ENTRE MARNE ET MEUSE, LA VALLÉE DE LA BIESME. Septième étape, de Vienne-le-Chateau à Braux-Saint-Rémy.


Le but de mon périple n’étant pas de me rendre en un lieu déterminé, la ligne droite n’a guère de raison d’être privilégiée, Aussi, décidais-je d’emprunter aujourd’hui un chemin des écoliers qui fût beau, transformant une étape à priori modérée (environ 25 km) en une très longue étape de 36 km mais qui en valaient la peine. Je ne jouerai cependant pas le fanfaron: à l’arrivée, j’étais heureux que cela s’arrêtât !

Peu après Vienne-le-Château et sur environ 20 km, je parcourais la vallée de la Biesme avant de bifurquer pour rejoindre Braux par le coteau boisé.La vallée coupe par le milieu le massif forestier de l’Argonne à ce niveau, elle a été jadis défrichée et mise en valeur par les moines cisterciens de l’Abbaye de Lachalade, en son sein. Comme le massif environnant, son sol est argileux, imperméable et peu propice à la culture exceptée les prairies réservées à l’élevage. La vallée se présente de la sorte comme une trouée verte argonnaise dans le milieu de laquelle coule une petite rivière vive entre de beaux arbres imposants et entourées de luxuriantes prairies vallonnées et parsemées de boqueteaux. Différents types de bovidés, de caprins, d’ovins et d’équidés y paissent tout à leur soûl et gratifient en général le visiteur d’une visite curieuse mais qu’on a le loisir de considérer amicale. Les bords de la vallée s’élèvent de plus de cent mètres et supportent une forêt aux tronc imposants. Ajouter à cela que la pluie s’est temporairement calmée et vous comprendrez combien j’ai trouvé ce paysage délicieux. De plus, la providence ou la chance étaient avec moi car à midi passé, alors que je résistais à ma faim pour éviter de m’attaquer aux sandwichs de pain de mie infâmes, achetés au supermarché d’une ville voisine, que l’hôtelier m’avait remis en guise de casse-croûte, le prodige se reproduisit, la découverte d’une auberge, restaurant gastronomique, l’Orée du Bois, qui m’accueillit pour un repas de randonneur trois étoiles. Mes amis, retenez ces noms, la vallée de la Biesme en Argonne et l’Orée du Bois. Je vous assure qu’il y a là de quoi vous faire passer une excellente journée lorsque nous serons au printemps…

L’argile, la glaise de l’Argonne explique le destin militaire de cette région, son caractère stratégique essentiel. En hiver ou au soi-disant printemps 2013, quand il pleut, les escarpements pourtant peu considérables se transforment en pièges infranchissables pour les armées et leurs véhicules emprisonnés par une terre détrempée, imperméable, collante, une véritable glue. Aussi, lorsque les armées allemandes buttèrent du 6 au12 septembre 1914 sur les défenses françaises de la Marne, commandées par Joffre, ils refluèrent jusqu’à l’Argonne et s’y établirent…jusqu’en 1918 et l’offensive américaine. La vallée marque plus ou moins la ligne de front, les allemands à l’est, dans le département de la Meuse, les Français à l’Ouest, dans la Marne. Les combats de fin 1914 à l’été 1915 y furent sanglants mais tous les efforts français pour repousser l’ennemi au delà échouèrent, à Haute Chevauchée, dans le bois d’Apremont, sur la butte de Vauquois, etc. Là se trouve le “Kaiser tunnel”, vaste ouvrage par lequel les troupes impériales alimentèrent le front en hommes et matériels en passant sous le coteau, jusqu’à ce qu’un bombardement américain n’en effondre l’entrée en 1918.

Quittant la Biesme pour retrouver Braux, dans la Marne, je pus admirer l’impressionnante forêt de l’Argonne, soumise à une intense exploitation dont les Chinois sont les clients principaux. Ce bois qui prend la direction de l’Empire du Milieu, nous en récupérerons une partie sous forme d’excellents meubles vendus moins chers que ceux de fabrication nationale et les concurrençant de ce fait de manière frontale. Que voulez-vous, ce sont les affaires.

Axel Kahn, le quatorze mai 2013.

 

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3 thoughts on “ENTRE MARNE ET MEUSE, LA VALLÉE DE LA BIESME. Septième étape, de Vienne-le-Chateau à Braux-Saint-Rémy.

  1. Bonjour M Kahn,
    je suis au quotidien votre périple. Une échappée belle que je ne saurais manquer. Un havre de paix qui me permet chaque matin de visiter nos jolies contrées régionales.
    Que votre cheminement soit doux et paisible malgré une pluie intense et continue!
    Bien à vous.
    Une admiratrice discrète.

  2. Bonjour M Kahn,
    Je suis votre périple à peu près tous les jours et je ne peux m’empêcher de me demander, comment faîtes-vous pour avoir le courage de nous relater votre journée, vos pensées et poster vos photos ?
    Marcheuse également sur le chemin de Compostelle je sais ce que représente une journée de marche, qui plus est sous la pluie ! et faire encore l’effort de rassembler ses idées…
    Avec toute mon admiration, bon chemin.

  3. Bonsoir Monsieur Kahn,

    Eh bien c’est vrai ça ! Comment faites-vous? Puis-je me permettre de vous demander combien pèse votre sac à dos? Et vos pieds? Comment faites-vous pour marcher sous la pluie pendant plusieurs jours consécutifs sans qu’ils ne souffrent à faire une étape de 36 kms aujourd’hui ?
    En plus de toutes les qualités que l’on vous reconnait, seriez-vous un surhomme, un extraterrestre ?
    Evidemment ces questions sont bien terre-à terre mais la spiritualité quand il fait un tel temps de chien….
    Bon courage vraiment.

    Alain TARATE

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