Lorsque j’ai préparé mon trajet, je ne sais par quelle aberration je n’ai pas programmé de rejoindre directement Retournac où je serai demain, plus en amont sur la Loire encore bien près de sa source, distant seulement de 28 km de Leignec dans un terrain sans difficulté et descendant. Passer par Bas-en-Basset constitue un détour important, inutile et implique de parcourir 10 km sur le macadam. Cependant, une fois enregistrée dans le programme de réservations, une étape se boit jusqu’à la lie, qu’il pleuve, vente, grêle, tonne, que la tempête souffle ou que cette étape soit absurde. Pourtant, l’aventure est toujours au coin du chemin dans un périple comme celui que je réalise. Il y a à l’Ouest de Valprivas une vallée profonde formant des gorges de près 250 mètres de haut au fond desquelles coule l’Andrable. Le premier pont qui permet de la franchir se situe à environ cinq kms en dessous de Valprivas, sinon aucun chemin ne passe cette zone terriblement escarpée et, par endroit, dangereuse. Un petit “Grand Canyon” en dehors du chemin de randonnée qui permet de le franchir. Mis en confiance par le trajet en principe sans problème, perdu dans mes réflexions touchant au fabuleux passé industriel de La Loire dont je m’étais longuement entretenu avec le couple sympathique qui tient les chambres d’hôtes de Leignec, je fis bien sûr la seule chose qu’il ne fallait à aucun prix que je fisse, je plongeais dans le trou en forme d’oubliettes que constituent les gorges de l’Andrable. Je fus bien un peu surpris que la pente devînt progressivement de plus en plus raide, le chemin de plus en plus incertain, se résolvant vite en plusieurs sentes plus escarpées les unes que les autres. Enfin, persévérant dans l’inconscience, je parvins à la rivière cascadant entre des cuvettes rocheuses superposées. Plus de chemin, ni sur ma rive ni sur l’autre. De toute façon, le torrent était infranchissable. Le retour pur et simple sur mes pas eut été la meilleure solution, celle que j’ai toujours préconisée en de tels cas. Mais j’étais tant descendu, remonter une telle hauteur sur un tel chemin ! La combinaison de la crainte d’un tel effort et ma réticence constante à revenir en arrière m’amenèrent à privilégier la pire des solutions : tenter de passer pour rejoindre au moins la bonne route en aval de mon point de départ. Hélas, toutes les pistes explorées aboutissaient à des à-pic, à des barrières rocheuses, à des culs-de-sacs. Finalement, je remontais, buvant là encore le calice jusqu’à la lie.
Décidément, l’effondrement des industries stéphanoises et du reste du département de la Loire faisaient encore sentir leurs conséquences même en des aspects inattendus.
C’est que l’effondrement a été spectaculaire. Rappelons-nous ! Après-guerre, le département de la Loire concentrait d’importantes mines de charbon dans la vallée de l’Ondaine et jusqu’aux portes de Saint-Étienne ; la manufacture d’armes, une des plus importantes du pays ; Manufrance ; la sidérurgie-fonderie-chaudronnerie de Creusot-Loire ; les nombreuses entreprises d’outillage, clés et serrures, petit matériel métallique divers ; la Compagnie des Ateliers et Forges de la Loire à Firminy, avec ses laminoirs parmi les plus importants du pays; le textile de Roanne ; l’industrie du bois, étayage des galeries de mines et mobiliers divers, etc. À l’époque, les anciens se rappellent que ce sont les sirènes des usines, aux tonalités toutes différentes, qui indiquaient l’heure lorsqu’elles signifiaient la fin de la journée de travail, plutôt que les cloches des églises. Et puis les mines fermèrent, la sidérurgie entama sa descente aux enfers, les aciéries débauchèrent, la manufacture d’arme stoppa sa fabrication, Manufrance connut la faillite, le textile fut balayé, la plupart des scieries et entreprises de transformation du bois disparurent, les plus petites sociétés de mécanique et d’outillage délocalisèrent ou furent rayées de la carte.
Aujourd’hui, on estime à au moins 90% de l’effectif initial le total les pertes d’emplois industriels. Heureusement, certaines activités persistent, ce qui laisse la Loire dans une meilleure situation que, par exemple, les Ardennes. Casino, créé à Saint-Étienne par la famille Guichard, n’est plus une entreprise familiale mais reste un grand de la “grande distribution”, de petites sociétés se sont spécialisées dans des créneaux particuliers des objets métalliques, etc. La plus belle réussite est sans doute celle de la société O’But, leader incontesté de la boule de pétanque installé à Saint-Bonnet-le-Château. La ville de Saint-Etienne a beaucoup investi pour être reconnue comme la capitale mondiale du design. Cependant, la même question lancinante que celle tant de fois déjà posée au cours de ce voyage, ressurgit ici : quelles activités permettront de relancer demain l’emploi ? Les services ? Mais ils sont très dépendants du pouvoir d’achat de la population pour ce qui concerne les services privés et des finances de l’État dans le cas des services publiques. D’un point de vue plus global, la question qui se pose aux départements français de la Marne, de la Moselle, de la Loire et à tant d’autres comme à toutes les nations anciennement développées et à niveau de vie élevé en comparaison des pays émergents est la suivante : dans la répartition mondiale du travail, quelles richesses primaires, réelles, seront-ils capables de créer? De la réponse à cette question simple dépend pour l’essentiel l’avenir.
Axel Kahn, le vingt juin 2013.
Envoyé de mon iPad

Bravo Axel pour cette belle description de la Loire passe et présent. Bonne route et quell dommage que nos chemins ne se soient pas croises sur ces chemins de la Loire.
Khaled Bouabdallah, ton
ancien collègue de la CPU
Et oui, comment recréer de l’emploi ?…Dépêchez-vous Mr Kahn de trouver la solution à cette question avant la fin de l’année ( mieux, avant la fin de votre voyage au coeur de la France profonde ) puisqu’il faut absolument faire baisser le chômage d’ici décembre afin que les français croient encore en ce nouveau gouvernement, non pas encore, croit ENFIN …
Je crois que, tout bonnement, les français feraient bien d’acheter du vrai “made in France”, pas simplement une étiquette collée..
Quel made in France, me direz-vous ? Good question..y’en a plus ou si peu..Si, garder nos riches, pour qu’ils achètent du Vuitton de St Pourçain sur Sioule – riches que je respecte, ils créent aussi de l’emploi, il faut éviter de faire fuir ceux qui restent – que les parisiens respectent un peu plus les touristes qui aiment aussi acheter français, sous-vêtements Lejaby, polos Armor-luxe (sic) chemises Cardin, par exemple, et demander tout d’abord au gouvernement de donner l’exemple en achetant AUSSI français, quand il s’agit de changer les uniformes de l’armée de l’air par exemple, même si ça coûte un peu plus cher, la différence se retrouvera très vite chez Popaul Emploi..
Je suis prête en tout cas à acheter français, ce que j’essaie de faire autant que faire se peut, malgré la petite retraite de mon mari..Ce sacrifice là, les français sont prêts à le faire, j’en suis sûr.
Bonne route Mr Kahn, les monts d’Auvergne sont à portée de main..Je vous admire après votre périple d’hier..Vous ne manquez pas de pugnacité..Normal, vous êtes un Grand Homme à qui une humble mortelle ou simplement “paysanne” de la France profonde ose s’adresser..J’espère que vous ne m’en voulez pas – enfin, si vous lisâtes les coms -..Sinon, je passerai plus discrètement..
Et oui, comment recréer de l’emploi ?…Dépêchez-vous Mr Kahn de trouver la solution à cette question avant la fin de l’année ( mieux, avant la fin de votre voyage au coeur de la France profonde ) puisqu’il faut absolument faire baisser le chômage d’ici décembre afin que les français croient encore en ce nouveau gouvernement, non pas encore, croit ENFIN …
Je crois que, tout bonnement, les français feraient bien d’acheter du vrai “made in France”, pas simplement une étiquette collée..
Quel made in France, me direz-vous ? Good question..y’en a plus ou si peu..Si, garder nos riches, pour qu’ils achètent du Vuitton de St Pourçain sur Sioule – riches que je respecte, ils créent aussi de l’emploi, il faut éviter de faire fuir ceux qui restent – que les parisiens respectent un peu plus les touristes qui aiment aussi acheter français, sous-vêtements Lejaby, polos Armor-luxe (sic) chemises Cardin, par exemple, et demander tout d’abord au gouvernement de donner l’exemple en achetant AUSSI français, quand il s’agit de changer les uniformes de l’armée de l’air par exemple, même si ça coûte un peu plus cher, la différence se retrouvera très vite chez Popaul Emploi..
Je suis prête en tout cas à acheter français, ce que j’essaie de faire autant que faire se peut, malgré la petite retraite de mon mari..Ce sacrifice là, les français sont prêts à le faire, j’en suis sûr.
Bonne route Mr Kahn, les monts d’Auvergne sont à portée de main..Je vous admire après votre périple d’hier..Vous ne manquez pas de pugnacité..Normal, vous êtes un Grand Homme à qui une humble mortelle ou simplement “paysanne” de la France profonde ose s’adresser..J’espère que vous ne m’en voulez pas – enfin, si vous lisâtes les coms -..Sinon, je passerai plus discrètement..
Quelle magnifique description de la loire… Je vous envi !
Fleuve-monde
——
La Loire est immense,
Ceux de Retournac l’admirent
Et ceux de Nevers.