Partant dans le brouillard et la bruine, j’abordais le lac dans une atmosphère à laquelle je suis sensible, celle de silhouettes indistinctes, de contours flous, exigeant de l’imagination une reconstruction du réel selon les aspirations de l’âme. Puis, peu à peu au fil des heures, les choses et les êtres se précisèrent, les ilots et les rosières, les oiseaux innombrables, les chevaux paissant contraints dans les minces bandes de terrain émergeant d’un lac plein à ras-bord ; il est aujourd’hui incapable de retenir quoique ce soit de plus et il serait dans l’incapacité d’éviter une crue majeure de la Marne et de la Seine à Paris s’il devait pleuvoir encore quinze jours. La journée fut aussi marquée par la découverte de ces superbes églises champenoises à pans de bois, dont celle de Nuisement-au-bois, maintenant au fond du lac mais dont ce monument du quinzième siècle fut démonté et ré-assemblé près des rives actuelles.
Je me remémorais aussi la diversité et la chaleur des accueils en gîtes et chambres d’hôte depuis mon départ. À Hauteville, l’ancien corps de ferme qui reçoit les voyageurs est mené de main de maitre par une femme étonnante transformant tout ce qu’elle touche en saveurs,bien-être, beauté, convivialité. Elle fait elle-même son pain, ses yaourts, ses multiples confitures, pâtes à tarte et quiches diverses; Les chambres qu’elle a aménagées avec son mari et son fils sont gaies, fonctionnelles, originales. Le repas familial partagé est un moment de paix et de détente joyeuse. Accueil d’une épatante gentillesse aussi à Louzes, par une ancienne agricultrice, ses filles et son fils. Ils avaient réuni une dizaine de personnes du coin désirant me rencontrer. Ce fut pendant deux heures une avalanche de questions- réponses sur mes motivations, l’économie, le nucléaire, les plantes transgéniques….et l’état de la France et des Français que j’avais rencontrés depuis mon départ.
Je l’ai dit ou suggéré dans ces chroniques, tout le monde en est conscient, c’est un pays en crise profonde dans lequel je marche. Séquelles de désastres industriels se succédant depuis Givet (j’ai croisé dans la Meuse et la Marne plusieurs usines Arcelor-Mittal fantomatiques..), ruralité méfiante et repliée sur elle même, désintérêt affiché pour tout ce qui ne concerne pas le local et le quotidien strict.
Le monde paysan est majoritairement convaincu que le pire est certain, que c’est un monde auquel ils sont éperdument attachés qui s’est effondré, s’effondre ou s’effondrera, qu’ils ont été dépossédés de la conduite de leurs affaires et leur vie par “les autres”, l’État, l’Europe…Il s’ensuit ce phénomène, qui prend la forme d’une déferlante dans l’Est et notamment en Champagne Ardennes, du vote en faveur du Front National prompt à désigner les boucs-émissaires.
Et pourtant malgré la réalité des difficultés, la beauté du pays, la qualité de ses habitants et leur énergie quand ils “osent vouloir”, entreprendre, bâtir sont d’autres réalités susceptibles de donner de la fierté. Or, la fierté conduit au désir de se montrer, d’accueillir, elle pousse à l’ouverture et exclut le replie autistique et apeuré que l’on observe si souvent. Là réside aussi un objectif de mon chemin. Convaincre qu’il n’est pas de mot d’ordre plus essentiel que celui de LA FRANCE BELLE, par ce qu’elle est et ceux qui l’habitent et continuent de la façonner, par ses réalisations et ses valeurs, par son travail et sa générosité et que de cette France belle, il faut savoir être fiers.
Axel Kahn, le dix-huit mai 2013
1/2
Bonjour Axel ,
J’aime particulierement ce billet , tout en douceur , malgré la réelle et cruelle apreté de la vie actuelle que vous décrivez .
-” oser vouloir ” … en ces temps …hum…
Oui , fiers de notre ” France Belle ” , malheureusement , à lire , à écouter … cette fierté s’ etiole …
Et ce n’ est plus ” savoir ” en étre fiers , mais …” pouvoir ”
http://www.youtube.com/watch?v=IXyEGPYuDSU
Claire , Avignon, sous le déluge , 18 mai 2013
Bonne continuation dans votre voyage un peu similaire à celui de St Jacques de Compostelle!
nous partons de pampelune mardi pour santiago pas pour les mêmes raisons que vous, mais je partage votre analyse de la marche seul. Je serais allée volontiers vous voir à mussy mais je serai en route, j’habite pas très loin de chez votre frère à l’isle sur serein. Nous vous souhaitons bonne continuation mon mari et moi. ULTREÏA. J’achèterai votre livre à sa sortie
Bon jour à vous,
j’aimerai vous rencontrer ou du moins vous écouter lorsque vous serez à Tours (j’aurais aimé avoir la chance de ces 10 personnes dont vous parlez dans votre post). Peut on connaitre votre programme de ce 9 juin ou du 8 dans votre commune natale sur votre blog? Merci de votre réponse et Latcho drom comme disent les gens du voyage…
Sandy (ancienne enseignante Education nationale, animatrice culturelle indépendante) et Jean Phi (maraicher naturel donc hors la loi) habitants une maison ronde en terre et paille dans le 79.