Pour l’instant, ma résistance à la chaleur m’étonne moi-même, on verra pour les jours qui viennent. Je commence à marcher à six heures trente le matin et peux encore avancer mon départ, il est essentiel que je limite au maximum les heures de marche après quatorze heures, midi à l’heure solaire. Jusqu’à neuf heures, marcher à la fraiche est un délice, j’ai en principe déjà parcouru quatorze km. Les conditions restent bonnes jusqu’à onze heures, soit après plus de dix km de plus. La chaleur est jusqu’à présent supportable jusqu’à treize heures, j’ai encore avalé dix km de plus et suis arrivé si je ne me suis pratiquement pas arrêté en chemin, ce qui est à peu près le cas sauf lorsque je passe par des sites touristiques majeurs qu’il n’est pas question pour moi, bien sûr, de ne pas visiter. Par exemple, j’étais aujourd’hui à dix heures vingt à La Romieu, superbe et étonnant site à dix-neuf km de Lectoure par le GR ; j’y suis resté jusqu’à onze heures trente passées et n’ai pu arriver à Condom, en comptant une heure d’arrêt picnic, qu’à quinze heures trente, près du maximum de la canicule qui se situe vers dix-sept heures.
Or, le patrimoine historique religieux et civil des régions traversées est exceptionnel si bien que le marcheur dont le but est la beauté plus qu’un objectif géographique précis est sollicité presqu’à chaque village traversé, et même entre eux puisque la campagne est parsemée de belles demeures seigneuriales, de châteaux forts et de petites églises ou chapelles romanes qui méritent tous qu’on s’y arrête. Ce jour, je suis parti d’une ville épiscopale, Lectoure, suis passé par un village, La Romieu, dont la collégiale, voulue par le seigneur local membre d’une branche des Armagnacs, a une dimension de cathédrale, pour terminer l’étape dans une seconde ville épiscopale, Condom. En tous ces lieux on trouve aussi de magnifiques hôtels particuliers datant de différentes époques, du quinzième au XVIIIème siècle. La question se pose par conséquent des ressorts de cette richesse architecturale qui témoigne d’une opulence plus prosaïque. J’ai rappelé hier la ressource exceptionnelle procurée par la culture du pastel et les activités dérivées, artisanales ou commerciales, entre approximativement 1462 et 1562, en Lauragais, Gascogne et Bas-Quercy. Par ailleurs, je l’ai dit à plusieurs reprises, nous sommes ici dans une région agricole riche.
Depuis surtout le douzième siècle, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, précédé par ceux de Saint Sernin à Toulouse et de Sainte Foy à Conques, a dirigé un flot ininterrompu de dons sur les communautés religieuses des différentes étapes, phénomène qui a remodelé le patrimoine religieux du pays et se manifeste avec une particulière vivacité dans le Sud-Ouest où convergent différentes voies jacquaires.
Un troisième facteur est lié à l’histoire : une partie de la Gascogne comme l’Aquitaine fut anglaise pendant trois siècles. Le mariage d’Élianor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenet en 1152 fait tomber la région dans l’escarcelle des anglo-angevins. Cependant Philippe-Auguste reprend la partie orientale de la province à Jean-sans-terres en 1202-1203. En revanche, la Gascogne occidentale reste anglaise jusqu’à la fin de la Guerre de Cent-ans en 1452-1454. La Gascogne est donc une région disputée, convoitée qui se couvre de bastides et de châteaux forts mais qui bénéficie de la situation comme ce fut le cas entre 1870 et 1918 pour l’Alsace et la Moselle. En particulier, l’élection de Condom au titre de ville épiscopale est liée à la situation de division de la province et au désir des anglais d’avoir leurs propres évêchés. Sous la domination anglaise, le commerce du vin et de l’alcool connaitra une expansion remarquable qui sera longue à reconstituer après la victoire finale de Charles VII sur l’Anglais.
Cependant, au dix-huitième siècle, les négociants de l’alcool Armagnac ont pignon sur rue à Condom, ils font construire de somptueux hôtels particuliers qui contribuent au cachet de la cité gersoise comme en son temps le pastel changea la physionomie des villes du “triangle de l’or bleu”. En définitive, la richesse des sols, la vigne et l’alcool après le pastel, le pèlerinage de Compostelle et l’attention des Anglais à leurs possessions disputées dans le Sud-Ouest se liguent en quelque sorte pour ralentir le marcheur en quête de beauté et pour le faire rôtir sous la canicule.
L’arpenteur du chemin ne s’en plaint pas, cependant, le génie humain a contribué à rendre la Gascogne magnifique. Si vous ne connaissez pas, il faut que vous envisagiez sans trop tarder de réparer cette lacune.
Axel Kahn, le dix-neuf juillet 2013.
Je découvre via la radio et votre blog l’expédition pédestre que vous finissez.
Bravo d’abord pour vos kilomètres avalés souvent dans des conditions météos peu sympathiques. J’en sais quelque chose car j’aime toujours marcher, souvent seul, jamais en groupe, de plus en plus souvent hors des forts dénivelés (j’habite la Corse).
Pouvez-vous nous raconter votre organisation technique : ce que vous portez dans votre sac à dos, vos moyens d’hébergement pour les nuit (bivouac, camping, hôtel…). Le choix de votre chemin (sentiers, routes, chemins…).
Et je suis impatient de lire vos “pensées en chemin” !
Patrice
Patrice, un ptit conseil..Relisez depuis le début, vous y trouverez vos réponses…Sourire…
Patrice, en relisant tout depuis le début, vous saurez combien de paires de chaussettes et de chaussures il faut emporter..N’oubliez pas non plus le sèche-cheveux, important le sèche-cheveux pour un marcheur quand ses chaussettes sont mouillées…
Je fais office d’interprète, lisant régulièrement les “aventures” de Mr Kahn, Mr Kahn répondant rarement aux coms..Normal, on ne peut pas être au four et au moulin à la fois…Marcher pendant 5 ou 6 heures, écrire, prendre des photos, répondre aux journalistes, laver ses chaussettes, se sustenter, prendre une douche, accessoirement dormir, le temps passe très vite..