Je suis rompu à la gymnastique consistant à enjamber la nuit tout ce beau monde pour me rendre aux uniques toilettes du gîte, dans une tenue décente pas évidente car le randonneur s’encombre rarement d’un pyjama ou d’une chemise de nuit. Les rencontres à cette destination sont d’ailleurs fréquentes. Ma philosophie est que l’on peut sans doute être heureux à tout âge à la condition expresse de ne pas vouloir imiter absolument plus vieux ce que l’on faisait plus jeune. Fort de cette philosophie, je considère “avoir donné” pour ce qui est du camping et des hébergements collectifs. D’ailleurs, si la funeste idée de dormir sous la tente m’avait traversé l’esprit, mon aventure se serait terminée bien vite compte tenu des conditions météorologiques jusqu’à il y a peu.
Cela dit, je suis parfois dans de petits hôtels, ou bien plus souvent dans des chambres d’hôtes en général très confortables, voire luxueuses. Cependant, depuis Vézelay je descends surtout dans des gîtes dont les pèlerins constituent la clientèle habituelle. Le fait que je n’en ai pas encore rencontré un dans ces endroits confirme leur rareté cette année et en cette saison, sans doute du fait du début de printemps pourri que nous avons connu. À Larochemillay, par exemple, j’ai dormi dans une chambre à cinq lits et usé des sanitaires et douches collectifs…mais était seul dans le refuge, par ailleurs non gardé me permettant de hausser d’un cran mon niveau recherché de solitude. Hier, à Issy l’Évêque, j’ai été hébergé dans un centre équestre, dans un local situé autour du manège central entre la sellerie et les boxes pour les équidés. J’avoue préférer mille fois la bonne odeur des écuries et du crottin aux exhalaisons pédestres évoquées plus haut. Je suis un homme de cheval et ai même un temps dans ma vie diversifiée dirigé moi-même un centre équestre. Je partage la réflexion d’un jeune lad qui y était en apprentissage et qui m’a rétorqué offusqué, un jour où je lui annonçais vouloir prendre un douche pour ne pas “puer le bourrin” avant d’aller voir ma femme: “vous direz à Madame…..que les chevaux, ça ne puent pas, ça sent!”. Bref, j’ai été à mon affaire d’autant que mes frères canassons sont comme moi, matinaux. C’est parfois la croix et la bannière de pouvoir se faire servir un petit déjeuner à sept heures le matin, à l’hôtel ou dans les chambres d’hôtes. Or, j’aime être en route à huit heures au plus tard. Ce matin, pas de problème, la charmante directrice du centre a, dans le même mouvement, paillé les boxes, servi du granulé aux chevaux et son picotin à son unique pensionnaire de la nuit. Magnifique!
L’étape s’est déroulée dans des conditions idéales me transportant d’un bonheur que j’ai taché de vous faire partager en photos et en vers. Parti le huit mai sous la pluie et dans un froid vif, j’ai été ralenti avant d’arriver à Bourbon Lancy par le bitume fondu qui collait à mes semelles. Il aurait même pu infiltrer mes chaussettes car après plus de sept cents kilomètres, mes belles chaussures ont renoncé désormais à tout service supplémentaire, les semelles étant au bord de l’usure terminale. Cela tombe bien, je fais un intermède et ne repartirai de Bourbon Lancy que mardi prochain. Je suis là avec mon petit-fils Solan sur les genoux et ai été cherché avec ma fille Cécile ses frères Sacha et Noah au centre aéré.
Vendredi, départ en voiture de location vers Le Petit Pressigny, mon village natal en Touraine du sud, dans lequel sera inauguré samedi en grande pompe un square et une variété de roses éponymes de mon nom. Je vous raconterai, promis.
Axel Kahn, le cinq mai 2013.

Bonjour,
Je découvre votre blog grâce à une amie. En ce moment je “suis” un couple de professeurs, nouvellement retraités. Ils ont quitté l’Alsace le lundi de Pâques (déjà plus de 1.000 km parcourus). Je retrouve dans vos récits bien des choses vécues par eux aussi. Je vous souhaite une belle route, encore pleine de belles rencontres minérales, végétales, animales et humaines.
Magnifique cette photo Papy Axel
bises
Un seau de boisson forte
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Le Maître me l’a dit : je suis un fier cheval.
Quand j’eus tiré son char dans la verte nature,
Ayant compris combien cette route était dure,
Le Maître me fit boire à l’Auberge du Val.
Le seau était rempli, ce qui n’est pas banal,
D’un vieil alcool de grain d’excellente facture ;
L’ivresse me confère une fringante allure.
Le Maître boit de l’eau. (Il conduit, c’est normal).
À reprendre la route il a fallu songer,
De l’aimable aubergiste on a donc pris congé.
Je me mets à danser sur les routes du monde.
Je rêve que mon maître, austère logicien,
Est devenu soudain cavalier-musicien.
Je sens, sous mes sabots, que la planète est ronde.