LA CHASSE. Pour un partage de la forêt entre tous ceux qui l’aiment.


J’écrivais le 17 décembre 2017 au Ministre Nicolas Hulot pour attirer son attention sur une anomalie manifeste en ce qui concerne les jours de chasse. Compréhensif envers la passion des chasseurs, conscient des nécessités de régulation de la faune des forêts françaises, je rappelais aussi la légitimité de la passion des promeneurs amoureux de la nature sylvestre, même l’hiver. Je suis de ces derniers. J’appelle de mes vœux un partage du territoire forestier entre les chasseurs et les marcheurs, le droit pour ces derniers de se promener, en famille, sans risquer de se faire canarder. Tel n’est pas aujourd’hui le cas. Outre le weekend, chaque société de chasse décide de son côté de chasser un troisième jour de la semaine qu’il lui revient de déterminer. Chacune décidant sans concertation avec les autres, ON CHASSE TOUS LES JOURS. Le flâneur, le promeneur, le randonneur, les familles ne peuvent, entre septembre et mars, n’aller en forêt qu’à leurs risques et périls. Inacceptable. Nicolas Hulot ayant démissionné, je m’adresse à son successeur, femme ou homme. Je m’adresse au président. Érigeons  le respect mutuel entre chasseurs et promeneurs comme principe fondamental, créons les conditions pour que les uns et les autres exercent leur passion, qu’ils aient ou non une arme en main. Partageons la forêt entre tous ceux qui l’aime.

Hier 16 décembre dans la Drôme un promeneur a été tué par un chasseur (on en est le 21 octobre 2018 déjà à quatre accidents depuis la récente ouverture de la chasse). C’est le second accident mortel de ce type dans ce département depuis le début décembre. Des dizaines de personnes, promeneurs ou chasseurs, périssent chaque année dans des circonstances similaires. J’ai pour ma part vu croitre le danger année après année dans la giboyeuse et immense forêt de feuillus aux confins de la Champagne et de la Bourgogne où sont mes racines. Ça ne peut continuer de la sorte.

Je comprends les adversaires de la chasse en elle-même et ne suis pas chasseur en ce qui me concerne. Pourtant, je ne demande pas l’interdiction de la chasse. Elle est la raison d’être de nombreux hommes qui habitent ces contrées, ils vivent toute l’année dans son attente. Sur cette « diagonale du vide » qu’occupe la forêt sur les départements de l’Yonne,  de la Côte d’Or, de l’Aube et de la Haute-Marne – et cela vaut aussi pour la Haute-Saône – chasser est ce qui fait rester les hommes au pays dévasté par les crises économiques. Et puis, à l’heure d’un désinvestissement croissant des pouvoirs publics des Eaux et Forêts, seuls les chasseurs entretiennent toute l’année la forêt, ses lignes et ses chemins, transformés sinon en des taillis inextricables. De plus et surtout, le gros gibier abonde, pullule, ses dégâts pour la forêt et les cultures vont croissant. En effet, il y a en réalité de moins en moins de chasseurs, de plus en plus de sangliers, de chevreuils, de cerfs. Les premiers labourent les sols, ils les retournent profondément. Les chevreuils et les cerfs mangent les écorces des arbres jeunes, la menace qu’ils font peser sur la forêt elle-même est connue de tous les forestiers et amoureux des arbres. Tous ces animaux, surtout les cervidés, mangent assez avidement les récoltes qu’il faut protéger de fils électrifiés. Enfin, cerfs et chevreuils sont le réservoir des tiques et de Borellia burgdorferi, l’agent de la maladie de Lyme. Une régulation du gros gibier est indispensable à la conservation d’une forêt accessible aux promeneurs et à la coexistence avec l’agriculture proche. D’un autre côté, et cela affaiblit l’argument de l’augmentation du gibier et des dégâts occasionnés, les chasseurs nourrissent le gibier de maïs, cultivent des parcelles pour lui. Les “parcs à cochons” abondent en toute régions, des lâchers sont faits ça et là sur le territoire. Parfois, des truies domestiques ont même été libérées pour accroitre la reproduction.

Je suis très engagé dans la création – évidemment contestée – du premier Parc naturel national au nord de la Loire, celui des forêts de feuillus de Bourgogne et Champagne. Les plus vifs opposant ne sont pas les chasseurs : sans leur concours, pas de forêt accessible viable.

Maintenant, la situation actuelle est devenue intolérable. J’ai connu l’époque où la chasse était autorisée les samedis et dimanches. Ces jours-là, jour de promenade, les marcheurs avaient intérêt à rester sur les voies importantes, les routes goudronnées. Puis, sous la pression de sociétés de chasse, on a ajouté le mercredi. Nouvelle pression, le jour de chasse en dehors du week-end est devenu libre, au gré du bon vouloir de chaque société de chasse. Aujourd’hui, dans mes confins de Champagne et Bourgogne, le promeneur risque sa peau tous les jours car tous les jours, on chasse. Je chemine, fataliste, en longeant des dizaines d’hommes en armes postés vers lesquels les rabatteurs poussent le gibier. Un chevreuil saute sur le bon chemin, parfois la route blanche que je parcours, un sanglier la traverse, les fusils se tournent, on ouvre le feu. Chouette, j’y ai échappé une fois encore. Maintenant, à mon âge, ce serait une manière acceptable de quitter ce monde mais les plus jeunes aussi adorent comme moi la nature et marchent en forêt. On ne peut laisser les choses en l’état.

Il y a parmi mes amis et lecteurs des « pétitionnistes patentés ». Je ne saurais trop les inciter à m’aider à « reciviliser » nos belles forêts l’automne et l’hiver, que les chasseurs chassent, sans doute, mais le gibier, seulement, qu’ils n’y incluent pas tout « intrus » dans un domaine qu’ils considèrent avoir conquis armes en main. Dans un premier temps, le retour à un jour fixe et national de chasse, hors week-end, est un minimum. Un partage de la chasse le week-end serait mieux. Plusieurs scénarios sont possible. Un jour avec et un jour sans chasse. Ou bien le matin jusqu’à 13h 30 pour les chasseurs, l’après midi pour les autres. Dans ce cas, pour conserver trois jours de chasse, les deux jours de semaine fixes devraient exclure les mercredis, jours des enfants. Tout est ouvert mais le partage de l’espace est indispensable.

Merci de votre aide.

Le 17 décembre 2017

8 thoughts on “LA CHASSE. Pour un partage de la forêt entre tous ceux qui l’aiment.

  1. Quel(le) lec-teur-trice qui partage le contenu du message d’Axel Kahn est prêt(e) à réfléchir à la rédaction d’une pétition dont l’objectif respectera justement l’esprit de son message ; en résumé, le partage intelligent de la forêt entre les chasseurs et les promeneurs ?

  2. Tout à fait de cet avis. En ce qui me concerne je marche souvent dans les forêts giboyeuses à la recherche d’un bel arbre, un site à dessiner, ou tout simplement me ressourcer, sentir, chercher des champignons….Actuellement j’ai,peur de prendre une balle perdue. Il est anormal que les familles ne puissent pas se promener. Je suis pour la régulation du gibier.
    Le mercredi est le jour des enfants. Le permis de chasse n’est plus qu’à 200€, baisse de moitié. Il est évident que le nombre de chasseur va augmenter. C’est inquietant. La foret doit être partagée et respectée par tout le monde dans la paix et la sérénité.

  3. Tout à fait d’accord avec cette option qui depuis bien longtemps aurait du être de mise…elle relève du simple bon sens et non de pétition..
    .. mais hélas c’est la”chose”qui manque le plus à nos élus et décideurs qui préfèrent s’en remettre à l’avis de lobbyistes et de copains..ce sont des voix,ce que n’est pas le bon sens partagé par le Peuple
    ybG responsable d’asso de rando

  4. Je vois souvent sur les routes ‘chasse en cours’ ce qui nous fait passer comme message :si vous prenez une balle tant pis pour vous.Ceux qui ont le fusil en main ,ce sont bien les chasseurs.ils n’ont pas le permis de tuer pêcheurs joggeurs vététistes et aussi chasseurs.S’ils tuent un humain, ils doivent aller en prison direct.Les accidents de chasse ont parfois bon dos.
    Sinon je comprends tout de même qu’il y ai plaisir de passer toute une journée à chasser en complicité avec son chien

  5. D’accord à 100%, sauf … sur la chasse le week-end. Laissez nous profiter de la nature les jours où l’on ne travaille pas, les jours où les enfants peuvent s’aérer et courir dans la forêt ! !!
    Et j’ajouterais notre mésaventure de l’an dernier où nous avons été bloqués par des chasseurs alors que ce jour là n’était pas prévu dans les dates publiées. C’est inadmissible !

  6. 100% d’accord avec votre lettre.
    Il fût un temps, lointain, où la liberté des uns s’arrêtait là où commençait celle des autres…Hélas, dans la “République des copains” actuelle…, le déséquilibre en faveur des chasseurs est avéré et c’est inacceptable. Les pertes humaines sont de plus en plus fréquentes, et celles des cheveaux et animaux domestiques
    davantage encore !!
    Sans sanctions pénales adaptées qui plus est.!!!
    Faut-il alors décider d’un “découpage” par zones ? Celles réservées exclusivement aux chasseurs, celles où ces derniers sont , très strictement, interdits, avec , entre chacune, une zone “tampon”, un corridor de sécurité interdit à tous , de la taille de la portée du meilleur fusil autorisé…
    Une chose est sûre , le système actuel est à revoir entièrement, et vite, avant que nos forêts ne se transforment en “stand de tir”

  7. Tout à fait d’accord avec l’avis d’Axel Kahn et sa calme analyse de la situation. Je ne remets en cause la nécessité de la chasse dans la régulation des gibiers ; cette activité est plus que nécessaire. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi l’utilisation d’armes à feu est autorisé sur un jour où l’ensemble de la population française est incitée à profiter d’un temps de repos dans la nature. De nombreux soulèvements ont animé nos rues lors des “autorisations” pour le travail du dimanche : les Français réclamaient ce jour de repos, de rassemblement familial… Il me semble tellement logique que tout un chacun puisse profiter de ce dimanche si précieux pour profiter de la nature sans risque de prendre une balle perdue. Personnellement randonneuse, toutes les personnes qui m’entourent (jeunes parents, amis…) avouent au fil de la discussion qu’ils sont contre la chasse le dimanche.. et ils sont nombreux à craindre de se promener là où l’on entend fuser les balles. Axel Kahn nous invite à partager son combat pour exiger un partage de l’espace naturel en sécurité : je suis des vôtres.

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