Les deux extrêmes entre lesquels je devais positionner le curseur étaient la reprise d’une activité identique en tout point à celle qui avait précédé mon départ – représentation, médias, écriture, conférences, positions honorifique – ; et la poursuite de la marche dans le sens d’un érémitisme toujours plus farouche. Je les écartai l’une et l’autre, la première parce qu’elle me donnait la nausée, la seconde parce qu’elle n’était ni très responsable ni à la hauteur des sentiments que j’ai pour les miens et d’autres, sentiments que je les imagine avoir pour moi. Je vous avais annoncé que je réfléchissais intensément à cette question et que je vous ferai part de mes intentions. Eh bien voilà, je suis au rapport.
L’une des hypothèques qu’il me fallait lever concernait mon implication, ou non, dans la bataille des élections municipales du cinquième arrondissement de Paris. La campagne que j’avais menée à la demande de Bertrand Delanoé pour la législative dans la deuxième circonscription de Paris, soit le cinquième, un tiers du sixième et les trois quarts du septième, m’avaient permis de nouer un lien affectif assez émouvant et fort avec les habitants du Quartier Latin dans lequel je travaille depuis cinquante ans, lien dont j’ai rendu compte dans un livre consacré à cette campagne (“Un chercheur en campagne, Stock, 2012). Dans le cinquième, j’avais nettement devancé François Fillon au premier comme au deuxième tour, réunissant respectivement 43 et près de 55% des suffrages exprimés. La question de ma candidature pour prendre cet arrondissement emblématique à Jean Tibéri ou pour contrer son fils Dominique se posait de ce fait naturellement. Je ne nourrissais aucune ambition politique, n’étais guère tenté par une fonction de maire d’arrondissement qui est très éloignée de celle de maire d’une ville mais le combat contre le clan Tibéri était emblématique et pas mal d’habitants du quartier m’avaient déclaré espérer une telle candidature. N’étant membre moi-même d’aucun parti politique, il convenait aussi que le Parti socialiste local se montrât intéressé, de même que Anne Hidalgo, première adjointe et candidate à la succession de Bertrand Delanoé. Quoique de fait plusieurs socialistes et membres de plus petits partis de gauche locaux m’aient chaudement invité “à y aller”, d’autres candidats potentiels du parti socialiste se sont légitiment fait connaître. Surtout, il apparait que la candidate socialiste à la mairie de Paris et la fédération de son parti ont d’autres projets, ce qui me libère de cette sorte de devoir moral envers mes électeurs de l’arrondissement, devoir qui avait nourri mes hésitations de la fin de l’année 2012 et des premiers mois de l’année 2013. Je n’ai en effet aucune appétence pour les combats internes au sein “d’un camp” et ai toujours veillé à m’en tenir éloigné, à l’exception cependant de mon soutien à Martine Aubry, soutien motivé par mon affection et ma considération pour la personne et la femme d’État.
Et puis, il est sans doute des domaines en lesquels ma “valeur ajoutée” est, ou au moins a été substantielle, ceux des sciences de la vie, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la réflexion éthique. Ces questions ont occupé toute ma carrière professionnelle. Ma réflexion a pris ensuite un tour plus diversifié, sociologique, économique, philosophique…En revanche, je ne suis résolument pas un homme politique, les femmes et les hommes capables de faire beaucoup mieux que moi en cette voie sont nombreux. C’est au total avec un certain soulagement que j’écarte l’option politico-élective pour prendre ma décision en fonction de deux critères : de quoi ai-je le plus envie ? De quoi suis-je le plus capable ? Après plus de quarante ans dévoués à la recherche et à l’université, j’ai définitivement transmis le flambeau aux nouvelles générations, en particulier celle de mes élèves, nombreux et dont pour certain(e)s le brillant succès représente l’une des plus grandes satisfactions de ma vie. Si j’ai renoncé à chercher, je n’ai cependant certes pas renoncé à penser et à écrire. Or, la pensée trouve pour se déployer un terrain particulièrement propice dans la marche, elle fleurit en chemin comme nulle part ailleurs. Cela tombe bien, j’aime marcher et suis un marcheur particulièrement aguerri. Mon goût de toujours me pousse vers les espaces, leur liberté et leur beauté. L’une et l’autre constituent pour moi de puissants stimulants de la pensée. Humaniste déclaré et, je crois, authentique, j’aime les gens là où ils se trouvent, déracinés ou éléments d’une lignée faisant corps avec les territoires. Pour toutes ces raisons, je désire que le chemin parcouru en 2013 soit le début pour moi d’une nouvelle manière de vivre en concordance avec mes aptitudes et mes aspirations. Je me vois bien, tant que ma carcasse le permettra, passer trois mois tous les ans à marcher, observer, m’émerveiller, échanger, transmettre ce qui peut l’être à celles et ceux à qui cela importe. Mes autres activités de l’année, celles d’écrivain, de conférencier, de militant des causes qui me tiennent à cœur (solidarité envers les personnes en situation de handicap, atteintes d’affection cruelles tels les cancers) m’apparaissent pouvoir bénéficier de ce ressourcement périodique. Comme je le pressentais avant de prendre le chemin, il n’aura ainsi pas vraiment de fin, rien pour moi ne sera plus désormais comme avant ce départ de Givet, le huit mai 2013.
J’envisage ainsi de reprendre mon bâton et mon sac au printemps 2014 depuis la Pointe du Raz en Bretagne jusqu’à Menton, via l’Anjou, les Deux-Sèvres, la Touraine sud, le Berry, la Creuse et le Limousin, le Cantal, le massif du Mézenc en Ardèche, la vallée du Rhône et Digne. Cet itinéraire est bien entendu à affiner, je le ferai à la fin de l’hiver prochain. D’ici là, je sors mon livre “L’homme, le libéralisme et le bien commun” en octobre, dois écrire “Pensées en chemin” avant de repartir, l’oisiveté et l’ennui ne me guettent pas. Bien entendu, si vous y accordez du prix et si rien ne vient ruiner mes projets, je partagerai avec vous mes nouvelles aventures.
À bientôt.
Mussy-sur-Seine, le vingt-cinq août 2013.
Bravo Monsieur…….tous mes voeux pour ce nouveau projet. Je marche beaucoup seule et je comprends bien cette envie de partir à nouveau
Pace et salute
J étais un peu critique sur ce voyage au décours des fleurs et es églises .mais çe compagnonnage ,cette lenteur admirée , ces réflexions cheminées ,m inclinent à vous dire allez Axel pour une nouvelle aventure ,nous serons la pouce. Poucettes merçi pour ces ouvertures
Bravo à vous j’espère que l’an prochain vous nous invitetez à nouveau dans votre demarche physique et intellectuelletue ce fut un regal de vous lire.Merci Mr Kahn soyez heureux nous comptons sur vous.
Bravo à vous j’espère que l’an prochain vous nous invitetez à nouveau dans votre demarche physique et intellectuelletue ce fut un regal de vous lire.Merci Mr Kahn soyez heureux nous comptons sur vous.
Au tout début de votre blog, le premier paragraphe avec l’épisode de l’homme très âgé, j’ai voulu vous dire mon ressenti.
Ce premier paragraphe illumine ma journée à cause de l’admirable réponse qui vous a été adressée par cette rencontre bouleversante mais aussi par votre capacité à vous situer face à lui avec humilité. Vous avez su apprendre de cet homme.
En écoutant Inter, vos paroles m’ont immédiatement interpelée. Tentée par la marche mais actuellement en proie à un problème de hanche, il m’est difficile d’abandonner mon heure et parfois mes deux heures de marche quotidienne en pleine nature où j’entendais le vent le plus léger dans les feuilles et où j’observais les tourterelles!
Merci car vous avez réactivé en moi l’espoir.
Très égoïstement, je suis très heureux que vous envisagiez de repartir.
En effet, j’ai beaucoup apprécie vos billets lors de votre premier périple :
Je les lisais chaque jour avec délectation.
Vendredi dernier, j’ai été marcher à l’Est du département de l’Ain, au sud du Jura, dans le Bugey plus précisément sur le plateau de Retord :
C’est une moyenne montagne magnifique qu’on peut découvrir dans le film “Le Renard et l’enfant”. Je vous la recommande pour vous dégourdir les jambes à l’occasion car c’est superbe !
Merci pour cette fin f’analyse de ce périple que j’attendais un peu .
Votre voyage m’a conduite à me poser des question sur le sens de ma vie et sur mon avenir …
Merci
Cordialement
Bonjour Axel Kahn
J’étais sur le chemin comme vous cet été. Une décision qui s’est imposée, une nécessité au sens de Rilke, de l’ordre de la créativité et de l’élaboration d’une œuvre d’art, et qui permet au chemin de se faire se faire. Médecin de formation, je vous ai déjà rencontré à plusieurs reprises dans divers colloques ou lors de la présentation de l’un de vos ouvrages. C’est un questionnement éthique né au cœur même d’un laboratoire d’éthique médicale qui, je dirai à postériori, a été le déclencheur du départ sur le chemin. Le virus est pris , je repartirai dès que mon temps professionnel me le permettra. Les rencontres y sont tellement humainement vraies et toujours sur un ton juste! Pas de mesquineries, pas de faux semblant, ni d’hypocrisie, chacun marche avec dans la tête son récit de vie; à la croisée de chemins se révèlent des aspirations jusque-là ignorées, émergent des souffrances longtemps contenues et c’est la joie dans sa simplicité qui nous est offerte au moment où nous ne nous y attendons pas…. Au plaisir d’une hypothétique rencontre sur le chemin…Bien cordialement
NB: Je suis passée à Decazeville, j’y ai rencontré des personnes affectées par votre impression négative sur ce pays qui essaie avec courage une “transformation silencieuse “, au sens que lui donne François Jullien.
Aline Strebler
Sur votre blog à la page Decazeville j’ai tenté de déposer ce qui suit :
Cher Axel Kahn
Eh bien moi aussi je suis passée à Decazeville, pas le même jour , pas la même heure : moment où le soleil plombe tout relief de vie, j’y ai rencontré, Marie- pierre , Christian, jean Pierre et Jean Michel et un vendeur de Sport 2000 dès plus attentif à choyer mes petits pieds occis par trop de bitume….
J’y ai trouvé une volonté de résilience, un regard porté sur l’avenir, un souci de sauvegarde du patrimoine minier et un désir d’accueil touristique dans le respect de la biodiversité retrouvée après un temps d’exploitation industrielle. Ceux qui ont été sur ma route m’ont confortée dans l’idée qu’une Renaissance est toujours possible quand le désir anime les habitants et les responsables politiques des lieux. Certes je n’ai pas trouvé un paradis mais des personnes en quête d’un devenir meilleur, des habitants qui aiment leur ville et se réjouissent de à la faire découvrir à ceux qui passent. Ceci n’est pas Utopie juste la chance d’avoir traversé Decazeville à un moment plus propice à la découverte de sa richesse.
La personne responsable du patrimoine industriel de la ville, rencontrée dans la descente sur Figeac se reconnaitra à la lecture de mon propos, c’est cette personne qui m’a informée de votre présence sur le chemin et m’a confié sa déception de votre ressenti sur sa ville. Mais je viens de lire sur votre blog les éclaircissements que vous avez choisis de donner à votre première impression. Nous ne sommes pas maîtres de nos émotions et j’aurai peut- être réagi comme vous dans des conditions de découverte similaires aux vôtres, d’autant que vous aviez présent à l’esprit le joyau qu’est la petite ville de Conques. Permettez- moi de vous saluer confraternellement autant qu’amicalement.
Aline Strebler
Humm,..les confitures de mirabelles, c’est délicieux (sont-elles IGP?)
PS:Hélène et sa copine sont très gâtées…
Saviez-vous que la diagonale des 2 villes les plus éloignées de l’hexagone se situe entre Menton et Porspoder en Bretagne ?
1083km les séparent… peut-être le sens de votre marche et le sens de notre démarche (http://www.1083.fr/1083-km) nous offriront-ils le plaisir de nous croiser ? 😉
Bien à vous,
Thomas
Monsieur,
Vous aimez marcher, mais vous aimez encore plus le faire savoir. Pourquoi cette outrecuidance à penser que cette marche ( démarche) si personnelle, vous devez absolument la faire savoir au monde entier? Enfin à la France …Que croyez vous que vous apportez aux autres ? Je ne parle pas de vos compétences professionnelles qui sont immenses et par lesquelles vous avez grandement contribué à un monde meilleur. Mais de grâce, marchez en silence. Est-ce la fréquentation depuis 50 ans du plus coupé des réalités des arrondissement parisiens qui vous fait croire que notre pays a absolument besoin de votre expérience de “marcheur”? je marche moi-même, et je connais les vertus de cette pratique, et elle me parait totalement contradictoire avec la médiatisation.
Je vous ai ai entendu sur une radio la veille de votre départ, et déjà, j’étais sceptique sur vos intentions réelle. Je lis, ce soir, un de vos derniers articles sur votre blog ( dernièrement, j’ai coupé la radio dès que j’entenda, et cela confirme ce que j’avais prévu.
Monsieur,
Vous aimez marcher, mais vous aimez encore plus le faire savoir. Pourquoi cette outrecuidance à penser que cette marche ( démarche) si personnelle, vous devez absolument la faire savoir au monde entier? Enfin à la France …Que croyez vous que vous apportez aux autres ? Je ne parle pas de vos compétences professionnelles qui sont immenses et par lesquelles vous avez grandement contribué à un monde meilleur. Mais de grâce, marchez en silence. Est-ce la fréquentation depuis 50 ans du plus coupé des réalités des arrondissement parisiens qui vous fait croire que notre pays a absolument besoin de votre expérience de “marcheur”? je marche moi-même, et je connais les vertus de cette pratique, et elle me parait totalement contradictoire avec la médiatisation.
Je vous ai ai entendu sur une radio la veille de votre départ, et déjà, j’étais sceptique sur vos intentions réelle. Je lis, ce soir, un de vos derniers articles sur votre blog ( dernièrement, j’ai coupé la radio dès que j’entenda, et cela confirme ce que j’avais prévu.
Les fleurs blanches en pompon sont des linaigrettes. Un joli nom pour cette fleur de tourbière.
Bonjour Monsieur Kahn.
Félicitations pour votre formidable randonnée et merci pour vos carnets quotidiens souvent pleins d’allant à l’ instar de ces vers de Goethe cités par le professeur Kirschleger en prélude à ses excursions botaniques:
“Bleibe nicht am Boden heften
Frisch gewagt und frisch hinaus!
Kopf und Arm mit heitern Kraeften,
Ueberall sind sie zu Haus!
Oui, Goethe était un romancier passionné de Sciences naturelles.
Une pierre lui a été dédiée: la goethite qui est un hydroxyde de fer.
cher monsieur khan allez donc faire un tour sur le site “sabot et plume”ça vaut le detour,encore des gens qui avec 3 juments sublimes et une roulotte ont ont pris la route pour redonner la paroles aux gens mjpq