ÉPIDÉMIE BANALE, DÉSASTRE SOCIÉTAL


L’épidémie de Syndrome respiratoire aigu sévère (Sars) lié au coronavirus CoV-2 n’est bien entendu pas négligeable. Elle affectera des centaines de millions de personnes sur terre et en tuera des millions. En France, le bilan global des décès sera de quelques dizaine de milliers de personnes. Cependant, cette pandémie n’a rien d’exceptionnel, il en survient au moins une ou deux de la sorte par siècle. Au XXe siècle, il faut citer la grippe espagnole de 1917-1919 (et même 1920), d’origine américaine. Vingt à quarante millions de morts. La grippe asiatique de 1957. Deux millions de morts. La grippe de Hongkong de 1968 à 1970.  Un million de morts. Et, bien entendu, le Sida. Quarante millions de morts depuis l’identification de la maladie. Sars-CoV-2 se présente de ce fait comme l’un des agents infectieux qu’il est dans le destin des êtres vivants, des humains comme des autres, de voir déferler à intervalles irréguliers. Son originalité désastreuse n’est de la sorte pas biologique, elle résulte de sa survenue sur le tissu particulier de nos sociétés de progrès en ce début de XXIe siècle.

Certes la diffusion épidémique a été accélérée par la multiplication et la rapidité des voyages, mais ce n’est pas là l’essentiel. Dans le passé, les grandes pandémies – peste noire, choléra, typhus – se répandaient bien aussi au rythme des caravanes, des troupes en marche et des bateaux à voile. Le point crucial qui fait de l’actuelle pandémie une première dans l’histoire de l’humanité découle de sa réception par le tissu social, de sa résonnance avec la réceptivité psychologique des populations emplies de l’idée du progrès et de ses conséquences pour l’organisation économique du monde. Ce sont ces paramètres et non l’épidémie en elle-même qui promettent d’avoir des conséquences durables, certaines dévastatrices, d’autres en principe plutôt heureuses. Sinon, le décès de quelques millions de personnes pour la plupart retirées de la vie active, n’aurait été qu’un épisode relativement banal de l’histoire au XXIe siècle d’une humanité qui a toujours eu à faire face dans le passé à des épisodes similaires.

Les autres maladies infectieuses (pensons aux diarrhées) et périls sanitaires non infectieux n’ont pas été conjurés, les cancers tuent dix millions de personnes chaque année dans le monde et ce chiffre est appelé à croître. Sinon, l’ensemble des maladies dégénératives, cardiovasculaires, celles liées au tabac, à l’alcool, à la pollution est lui aussi bien plus meurtrier que le Sras-CoV-2. Cependant, ce sont des risques familiers, de vieux compagnons en somme. De plus, les gens sont conscients de la masse de connaissances accumulées sur toutes ces maladies, de l’arsenal technologique et thérapeutique mobilisé pour les combattre. Rien de tel avec le nouveau virus : il est un intru tonitruant face auquel le monde apparait désarmé. Désarmé mais pas inactif, chacun est persuadé que tout doit être fait, quoiqu’il en coûte, pour sauver des vies.

C’est qu’à l’heure des sciences et de techniques triomphantes, la mort est devenue un insupportable échec. Le maximum doit-être tenté pour l’éviter. Et, de fait, on s’en est donné les moyens. Cinq pour cent des cas avérés de Sars de l’épidémie actuelle ont un syndrome de détresse respiratoire aigu. Les malades sont dans leur immense majorité placés sous respirateurs artificiels pour plusieurs semaines, la mortalité globale est élevée. C’est la première fois dans l’histoire que plus de cent mille personnes se trouvent simultanément dans le monde soumises à une réanimation si lourde, avec les carences planétaires de matériel et de produits que cela entraîne.

Face à la pandémie d’un agent contre lequel n’existe ni immunité, ni vaccin, ni traitement, le confinement, sélectif ou général, est la seule arme capable de limiter la progression du nombre de malades atteints et le dépassement des capacités de réanimation. Sinon, le prix à payer est de l’ordre de 120.000 à 150.000 morts en France – de l’ordre de la mortalité annuelle du cancer –, 13 à 25 millions dans le monde, épargnant pour l’essentiel les actifs. De tels bilans étaient jusqu’au dernier tiers du XXe siècles jugés parfaitement supportables, ils ne le sont plus. Un confinement général, une autre première dans l’histoire de l’humanité, est imposé par les opinions publiques. L’effondrement économique qui s’en suit est historique en temps de paix. Et contrairement aux situations d’après guerre, il n’y a rien à reconstruire puisque rien n’a été détruit.  Une vingtaine de millions de travailleurs sont déjà sans emploi aux États-Unis, sans doute plus de cent millions dans le monde. Un accroissement considérable du nombre d’Africains poussés à l’exil par la misère est à craindre, avec les drames individuels associés, l’aggravation de la malnutrition. Ailleurs dans le monde, les conséquences de l’angoisse et des frustrations seront inévitables.

Quelques conséquences possiblement positives du cataclysme socio-sanitaire que nous vivons sont pourtant possibles. La santé est pour chacun le bien suprême, on se la souhaite bonne au jour de l’an, au-dessus de tous les autres vœux. Pourtant, les logiques financières de la conduite des nations ont conduit à en dénoncer plutôt le coût, à la présenter comme un fardeau, alors qu’il s’agit d’une création brute de richesses et d’un indispensable investissement d’avenir. Les peuples seront durablement sévères avec les gouvernements qui, soi-disant au nom de la prospérité générale, ont conduit leurs pays au désastre sanitaire et à la ruine sociale. Durant la pandémie, mieux valait vivre en Corée du Sud ou en Grèce qu’aux États-Unis ou dans les grands pays d’Europe hormis l’Allemagne.

La primauté à la santé conduit à considérer stratégiques les biens qui permettent de la défendre. Et par conséquent les matériels et produits de soins et de réanimation, les molécules de base des médicaments indispensables. Cela conduira à ne plus accepter que la recherche d’un coût de revient le plus bas rende les pays d’Europe et d’ailleurs totalement dépendants de la situation dans les grands pays d’Asie.

Autre retombée favorable : cette absurdité flottante que sont les gigantesques bateaux de croisière avec sept mille passagers et membres d’équipage à bord représentera durablement un modèle économique sans avenir.

Mais, à côté de cela, outre les extrêmes incertitudes économiques et sociale, la poursuite accélérée d’un déplacement vers l’est du centre névralgique du monde, que de reculs probables à craindre ! Les grands paquebots ne sont pas les seuls modèles qui ont du souci à se faire, tous les transports en communs et habitats concentrés aussi. Et cela au bénéfice de la maison et des véhicules individuels qui ne seront pas limités aux bicyclettes. Surtout avec un prix du pétrole à un plancher record pour les prochains mois. Recyclage et contenants réutilisables sembleront peu sûrs au regard de nouveaux critères de sécurité privilégiant l’usage unique. Distanciation sociale et géographique seront autant d’obstacles à la mise en œuvre d’une société plus solidaire en écologique.

Et qui sera le coupable ? Le virus ? Oui, mais pas lui directement, comme révélateur plutôt d’un état du monde. Un monde de l’illusion en important décalage avec sa réalité. Où ses promesses se sont imposées bien avant que de pouvoir se réaliser. Les promesses d’un progrès tout-puissant auquel rien n’est appelé à résister, pas même la mort. Alors, toute la machinerie inouïe du progrès est mobilisée afin de protéger et d’éviter de mourir. On peut le comprendre. L’issue peut en être la mort quand même, plus la ruine. Non pas conséquence de la mort mais plutôt de ce qui est apparu indispensable pour s’en préserver.

Axel Kahn, le vingt-et-un avril 2020

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41 thoughts on “ÉPIDÉMIE BANALE, DÉSASTRE SOCIÉTAL

  1. Malheureusement, les formes de décès dues aux cancers, à la pollution, aux maladies cardiovasculaires sont moins médiatiques car elles tuent sans provoquer une thrombose des urgences. Elles n’ont pas ce côté spectaculaire du Covid qui écrase les urgences dans un temps ramassé. Et donc ce virus fait passer au second plan ces autre formes de décès autrement plus destructeurs !

    • C’est un phénomène habituel. Le risque de Creutzfeld Jakob lié à la cache folle panique…plus que l’alcool et la tabac. Les pesticides paniquent eux aussi que tabac et alcool…

  2. Moi j’y vois plutôt un progrès pour l’humanité. L’échange mondial des savoirs, la capacité à l’accession de l’information scientifique immédiate et critiquée est incroyable pour un médecin qui a connu la recherche de documents papier au minimum sous 15 jours à la bibliothèque universitaire. L’universalité de la réaction des peuples face à la menace les rapproche et leur fait sentir leur humanité commune. La retrouvaille des proches, des amis grâce aux réseaux sociaux , la solidarité que je vois autour de moi ramène les gens à l’essentiel, l’amitié. Seule la caste possédante tremble pour son bien, les autres tremblent pour leurs proches et ne les apprécient que plus. Cette idée de se protéger les uns les autres sort beaucoup de gens de leur égoisme. J’ai l’impression d’un progrès. L’avenir nous le dira.
    Pierre-Marie Desombre

    • Mon point n’est pas du tout celui là. Je remarque que le caractère exceptionnel de la pandémie n’est nullement lié à l’épidémie elle-même, somme toute banale. Il est lié à la réaction de la société, c’est elle et non le virus qui auront les plus lourdes conséquences économiques, sociales et sociétales.

  3. Votre réflexion me fait penser à “L’apprenti sorcier” : Le progrès vu par Goethe dans un poème de 1797

  4. Ce que je trouve encore plus choquant ce sont les millions de personnes, adultes et enfants, qui meurent de faim chaque année dans le monde. Alors que d’autres meurent par millions de trop manger. Ce monde est atroce et doit changer !

  5. “Pourtant, les logiques financières de la conduite des nations ont conduit à en dénoncer plutôt le coût, à la présenter comme un fardeau,qu’il s’agit d’une création brute de richesses et d’un indispensable investissement” c’est vrai si l’on investit massivement dans les politiques de vaccinations ou la nutrition des enfants par exemple. Mais le soin aux personnes âgées n’a que peu de rationnel d’un point de vue strictement économique, pas plus que le soin aux personnes ayant des pathologies incurables. On peut convoquer l’éthique, la compassion, la solidarité…pour expliquer ces comportements altruistes souhaitables, mais pas la science économique.

    • Je pense que votre analyse économique est un peu datée, veuillez me pardonner. Le basculement fort des activités productives vers le contrôle croissant par l’IA est appelé, sinon à détruire des emplois humains, au moins à en reconfigurer le profil au détriment de la production et au profit de l’accompagnement, bien moins dématérialisable. Les plus-values engendrées par le recours croissant à l’IA abonderont le défraiement des emplois tertiaires. Dès lors, les soins et l’accompagnement des séniors créeront des richesses, de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la stimulation des circuits économiques.

  6. J’ai lu avec beaucoup d’attention vos précédents articles et je reviens régulièrement depuis tirer quelques enseignements sur votre blog.
    Mais ce dernier me dérange et dénote un peu par rapport aux précédents. Je ne vois pas la finalité ni quelle est votre pensée derrière toutes ces lignes.
    Vous séparez toutes les conséquences actuelles du virus pour les attribuer à la réaction de la société. C’est impossible à séparer…. la société réagit forcément à une pandémie … il serait complètement illusoire d’imaginer une absence totale de réaction face à une pandémie. Le responsable de tout ce qui arrive est bien le virus …

    • Le même virus en 1918, en 1957, en 1968 n’aurait pas eu ces conséquences. Ces dernières sont donc bien en rapport avec les réactions du XXIe siècle au virus plus qu’au virus lui-même.
      Amitiés.

  7. Merci pour votre analyse que je partage entièrement. Peut-être un élément à approfondir, celui de notre refus / négation de la mort, qui nous mène à prendre des mesures de protection démesurées aux conséquences probablement pires à terme que celles de la pandémie.

    • Nous sommes sur la même longueur d’onde. En matière militaire, la victoire implique aussi le sacrifice des positions non essentielles. Rapportée à la préservation l’humain, une telle proposition est bien entendu infâme. Mais alors, faire la guerre sans risquer de perdre de soldats, mobiliser toutes des forces pour sauver des vies fragiles est exigeant. C’est d’une part un formidable stimulant du progrès technologique et de l’amélioration des conditions de vie. Et d’autre part un fardeau qui peut se révéler redoutable.

  8. Vous avez raison .moi, vieux médecin j’ai assisté à cette lente évolution de la pensée qui consiste à croire que grâce à la médecine on ne doit plus mourir, ou que la mort ne relève plus que de l’unique responsabilité du médecin.
    L’homme est grand par rapport à l’infiniment petit, mais il ne faut pas oublié, (du moins je le pense) que ce dernier mute, se transforme grâce à notre comportement environnemental.

  9. Bonjour et merci pour vos commentaires sur la vie…
    Je suis médecin également et assez âgée pour avoir connu d’autres lieux et d’autres époques où la mort faisait partie de la vie. Déjà il y a 30 ans en rentrant de Madagascar j’avais été choquée de voir l’acharnement thérapeutique pratiqué à l’hôpital en gériatrie où j’étais interne.
    Mais là…. avec des patients qui atteignent 95 ans en pleine forme alors que presque partout ailleurs l’espérance de vie est tellement basse, je ne suis pas sure de comprendre ce décalage phénoménal.
    En Afrique, en Inde, les gens ont peur du covid….? Les chiffres parlent d’eux même, il me semble que cette population pauvre ne saisit pas la vraie aberration, je suis d’accord il ne s’agit pas de l’ aberration du covid. Il s’agit d’un problème de sens et de priorité.
    Je me sens dans un tel décalage avec cette société que je ne sais pas où en parler.
    Le bouddhisme comme remède? L’agroécologie? L’isolement?
    Je sais que je ne suis cependant pas seule à avoir envie d’autre chose mais j’ai peur de me retrouver dans la situation de voir s’écrouler mes attentes comme un château de cartes.

    • Sûrement pas l’isolement, c’est justement le moment de faire entendre la voix de tous ceux qui ne veulent pas que le jour d’après soit le même que le jour d’avant !
      Quelle forme pourra prendre ce mouvement nul ne le sait, mais il faut continuer à souffler collectivement sur les braises du feu de l’optimisme pour un monde plus humain et moins mercantile.

  10. j’ai 81 ans et j’ai encore envie de vivre … mais bon si on me laisse mourir puisque je suis vieux j’aimerais bien ne pas souffrir ! alors oui qu’on m’aide pour çà à l’hôpital même l’économie en souffre !

  11. Delocalisation, cupidité et egoisme…. trente ans de pandemies meurtrieres. Ce virus ne fait que les reveler au son d’une propagande mensongere et sombre (lecture de la listes des morts, applaudissements rituels des” soignants” asservis et rationnés) .La france est un triste spectacle ces dernieres six semaines. les medecins de ville prives de masques et libre prescription, etat autoritaire monopolisant les moyens de protection et ruinant les petits au profit de la grande distribution. Des malades immunodeprimés qui me reclament a genoux de leur prescrire des masques que les pharmaciens leur refuseront….. en semaine au cab med. Les soirs et dimanches je couds des masques en tissus. Le onze mai, ca va exploser, j entends la colere a chaque consultation.

    • C’est faux. Les médecins de ville ne sont pas privés de masques. Ils ont une dotation qui leur est réservée. Ils ont même plus que nécessaire afin de pouvoir équiper les malades qu’ils voient à leur cabinet qui nécessitent le port d’un masque pour rentrer chez eux. Et oui, la prescription de masques est interdite car les masques sont justement réservés au personnel soignant.
      Voilà juste une mise au point car la diffusion de fausses informations par quelqu’un se disant médecin me met hors de moi. Je passe suffisamment de temps à faire de la pédagogie avec le grand public pour ne pas avoir à supporter des mensonges de médecins.

  12. Notre société ne considère plus la mort comme quelque chose de naturel. Elle est devenue accidentelle.
    Je crois que c’est un grave problème qui renvoie à l’individualisme forcené.

  13. Cher Axel Kahn, je vous suis depuis longtemps et encore plus actuellement tant votre acuité est primordiale dans cette crise. Merci pour ces réflexions qui permettent de mieux appréhender cette crise extraordinairement complexe sur un plan économique et sociétale, bien plus que sur un plan médical comme vous l’expliquez si bien (bien que ces malades soient déroutants dans leur présentation et évolution…). Bien confraternellement. Dr Joannes-Boyau

  14. Bonsoir Pr Kahn,
    Petite question technique : que pensez vous de l’approche vaccin mRNA ? Y a-t-il deja eu un vaccin realisé avec certe rechnologie qui semble prometteuse car potentiellement rapide me semble-t-il
    Bonne soirée
    Michel Vincent

    • Cher Michel Vincent,
      le concept des vaccins à ARN est de faire pénétrer dans les cellules immunitaires (cellules dendritiques, macrophages…) de l’ARN messager, en général protégé et encapsulé dans des micelles – vésicules lipidiques. Le messager est, dans la cellule, traduit en la ou les protéines dont on espère un effet vaccinant. L’ARN est en général synthétisé chimiquement. Aucun vaccin préventif anti-infectieux n’a encore été développé qui utiliserait ce concept mais plusieurs sociétés de biotechnologie l’utilisent pour leurs projets. Des expériences d’immunothérapie des cancers ont aussi été menées par ce moyen.

  15. Bonjour Pr Kahn,

    Il s’agit de ma première visite sur votre site et j’ai vivement apprécié cet article.
    Je n’ai pas votre profondeur de réflexion mais j’avais déduit depuis quelques semaines que nous étions face à un choix de société : sacrifier les plus faibles pour sauvegarder les autres.
    Mes mots sont peut être brutaux et ils ne plairont pas à tous mais comme vous le dites, ce qui aurait été supportable il y a un siècle ne l’est plus aujourd’hui.
    Bonne soirée

    FranckH

  16. Le rapport à la mort est actuellement modifié par désaffection de la croyance religieuse qui apporte une espérance en une vie après la mort très réconfortante

    La société manque de sérénité en partie de ce fait

    Catherine et Francois Fouret
    Médecins et croyants

  17. Et que faut-il penser du scientisme pendant du libéralisme qui conduit à cette inhumanité consistant à exiger d’un docteur dont c’est la vocation de soigner, de ne pas le faire pour une partie de ses patients à la fin de prouver que le traitement qu’il administre est efficace en soignant les uns au prix peut-être de laisser mourir les autres ? Est-on encore dans la science ou le lobbysme a t’il tellement d’emprise sur la société et les sociétés savantes qu’il faudrait renier des siècles d’humanité dans l’attente d’une hypothétique molécule prometteuse de profits gigantesques car planétaires ?

    • Éthique de la recherche scientifique et clinique en période d’urgence épidémique.

      La mobilisation maximale des ressources de la recherche internationale pour développer des traitement préventifs et curatifs est un évident impératif éthique. Partager ses fruits par les meilleurs moyens sans distinction de sexe, de genre, d’ethnie et de niveau de richesse en est un autre intégré aujourd’hui dans les textes internationaux. L’accès à la meilleure santé à laquelle il soit possible de prétendre est un droit de l’humain.

      En matière de recherche clinique, l’éthique ne saurait justifier l’abandon de la base essentielle des progrès de la médecine, « la médecine fondée sur les preuves. » Les essais cliniques s’en inspirent. Lorsqu’une incertitude existe entre l’efficacité et l’innocuité d’un traitement innovant comparé à un traitement ancien ou à l’abstention, il est éthique de se donner les moyens de la lever le plus vite possible. Sinon, les bienfaits espérés de l’innovation ne seraient pas rapidement accessibles à tous. La conviction du résultat à attendre de la part d’un opérateur médecin ne saurait en aucun cas le dispenser de procéder à des essais contrôlés. Ce serai sinon affirmer par argument d’autorité la supériorité certaine de son point de vue sur tous les autres. Et, surtout, aboutir à la contestation générale des propositions et résultats proposés. C’est-à-dire, s’ils sont en effet un espoir, à ce qu’ils ne soient pas accessibles à tous dans le monde entier.

      Éthique de la non confusion des genres.

      Le mélange entre des considérations idéologiques, politiques, économiques et scientifiques de questions du champ strict des sciences et de la médecine est un désastre éthique. En effet, cela brouille l’identification des paramètres techniques de la « voie bonne » et la rapidité avec laquelle il est possible de s’y engager au profit de tous. Les pétitions, sondages, engagements politiques et partisans en faveur d’une hypothèse thérapeutique que l’on ne s’est pas donné les moyens de contrôler de façon satisfaisante est invraisemblable et gravement préjudiciable aux objectifs éthiques de santé publique. Cet épisode laissera des traces.

      Éthique de la mesure et compassion.

      Le Sars de l’épidémie actuelle est dans 15% des cas avérés une maladie grave, gravissime dans 5% des cas. La réponse adaptée est alors une réanimation héroïque dont le taux de mortalité est voisin de 50%. Entreprendre une telle réanimation « héroïque » (ventilation assistée en coma artificiel pour plusieurs semaines) chez des sujets très affaiblis par des maladies autres ou le grand âge serait une absurdité. Il y a longtemps qu’un consensus existe sur le caractère non éthique de l’acharnement déraisonnable. Dans ces conditions, administrer des sédatifs à une personne en proie, malgré l’oxygénothérapie, aux affres de l’asphyxie est pure humanité.

      • Certainement comme pour toute maladie plus tôt elle est traitée moins est le risque qu’elle s’aggrave. Les préconisations de l’OMS me paraisse répondre à l’éthique médicale. On dépiste, on isole, on traite avec les traitements existants. C’est l’attitude inverse qui laissera des traces, en tout cas il faut l’espérer. Sans doute des résultats partiels peuvent-ils être contestés et il faudra du recul pour avoir un avis tranché sur l’efficacité des traitements appliqués. Je pense que l’on ne peut mettre en cause l’honnêteté et la probité de ceux qui aujourd’hui mettent en partage les résultats de leur thérapie. Les procès en sorcellerie ne peuvent avoir comme résultat que l’auto-censure des thérapeutes. Il est vrai aussi qu’une fois la maladie est installée et qu’elle s’est aggravée, le traitement s’il existe peut ne pas être le même et d’autres moyens beaucoup plus lourds et invasifs doivent être mis en œuvre. Me concernant l’acharnement thérapeutique est exclu et l’assistance au départ doit être humanisé et pour mon cas personnel je partage votre avis sur cette question. La difficulté réside dans la prise de décision. Qui décide que le sujet ne doit pas être traité avec les moyens existants ? Si c’est l’absence de moyens en matériel qui commande, nous ne sommes plus dans un choix éthique et la décision en est d’autant plus difficile car forcément porteuse d’une injustice.

        • Dans mes propos médiatiques ou dans mes lignes, aucune contestation de qui que ce soit en tant que personne. Examen objectif des données disponibles.

          • Je ne parlais pas de vous, mais des médias en général et de certaines “sommités” médicales dont on ne comprend pas bien les motivations. Je sais pour l’avoir vécu dans d’autres domaines que lorsque l’on se “mouille” en proposant parfois des solutions iconoclastes on est souvent désigné comme étant un mouton noir ou un aventurier. Et souvent aussi lorsque vous avez fait la preuve de l’efficacité de vos solutions, d’autres tentent de s’en attribuer le mérite. Nous voyons déjà se dessiner ce genre de tentatives autour du Professeur Raoult puisque sans langue de bois c’est bien de lui qu’il s’agit.

  18. Il est faux de dire qu’il n’y a pas de traitement… et le fait même qu’on puisse l’écrire modifie l’analyse…

    • Aucun traitement n’a encore fait les preuves de son efficacité. Aucun. Je le regrette.

  19. Le problème Monsieur Kahn c’est que le mot progrès est utilisé en permanence pour désigner des régressions sociales, économiques, culturelles et philosophiques.En réalité aucune époque n’a jamais été aussi opposée à l’idée de progrès que ces 30 dernières années. Les Lumières ont fait place aux ténèbres : il suffit d’écouter la radio ou la TV (ou de lire une certaine presse ) 10 minutes pour en avoir l’illustration affligeante. Je doute fort que la crise du covid-19 y change quelque chose _ en pire ou en mieux. Bien à vous.

    • Le Progrès, avec un grand P, est la conjonction des progrès – avec des petits p – scientifique, technique et économique au profit de l’humain. “Le pas collectif du genre humain” du Père Hugo. Le progrès humaniste est sans doute en panne, j’ai consacré des livres à l’histoire et à la crise du Progrès. Les progrès des connaissances et des technique ne sont eux nullement en panne…C’est à eux que je me réfère dans ce billet.

  20. Oui, merci pour cette analyse avec le sens de la mesure et la distinction de ce qui est nouveau. Juste un ajout à ce que tous ont déjà écrit. Cet épisode occasionne une rupture d’habitudes, un changement de vie, du temps d’attente et donc un moment de réflexion. Cela peut être l’occasion de relativiser (à la baisse) l’importance de cette sacrée économie, de la consommation et de se redemander parmi tous les “progrès” dont on nous parle ou dont on ne nous parle pas, quels sont les plus précieux pour nous, mettre en balance la qualité plus que la quantité, la durabilité mieux que l’éphémère, chercher de nouvelles voies de progrès qui ne dépendent pas de l’économie même si elle se réorganise. Car le piège maintenant serait de se demander comment continuer à vivre et à produire la même chose en s’organisant autrement et ensuite de tomber à nouveau sur d’autres aléas, alors que la recherche de nouveaux progrès consisterait à chercher d’autres façons de vivre, à imaginer d’autres choses à apprécier.

    • L’économie était pour Aristote ce qui autorise la gestion harmonieuse de la maisonnée. C’est aussi cela, une dimension incontournable de toute vie humaine. Le seul point est qu’elle doit être au service de l’humain plutôt que l’inverse.

  21. Monsieur le Professeur,
    Merci pour cette analyse. Au milieu d’un concert de catastrophes annoncées, j’ai l’ingénuité de penser que cette crise est susceptible de changer en profondeur nos paradigmes moraux et en conséquence, ceux économiques. Le confinement, comme vous le précisez, unique à cette échelle dans l’histoire de l’humanité, nous montre que nous pouvons changer nos modes de consommation : le simple fait de dresser une liste pour aller faire des courses est un premier pas vers l’achat primordial, non compulsif. Bien sûr se laisse t-on tenter dans les allées des grandes surfaces, seuls magasins ouverts, à sortir du cadre de sa liste… Mais il faut constater que les achats de vêtements, d’électroménager … sont en chute libre. On apprend à vivre avec l’essentiel. Dans les rapports humains, on constate aussi que l’on se préoccupe de l’autre, en téléphonant à des personnes que nous oublions en temps ordinaire. Les contacts facilités par les moyens techniques modernes ne sont pas un frein, mais un accélérateur social. On apprend aussi à connaître son voisin, jusque là ignoré, à constater que nous avons des centres d’intérêts communs. De là à dire que cette pandémie est une bénédiction … Néanmoins, je constate que les liens se sont resserrés, ne serait-ce qu’au niveau de la Ligue contre le cancer dont je suis le délégué à Dinan (22). Etre plus attentif à l’autre, plus à l’écoute, revenir à l’essentiel de la vie : l’amour des siens, l’amour de l’autre, en sacrifiant, il le faudra, un peu de notre pouvoir d’achat dont une part est consacrée à des futilités. J’ai la candeur de penser que nous rassemblons ces valeurs éparses et primordiales qui sont celles enseignées par “les grands initiés”. Très respectueusement

    • Puissiez-vous parler vrai ! Le meilleur n’est pourtant pas sûr. Le pire non plus, d’ailleurs.

  22. C’est via le site de Pedestrria que je suis tombée sur votre nom et que j’ai pu lire votre excellente réflexion sur l’épidémie et son accueil sociétal. J’apprécie, car je pense dans la même direction, sans avoir votre puissance et précision scientifique, que j’apprécie énormément. 1) pour être prêt pour d’autres crises santitaires – ne devons-nous pas analyser comment réduire le surcharge de notre système de santé par un usage de comfort? Chirurgie de comfort, traitement médicamenteux intensif pour raccourcir le temps naturel que durerait une maladie qui ne menace pas la vie, aucune acceptation de la douleur, à éliminer à tout prix.. 2) ne devons-nous pas regarder de plus près l’état de santé de base de nos populations? si des problèmes cardio-vasculaires, respiratoires et autres débutent toujours plus tôt, du à un style de vie, d’alimentation, de passivité, de pollution atmosphérique.. comment notre système sanitaire peut-il supporter pratiquement et financièrement des crises?

  23. Bonjour M Kahn,
    Quel crédit accorder aux déclarations du Pr Montagnier quand il dit que le virus aurait pu être créé en laboratoire P4.
    Entre gueguerres de labos big pharma, querelles d’ego entre sommités, besoin d’une boussole.merci.

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