EN AVRIL, NE TE DÉCOUVRE PAS D’UN FIL ; EN MAI, FAIS CE QU’IL TE PLAIT ?


Discourons du dé-confinement, sur le plan théorique. L’efficacité du confinement est liée à deux paramètres :

  • Le Sars-CoV-2 ne se transmet que de personne à personne. Il ne connait pas de vecteur, rat ou insecte. Isoler les personnes interrompt la transmission du virus.
  • Le Sars-CoV-2 ne s’enkyste pas, il ne persiste pas sous une forme dormante et est fragile. Sur du matériel inerte ou des animaux non hôtes, il disparait en quelques heures, au maximum deux jours. Chez les personnes, avec ou sans symptômes, il provoque la formation d’anticorps qui l’éliminent.

De ce fait, dans une population insulaire strict qui ne connaitrait aucun apport de l’extérieur, un confinement absolu de quinze jours, temps maximal d’incubation, serait ici suffisant pour bloquer l’apparition de nouveaux malades. Et avec quinze jours de plus, par sécurité, le virus aurait disparu, des gens et de l’environnement.

Les choses sont plus compliquées car le confinement n’est jamais total et qu’un taux résiduel de néo-contaminations peut persister un certain temps. Et aussi parce que le pic épidémique de fin mars en Alsace précède celui en Île de France de quelques jours, et plus encore à Marseille et Brest.

Bon, six semaines de confinement en France sont en principe de nature à éradiquer l’épidémie de « l’ile France ».

Pourtant, la prudence sera de mise. Parce que la France n’est pas une ile ! L’épidémie en Amérique et en Afrique est décalée de 7 à 15 jours par rapport à la France. En Afrique, et en une moindre mesure en Amérique, le confinement ne pourra être total, l’épidémie sévira plus longtemps.Or, du fait du confinement, la population entière n’aura pas été contaminée, et ne sera pas protégée. Les tests sérologiques le préciseront. On n’en a pas fini de devoir manifester une extrême prudence aux frontières. Avec, en ce qui concerne les pays les plus déshérités, de redoutables dilemmes moraux.

Pourtant, on va en sortir, bien entendu. On sort toujours des épidémies. On en est toujours sortis. Alors, enfermés dans votre studio ou votre maison de 300 m2, dans les meilleurs des cas, fermez les yeux. Le film qui se projette sur la face interne de vos paupières vous montre, bâton en main sur les volcans d’Auvergne ; attentifs à la pousse des girolles ; lançant la mouche au plus près de la truite goulue ; confectionnant le plus merveilleux des bouquets de début d’été. Ou tout autre spectacle dont vous rêvez, tendre, amoureux, contemplatif, joyeux, convivial, amical. C’est certain, cela s’approche, cela va arriver.

Axel Kahn, mercredi 1er avril 2020.

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20 thoughts on “EN AVRIL, NE TE DÉCOUVRE PAS D’UN FIL ; EN MAI, FAIS CE QU’IL TE PLAIT ?

  1. Bonjour Monsieur Kahn, merci pour vos pensées et avis.
    Ils remettent les choses à leurs juste place ! Bonne journée à vous et à plus tard. CLaude Chots Belgique, actuellement confinement en Espagne

  2. En ce temps suspendu, lecture régénérante, tout ce qui impossible aujourd’hui deviendra le possible de l’avenir, et nous regarderons chaque nouvelle journée autrement, en distinguant l’essentiel du superficiel. l

    Le bonheur en partant m’a dit qu’il reviendrait. Jacques PREVERT

    • En attendant la preuve de l’efficacité des traitements en expérimentation, contre le virus, la poésie, y’a pas mieux…

  3. Production d’avril
    ———-

    Avril a déployé sa force lumineuse,
    L’aile du noir corbeau se transforme en miroir
    Et les verts marronniers vibreront jusqu’au soir
    Du doux frémissement d’abeilles butineuses.

    Loin du travail pesant, loin des fêtes ruineuses,
    Je sors un papier blanc du fond de mes tiroirs
    Et trace quelques vers, ou brèves de comptoir,
    Evitant les notions par trop vertigineuses.

    Le chat dans mon jardin se recueille, immobile :
    Je sais qu’il a pour ça un bien vilain mobile,
    Que plus d’un vieil oiseau également connaît.

    Aux murs de mon bureau somnolent mes vieux livres,
    Et pas un seul d’entre eux sa science ne délivre :
    Dimanche à ne rien faire, ou tout juste un sonnet.

      • Et la poésie de Charles D’Orléans que nous apprenions à l’école : Le temps a quitté son manteau de vent de froidure et de pluie et s’est vêtu de broderies de soleil luisant clair et beau….

  4. Merci Axel. C est en effet la question qui nous taraude
    Sortir pour mourir non merci
    La société va etre coupee en deux ceux qui sont immunises peut etre temporairement et ceux qui ne l ont pas eu..
    Et il paraît que le virus tient plus longtemps que ce que vous proposez

    • Oh non, les coronavirus sont des formes de vies très fragiles hors des cellules de leurs hôtes.

  5. Bonjour Monsieur Kahn,
    Merci pour vos propos qui à mon goût, sont régénérants !!!
    Oui, n’oublions pas, en ce moment très particulier, toutes les belles choses qui nous entourent ! Le chant des oiseaux est tous les matins un enchantement ! Profitons en encore plus que jamais !
    Bien cordialement,

    • Elles sont toujours là, ces belles choses, en nous et hors de nous…
      Merci.

  6. Merci Président. Quel plaisir de vous lire si régulièrement. Et metci aussi pour vos paroles de sagesse sur cette épidémie;

  7. Et pendant ce temps les sucs se couvrent de belles couleurs et de senteurs insouciantes et ignorantes à ce qui se passe . La fragilité de la vie dans sa beauté à l’état pur. Du suc de Ceneuil , au Mézenc en passant par les bords de la jeune Loire … Assurément le printemps est bien là !

    • Bonjour,
      Tout d’abord, merci pour ces mots qui nous touchent tous énormément.
      Une petite question, cela veut dire que le “déconfinement” sera long et périlleux ? Prenons un exemple banal, l’ouverture des écoles (lieux fermés en priorité) ne seront pas réouvert tout de suite à la fin du déconfinement ? Cela va de soit selon vos écrits…
      Un confinement, qui peut durer 6 semaines certes mais peut-être plus ou pas ? Risque de recontamination ? De 2ème vague ?

  8. Nous avons besoin de ce type de message.
    Nous malades du cancer nous avons l’habitude de prendre des précautions dans nos relations sociales mais pour autant nous vivons et nous sommes reconnaissants chaque jour et heureusement depuis parfois des années envers nos soignants qui nous gardent en vie et prennent soin de nous. C’est bien aussi que toute la population et nos gouvernants en prennent conscience.

  9. Bonjour cher Axel Kahn,
    Pour ma part, je vois dans ce confinement l’occasion d’un retour à soi, d’une vie plus intérieure, d’une profonde réflexion sur ce qui est pour soi essentiel, d’un temps optimal pour penser, rêver, écrire, peindre, créer, loin du tumulte de la vie sociale qui disperse et “divertit” au sens pascalien.
    Mais c’est aussi l’assainissement de l’atmosphère et une qualité de silence dans la nature que semblent apprécier les oiseaux.
    Cela met aussi à l’épreuve notre sens de l’attente, de la patience, de la sobriété et de la solidarité bien mis à mal ces dernières décennies…
    Cher Axel Kahn, je vous suis toujours… même à distance et me souviens avec bonheur de vos périples que j’ai accompagnés chaque jour très cordialement.
    Iroise

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