des personnes comme des civilisations. Qu’eut été la Phénicie sans ses emprunts à l’Égypte et à la Mésopotamie ; Rome sans l’apport des Grecs, des Étrusques, des Carthaginois ; la Renaissance islamo-andalouse sans l’influence des textes grecs ; la Renaissance européenne sans celle qui l’a précédée en pays d’Islam et, en partie par son intermédiaire, l’Antiquité gréco-latine ; l’art moderne sans l’art africain, etc. Il en va de même de la personne, à fois irréductible aux autres et qui ne peut s’édifier qu’à leur contact. Je compare souvent dans mes conférences l’humanité en chacun à la flamme qui jaillit lorsque, dans l’âtre, on rapproche deux buches incandescentes ; isolées, elles n’auraient que rougeoyé, maintenant, elles flamboient. Les conditions pour que le prodige s’accomplisse sont, à parts égales, la distinction et la communication. La frontière assure la première, sa porosité permet la seconde. En ce sens, il est deux dangers aux semblables conséquences à l’édification et à l’épanouissement des êtres et à leur épanouissement, l’isolement assuré par des frontières étanches et l’uniformité. Je rappellerai dans un prochain billet combien les confins de la Champagne et de la Bourgogne ont par exemple été féconds pour qu’advienne un beau moment de l’enrichissement culturel et spirituel de notre pays, entre Molesme (à neuf kilomètres de Mussy), Claivaux (près de Bar-sur-Aube) et Fontenay (près de Monbard).
Axel Kahn, Mussy le vingt-deux mai 2013
Monsieur Kahn,
Y-a t’il eu des guerres entre la Champagne et la Bourgogne? Des invasions sans heurts?
Les Amérindiens se sont-ils bien mêlés aux européens et leur Nouvelle Frontière?
La communication va si vite et si globalement à notre époque que nous ne pouvons peut-êre plus transposer le passé pour voir le futur ? Rougeoyer, c’est déjà beaucoup tant il y a de nuances possibles.Ce n’est pas l’uniformité.
Bien à vous