Quelques références historiques
La gauche en France a toujours été plurielle. On peut cependant la rattacher de façon très schématique à plusieurs courants.
.1, l’anticléricalisme révolutionnaire
.2, le libéralisme politique et sociétal. L’opposition à la monarchie et au conservatisme est en partie, au XIXème siècle, le fait d’une frange éclairée de la bourgeoisie qui se réclame du libéralisme philosophique, politique et économique. Sur ce dernier point, il n’y a guère de différence avec l’injonction « Enrichissez-vous !» de Guizot dont un Benjamin Constant, figure emblématique de ce courant, se distingue par un souci plus important des libertés individuelles et de la solidarité. Le « solidarisme » des radicaux de Léon Bourgeois et le radicalisme politique peuvent s’inscrire dans la filiation de cette pensée.
.3, le socialisme utopique de Fourier, des mutuellistes et des coopératives. Proudhon s’approche lui aussi de cette ligne mais va au-delà en ce qui concerne le rejet de la propriété privée et forme un pont avec le socialisme révolutionnaire. Certains aspects de l’écologie politique s’enracinent dans cette tradition.
.4, le socialisme révolutionnaire. Il se subdivise surtout au départ entre anarchosyndicalisme et marxisme. « Le manifeste du parti communiste » de 1848, puis « le Capital » de Marx, dont la publication s’échelonne entre 1867 et 1894, constituent ici, avec les œuvres de Bakounine (« Théorie générale de la révolution », « le socialisme libertaire », etc.), les références principales.
.5, la social-démocratie marxiste, d’abord révolutionnaire puis réformiste avec Eduard Bernstein en Allemagne. Cette dernière entend parvenir par la réforme à la propriété collective des moyens de production et à la prise du pouvoir par le prolétariat, au moins à la cogestion de l’État et de l’économie par celui-ci.
.6, le communisme marxiste et léniniste, d’où sera issu le trotskysme en opposition à Staline. Tous prônent la conquête révolutionnaire du pouvoir par le prolétariat.
.7, la social-démocratie non marxiste qui prend naissance en Allemagne au congrès de Bad Gottesbeg , en 1959, renie la conception de prise du pouvoir par la classe ouvrière pour ne conserver que celui de cogestion. Elle milite en faveur d’une société sociale de marché obéissant aux principes du libéralisme de John Maynard Keynes.
En France, le congrès de Tours de 1920 officialise la cassure entre les partisans de l’internationale communiste et ceux fidèle à l’internationale social-démocrate. Cependant, la social-démocratie à le française pâtît dès ses origine de la division, puis de la faiblesse du mouvement syndical.
Vous avez dit « archaïsme » ?
Il est plaisant d’entendre dans la discussion les accusations d’archaïsme portées par les libéraux envers tous ceux qui se réclame des courants du socialisme. En effet, il fait rappeler certains faits historiques. Les libéralismes philosophique et politique datent du XVIIème siècle (Hobbes, Locke…). La première trace de la doctrine économique libérale « intégriste » sur laquelle s’appuiera la conception du « Laissez passer, laissez faire » des physiocrates, puis de l’équilibre autorégulateur des marchés se trouve dans la « Fable des Abeilles » de Bernard Mandeville, 1714 : « Les vices privés font les vertus publiques ». A la fin du XIXème siècle, une nouvelle synthèse « néoclassique » de la doctrine économique libérale émerge en France et Suisse romande, en Grande-Bretagne et en Autriche. C’est elle qui l’emportera en 1980, mettant un terme à la parenthèse keynésienne et à celle du New-Deal de Roosevelt. La théorie économique dominante aujourd’hui dans le monde entier est de la sorte sans conteste plus archaïque que les différents courants du socialisme qui se sont développés en réaction à ses méfaits. À dire vrai, la plus moderne des idées politiques est celle de l’écologie qui s’appuie sur l’injonction du philosophe Hans Jonas en 1979 de faire en sorte de léguer aux générations futures une terre compatible avec l’épanouissement d’une vie authentiquement humaine. Cette idée est cependant transversale aux notions de gauche et de droite.
La gauche française issue de l’électorat de François Hollande en mai 2012
La majorité qui a porté François Hollande à la présidence de la République est aujourd’hui éclatée. À bâbord du spectre, les courants marxistes et postmarxistes, héritiers de la gauche révolutionnaire. Jean-Luc Mélenchon incarne une version césariste, anti-européenne, plus ou moins souverainiste qui, concurrencée auprès de l’électorat populaire par le discours gauchi du FN tendance Philippot, a néanmoins le potentiel de réunir de dix à douze pour cent de l’électorat.
À tribord, la ligne De Manuel Valls et Emmanuel Macron, au-delà des rivalités personnelles liée à leur concurrence sur un même créneau, est celle d’un parti laïque plus ou moins centriste dont la doctrine économique est strictement celle du libéralisme néoclassique dominant. Peu de choses les séparent des radicaux et de centristes libéraux sans référence confessionnelle. Il n’y a pas de doute que leur pratique de la réforme assimilée toujours à une régression sociale contribue au progrès du Front National dans les couches laborieuses. Quoiqu’ils puissent se rattacher au courant historique du libéralisme politique et sociétal qui a en effet constitué au XIXème siècle l’une des origines de la gauche au sein de la bourgeoisie, c’est cette dénaturation de la signification du mot réforme qui rend problématique leur assimilation à l’une ou l’autre des traditions historiques de la gauche française. Il est bien entendu possible d’appuyer leur vision et les conséquences qu’ils en tirent. En revanche, il est risible de les désigner en tant que les représentants de la « Gauche moderne », comme se désignent les partisans d’Emmanuel Macron. D’abord parce que leur analyse est en fait la plus « vieille », pour ne pas dire archaïque, de toutes celles dont j’ai rappelé les racines ; et aussi parce que les rattacher à la gauche m’apparait problématique pour les raisons que je viens d’évoquer.
Entre les deux extrêmes de bâbord et tribord, on trouve des mouvements variés devenus faibles ou très faibles et dont la capacité à peser sur la vie politique est incertaine : divers groupes gauchistes, les communistes, les écologistes qui se réclament de ce qui reste d’EELV.
La question de l’affirmation, de la structuration, puis du développement dans la durée d’une force explicitement social-démocrate, défendant un programme de Progrès humaniste apparait de la sorte posée. Une telle force m’apparaît essentielle pour éviter que la gauche délaissée par le projet Valls – Macron ne se résume à la vision de Jean-Luc Mélenchon et à une myriade de mouvements peu influents, pour donner une perspective à certains des militants et électeurs de ces mouvements, en particulier issus de l’écologie politique, pour faire vivre la gauche, en définitive. Telle est selon moi la condition pour que persiste, au-delà des aléas électoraux des prochaines échéances, la perspective d’une véritable alternative de gauche en France. Dans le fond, c’est bien à cette ambition que répondent celles et ceux, aujourd’hui plus de dix mille signataires, qui se sont associés à une tonitruante tribune publiée par le journal « Le monde » le 25 février.
Axel Kahn, le trois mars 2016
Monsieur,
Vous pointez très justement la dérive des classes laborieuses vers le FN dont la cause et c’est une analyse largement partagée, se trouve dans le désarroi causé par l’abandon dans lequel elles se trouvent.
Le pouvoir actuel, de mon point de vue ne peut pas prétendre à une quelconque appartenance à la gauche. En ce sens, il y a usurpation cynique, trahison lourde de lendemains dangereux. Nous avons des technocrates, mondialistes, qui gèrent la démocratie comme une banque ou une société anonyme. La droite fera la même chose. Le lien avec le peuple et la vie des gens est absent. La proposition de faire du statut des “intermittents du spectacle” un modèle est une violence et une agression dans laquelle aucun projet de vie personnel ne peut s’épanouir. Même les Etats-Unis sont en train de bouger avec le succès de D Trump.
Quand au camarade Mélanchon, sa vision traditionnelle de la gauche nationale et internationaliste n’est plus adaptée au capitalisme mondialisé dominé par la finance.
Mon opinion est qu’on est très mal, car en plus ils ont abandonné le rêve européen.
Bien à vous,
R-J G
Bonjour M. Kahn.
Vous avez sans doute entendu parler de la “primaire citoyenne” (www.laprimaire.org) qui se veut une alternative aux primaires partisanes afin que les électeurs aient “un vrai choix en 2017” plutôt que de devoir une fois de plus devoir choisir entre des candidats présélectionnés par les partis, dont les militants – tous partis confondus – ne représentent qu’une part infime de la population française. D’ailleurs 9 français sur 10 ne font pas confiance aux partis politiques d’après les dernières enquêtes du Cevipof.
Je forme le voeu que les Français puissent avoir un vrai choix non pas EN 2017, mais A PARTIR DE 2017, grâce à l’instauration de cet outil démocratique qu’est le référendum d’initiative citoyenne.
Quelle est votre position sur cette question ? Pensez-vous comme plus de 80% de nos concitoyens que nous devrions pouvoir lancer des référendums sur des questions de notre choix ? (à condition bien sûr d’être un certain nombre à le demander ; par exemple on pourrait considérer que le million de signatures contre la loi El Khomri mériterait que l’on soumette ce projet de loi à un référendum, non ?)
Dans l’affirmative, contactez-moi, j’ai une proposition à vous faire !
Très cordialement,
Patrice Weigel.
Mr Kahn
Merci pour vos récits sur la marche, ils m’ont dopé.
grâce a votre exemple je fais mes 40 kilomètres à pieds
Voter Hollande pour moi est un choix de voter socialiste et je n’ai jamais considéré qu’il fut Jaurès
Dire aujourd’hui comme au lendemain de l’élection de 2012
qu’il ne l’est plus et mettre des bâtons dans les roues a tout bout de champ depuis 4 ans je trouve que c’est un procès injuste et surtout peu constructeur.,” gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !” voltaire
c’est surtout faire le lit de l’extrême droite a venir ce que veulent peut être tous ceux qui s’acharnent sur lui, pour exister
cordialement
Patrice, l’idée d’une primaire citoyenne m’est éminemment sympathique mais continue, dans la conjoncture actuelle, de m’apparaître improbable si François Hollande se représente, Jean-Luc Mélenchon étant déterminé à le faire, avec des arguments “électoraux”, il faut le reconnaitre. Cela ne doit dissuader quiconque de soutenir cette option. Guy, l’opinion et le vote sont libres, nous n’exerceront pas cette liberté dans le même sens, c’est la démocratie.
Axel, je ne suis pas sûr que vous ayez bien compris la différence entre la primaire citoyenne et les primaires partisanes : l’idée de laprimaire.org est de faire émerger un candidat qui soit celui des citoyens, pas celui des partis (je vous invite à jeter un œil à leur site), et qui se présenterait donc CONTRE Mélenchon, Hollande, Juppé, Le Pen et tous les autres, au 1er tour.
Guy, Hollande a réussi à faire des ennemis de quasiment tous ses amis (vous êtes l’exception qui confirme la règle), et ce ne sont pas ces derniers qui font le lit de l’extrême-droite mais sa propre politique qui peut se résumer en une seule phrase : cirer les pompes (pour rester poli) au MEDEF et au monde de la finance.