LA SEMAINE D’APRÈS


   Lundi, la semaine d’après débute. Tout est à la fois différent puisque le « temps de l’innocence » est définitivement terminé, mais aussi furieusement inchangé. Durant le week-end, chacune et chacun y est allé de ses commentaires, répétition ad nauseam de positions immuables, avancées tactiques, stratégies de récupération, dérapages plus ou moins incontrôlés.

   Lire le communiqué du NPA et d’autres groupuscules gauchistes, analyser hélas le traitement de l’information par Médiapart, confirme ce que je notais déjà en janvier après les attentats débutant par l’assassinat des collaborateurs de Charlie Hebdo : de l’islamo-gauchisme à la remise en question communautariste de la laïcité, il existe bien un courant établi en France qui voit dans l’islamisme radical une forme de résistance à l’impérialisme qui ne peut être totalement mauvaise, parfois la forme déguisée qu’il emprunte, voire un complice d’Israël, dans tous les cas le dernier refuge dans un monde dominé par le capitalisme et la bourgeoisie des forces révolutionnaires successeurs d’un prolétariat aujourd’hui bien assagi. Au mieux, on renvoie dos à dos l’État islamique et ses adversaires. L’ineptie de ces analyses est elle aussi constante. Les révolutionnaires d’antan luttaient pour l’humanité, pour l’Homme. Daesch en fait ses ennemis, son idéologie est religieuse, nihiliste et apocalyptique, il est financé par des nababs richissimes des pays du golfe, royautés moyen-âgeuses enflées de leurs pétrodollars. Tous les drames que connait notre pays témoignent de l’affaiblissement de l’idée de laïcité, certes pas de son inadaptation aux temps modernes, au contraire. Quant à Médiapart, il est plus prompt à dénoncer les menaces que font peser les mesures de sécurité sur les libertés publiques qu’à détailler ce que pourraient être les moyens les mieux adaptés pour offrir aux citoyens ce qui est aussi l’un de leurs droits inaliénables, celui à une meilleure sécurité.

   Le Front national croit qu’il peut être dans les urnes des régionales le grand bénéficiaire de ces événements – ce qui n’est pas sûr, les crises suscitant aussi un réflexe unitaire et légitimiste – et fait flèche de tout bois, personne n’en est vraiment étonné. Les milieux d’extrême droite diffusent sur les réseaux de fausses images de manifestations de joie déclenchées dans les quartiers par les attentats du treize novembre. Nicolas Sarkozy persiste à n’être pas bon. Au-delà des questions selon moi légitimes posées quant à la politique étrangère du pays – mais ce débat doit attendre la fin du deuil – ses propositions sont absurdes, redondantes, d’efficacité douteuse. De façon systématique il s’affranchit de ses propres responsabilités entre 2004 et 2012, comme Ministre de l’intérieur et Président de la République, dans l’affaiblissement des forces de police et de gendarmerie et, sans doute, dans une certaine désorganisation des services de renseignement. Sur le plan de la politique étrangère, il ne peut faire oublier les conséquences de sa politique en Libye, même si les attentats de Paris n’en sont ce coup-là, contrairement au Mali, pas les conséquences directes. Morano fait du Morano, Estrosi du Estrosi, etc.

   Notre Premier Ministre persiste dans sa stratégie du coup de menton martial dont il fait son image de marque depuis toujours. Cela peut finir par lasser ! « Nous sommes en guerre », nous rabâche-t-on les oreilles de sorte que nous finissons par en être bien convaincus. Je ne désire pas polémiquer sur cette expression pourtant inadaptée. En effet, pourquoi faudrait-il appeler « guerre » ce qui est et reste, sur le territoire national, une mobilisation policière et des services de renseignement contre des menaces terroristes graves. De manière plaisante, on doit constater combien le terme de guerre est utilisé selon le bon-vouloir des autorités du moment. Durant la guerre d’Algérie, il fallait surtout ne pas parler de guerre, même civile, mais d’opération de police. Plusieurs centaines de milliers de soldats français étaient pourtant déployés. Aujourd’hui, nos avions bombardent à faible fréquence les positions de Daesch, nous livrons des armes aux « rebelles » syriens, cela s’appelle-t-il une guerre ? Je suis assez d’accord sur ce sujet avec les excellents commentaires de Dominique de Villepin mais peu importe. Pour autant, est-il bien nécessaire de placer le mot guerre une phrase sur deux, pensons-nous terroriser ainsi les terroristes ? S’il s’agit d’unir les Français contre des périls réels, rappeler que nous sommes attaqués d’abord pour ce que nous sommes, même si ce que nous faisons joue aussi un rôle, pourrait suffire à être mobilisateur.

   Vraiment, les temps sont nouveaux. Nous-mêmes, ceux qui nous dirigent et ceux qui s’opposent saurons-nous aussi nous adapter à cette nouvelle situation qui l’exige ? Hélas, cela est loin d’être sûr.

Axel Kahn, le seize novembre 2015.

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4 thoughts on “LA SEMAINE D’APRÈS

  1. En dehors de toutes ces prises de position politiques comment ne pas se poser une question qui me semble essentielle pour notre pays. Ces actes sont commis par de jeunes hommes originaires de chez nous, France Belgique, et s’adressent aux jeunes de chez nous qui ne trouvent ni sens à leur vie ni place dans notre société, les appelant à devenir eux aussi des héros qui luttent jusqu’à offrir leur vie pour une cause supérieure (qu’eux jugent- elle). Comment y répondre?
    Ce me semble être un terrible questionnement pour les parents et les enseignants.

  2. Soigne etgueri par Hans et Lidenbrock, Axel se rend compte que l’expedition est arrivee au bord d’une etendue d’eau souterraine qui ressemble a une veritable mer, enfermee dans une caverne aux proportions gigantesques et eclairee par des phenomenes electriques. La cote est constellee d’ossements fossiles et abrite une foret de champignons fossiles geants. Le 13 aout, embarques sur un radeau construit par Hans en

  3. Axel Kahn a raison de dénoncer la connivence existant entre une partie de l’extrême-gauche (NPA, médiapart…) et la barbarie islamiste. Il me semble à ce sujet qun les médias ont une lourde part de responsabilité : quand cesseront-ils de donner régulièrement la parole à des extrémistes comme Besancenot, Edwy Plenel et autres Emmanuel Todd ? N’est-ce pas irresponsable de leur part ? Leur but est-il de jeter de l’huile sur le feu pour faire de l’audience ?

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