IMMERSION CHAMPENOISE Treizième étape, d’Essoyes à Mussy-sur-SEINE


Depuis le milieu de la nuit, la pluie tambourinait sur les vitres et les toits et elle n’avait aucune raison de me laisser en répit, elle ne le fit pas. Les expressions populaires pour rendre compte de ses œuvres sont légions : il pleut averse, des seaux, comme vache qui pisse, des hallebardes, des cordes. Cette liste n’est pas exhaustive mais je décidai, en forme de catharsis du mauvais sort, de l’allonger encore d’une invention de mon cru, « il pleut des baguettes de tambour ». Il me fut de la sorte possible de donner à ma marche matinale vers le havre familial une interprétation, certes encore des plus humides mais à mille lieux des images déplaisantes véhiculées par les verbes dégouliner, être tout mouillé voire trempé, à essorer ou à tordre, se noyer, faire naufrage : mon approche de Mussy était en réalité triomphale, les tambours de la renommée résonnaient sous les battements saccadés de baguettes déchaînées. Le départ se fit sur un rythme soutenu, celui commandant à la troupe de se mettre en marche. Chemin faisant, ce fut une alternance de morceaux plus lents (jamais trop, cependant) et plus rapides. Lorsque le clocher de la quasi-cathédrale de Saint Pierre-es-liens (elle était l’église de la résidence d’été des évêques de Langres) fut en vue, le batteur céleste marqua l’importance de l’événement en battant la charge avec un bel entrain, presque furieusement. Quel dommage qu’aucun habitant de Mussy, calfeutrés au sec qu’ils étaient, n’ait assisté à cette arrivée en fanfare qui acheva de me démontrer que la substance humaine est insoluble dans l’eau et ne sombre pas si aisément.

Entré dans ma maison, je me réchauffai bien vite en me mettant nu comme un ver (toujours pas de bergère, pensez donc !) et, dans cet état, commençait à suspendre les différentes couches de vêtement qui, en d’autres circonstances, sont censées protéger de la pluie à tout ce qui dans le logis en offrait la possibilité. Puis, mon bon cœur se manifestant, je pensais à Hélène et à Dame, mes deux filles équines à qui j’avais annoncé ma venue et mon intention de les mener à l’herbe et dont je craignais qu’elles ne se lamentassent de tout retard à exécuter ce programme pour elles prometteur. À Mussy, ma vieille expérience de cavalier m’a amené à posséder un équipement réellement imperméable complet, y compris le large chapeau façon cowboy en tissu graissé, me permettant d’affronter les pires pluies d’orage. Je n’avais par conséquent aucun alibi pour faire languir mes belles et montait sans tarder les saluer et leur confirmer la bonne nouvelle de leur transfert imminent de leur colline d’hiver à l’abri des inondations à leurs belles prairies d’été en bordure de Seine. Les demoiselles en des circonstances normales ne craignent pas l’eau ; les circonstances n’étaient pas normales et elles étaient sagement là à m’attendre, chacune dans son boxe. Là un doute affreux me saisit : certes les prés au bord de la rivière sont herbus à souhait au printemps quand ils sont émergés mais l’étaient-ils ? En réalité, pas vraiment. Cependant j’avais observé durant les treize premiers jours de marche dans les campagnes inondées, en particulier lors du contournement du lac du Der-Chantecoq, que la gente équine ne semblait pas en difficulté pour se rassembler dans les parties hautes des prés partiellement envahis par les eaux. Mes douces protégées le sauraient bien aussi. En effet, elles le savent, et toutes guillerettes dans leur villégiature d’été (difficile à imaginer cela possible), elles me chargent de vous transmettre leurs salutations ravies.

Axel Kahn, le vingt et un mai 2013

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2 thoughts on “IMMERSION CHAMPENOISE Treizième étape, d’Essoyes à Mussy-sur-SEINE

  1. Monsieur Kahn, pardonnez-moi. Mon premier message était “truffé” de fautes de frappe (pour une secrétaire, allez-vous penser ! Je plaisante. Tout simplement, je n’y vois plus très bien…) et je n’ai pas su l’effacer à temps ! Je vous le retransmets, corrigé. Je suis désolée. Bonjour Monsieur Kahn ! Secrétaire de Christian Bréchot de 1994 à 2004,. Aujourd’hui en invalidité, je suis toujours heureuse de voir dans les médias, de Grands Hommes, tels que vous. C’est ainsi que j’ai appris votre imminent départ sur les routes de France. J’en ressentis une grande fierté (allez savoir pourquoi) et un très grand respect…. Aujourd’hui, je lis avec plaisir le récit de vos étapes. Quelle humilité et quelle gaîté dans vos écrits ! Quel bonheur pour vous de suivre votre chemin ! Et quel dommage aussi, que votre arrivée triomphale à Mussy ne le fut que pour vous !…. Mais pour vous seul, les tambours de la renommée ont roulé ! La nature humaine est ainsi faite ! “Insoluble dans l’eau” écrivez-vous…(euphémisme magnanime !). Indifférente et nombriliste, égoïste et ingrate, dirai-je. Mais il nous faut pardonner puisque nous comprenons… Qu’il est cependant difficile, parfois, de se façonner un coeur noble ! Par votre exemple cependant, chacun de mes faux pas, ne sera plus une défaite. Je me relèverai ! Merci, Monsieur Kahn pour cette magnifique leçon de vie !!! Fidèles demoiselles, Hélène et Dame….. Dame Hélène…. Vous attendaient ! Prenez soin de vous Monsieur Kahn ! Quelques fois, je me permettrai de me joindre à vous, tout doucement, sans faire de bruit… simplement pour m’imprégner de votre belle âme. Avec mon plus profond respect et ma très grande admiration, France APRILE

  2. Axel Kahn

    Je percevais, marchant sur mon propre chemin, la relative notion du temps et de la distance.
    Je ressentais de jour en jour la puissance de l’univers, des forces, l’appartenance au tout.
    Du coup, le danger de vivre sous les meules réductrices de nos sociétés occidentales.
    restez aux vents…

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