Depuis Conol, j’ai par conséquent suivi de petites routes en balcons qui dominent entre 700 et 900 mètres la large plaine de la Loire avec la ville de Saint-Etienne et font face, successivement, aux monts du Lyonnais, au massif du Pilat puis au début du plateau et des monts ardéchois. Cela me permet de cheminer dans une campagne de piémont aux larges perspectives et de passer par des hauts lieux du chemin de Saint Jacques pour les pèlerins venant de Cluny, d’Allemagne, du Luxembourg et des provinces est de la Belgique et des Pays-Bas. Marols aujourd’hui et Montarcher demain matin en sont des exemples remarquables qui sont et seront illustrés à travers mes photographies. Cette route riche en beauté mais sans difficulté significative m’incite à aborder aujourd’hui une question sans rapport direct avec l’histoire et les spectacles de nature : que devient le rapport à l’actualité d’un homme qui la suit habituellement de près mais est engagé dans une aventure dont la recherche de beauté et le partage sont les motivations et dont l’essentiel de l’activité est amplement consacrée à la marche, à l’entretien de la bête qui doit continuer à marcher et au partage par images commentées et textes interposés ?
En fait, il ne m’a fallu que quelques jours, peut-être quelques heures pour que ce rapport à l’actualité ne se transforme profondément sous l’effet de deux mécanismes, une inappétence manifeste et une impression fréquente de superficialité, voire d’absurdité. Ainsi, pour remonter à quelques semaines, ai-je été stupéfait et atterré de l’importance qu’avaient prises pour les mondes politiques et médiatiques les exactions sur la place du Trocadéro des abrutis notoires souvent proches de l’extrême-droite qui constituent la clientèle de base de certains clubs de supporters du Paris-Saint-Germain. Je suis un grand habitué des noms d’oiseaux que s’envoient les aficionados des réseaux sociaux, principalement Twitter, ils ne m’ont jamais vraiment diverti ; des sommets du Morvan ou du Forez ils m’apparaissent pour ce qu’ils sont en réalité, des bruits insignifiants de l’esprit qui ont le concernant l’importance et la signification de ceux du corps. Tous les matins, lorsque j’ai du réseau, je m’efforce de jeter un œil aux titres des journaux sur internet et parcours les tweets des personnes, sites et médias auxquels je me suis abonné. Je lis en connaisseur la prose des supporters en ligne des candidats à la mairie de Paris puisque j’ai moi-même fait campagne pour les législatives dans la capitale. Quoique j’y ai eu moi-même recours, l’aspect d’exercice imposé de ces messages ne m’a jamais échappé; vu des cimes du Massif central, j’ai du mal à les prendre au sérieux tout en reconnaissant l’aspect valeureux des militants à la tâche. Parfois, les informations ont pourtant une signification et une gravité réelles qui me touchent vraiment. Tel est le cas des résultats du premier tour de l’élection législative partielle dans la circonscription de Villeneuve-sur-Lot dont Jérôme Cahuzac était le titulaire jusqu’à sa démission.
Ces résultats sont en tout point conformes à ceux de tous les scrutins partiels qui se sont déroulés depuis un an et il est absurde de proposer qu’il ne s’agit que des suites de l’affaire Cahuzac : le parti socialiste s’effondre, les formations à sa gauche, surtout le FDG, ne progressent pas malgré leur opposition dépourvue d’ambigüité à un président et à un gouvernement impopulaires, l’UMP progresse plus relativement que dans l’absolu et le Front National fait des scores incroyables pour tous ceux dont la myopie frise l’incurabilité et qui ne prennent pas le pouls de la France rurale et de celle des petites cités comme je le fais depuis un mois et demi jour après jour. J’ai tenté déjà de faire partager mon expérience et d’avancer des analyses. J’ai dit combien la dépossession par les gens des rênes de leur avenir, leur assimilation du changement à l’aggravation de tout (qui ne les comprendrait sur ce point), provoquait un sentiment d’exaspération souvent commun au riche paysan et aux victimes des désastres économiques que j’ai observés et dont j’ai témoigné. Ce sont là des ressorts d’un sentiment à la fois conservateur (puisque le monde moderne aboutit à la destruction de tout ce à quoi ces gens étaient attachés et que la réforme dont on veut leur chanter les vertus est synonyme le plus souvent de régression) et de repli sur soi. L’étranger, l’Europe, l’autre en général, tous se liguent pour détruire leur monde qu’ils fantasment volontiers comme un pays de cocagne aujourd’hui perdu. Pour cette masse de gens en sécession de la politique”raisonnable” que les membres du cercle de la raison ne sauraient manquer d’approuver, le PS au pouvoir est victime d’un discrédit majeur puisqu’il cumule un progressisme sociétal, un européanisme d’origine et une conversion à la nécessité d’une gestion “raisonnable”. L’UMP ne peut masquer qu’elle est elle aussi pro-européenne et d’une stricte orthodoxie économique. Le FDG et les parties d’extrême-gauche sont bien des adversaires résolus de “l’Europe de la finance et des patrons”, des défenseurs des laissés pour compte mais leur position vis à vis de la sécurité, des étrangers et des immigrés est hélas rédhibitoire aux yeux des “sécessionnistes”, comme je l’ai expliqué. Un parti qui peut se payer le luxe de dire que l’on peut quitter l’euro et l’Union européenne, ne pas allonger la durée du travail malgré le déficit des régimes de retraite, fermer nos frontières, renvoyer les étrangers chez eux ou, au moins, ne pas les faire bénéficier de la même protection sociale que les “français de souche”, surfent avec ces sentiments que je vois partout exprimés. Pour peu qu’il fasse croire que sa politique musclée de sécurité ajoutée à cela assurerait la fin de la délinquance et des incivilités, ce parti a le potentiel de conquérir des pans entiers de l’opinion et, demain, du pouvoir. Alors, que fait-on, on continue “comme d’hab” ou on se penche vraiment sur le phénomène qui monte, on le fait dès maintenant ou après 2017 lorsque le Front National, d’une manière ou d’une autre, participera au gouvernement de la France ? Voyez, par certains aspects, mon chemin me mène au cœur de l’actualité.
Axel Kahn, le dix-huit juin 2013
Pas de pélerin ni sur le chemin ni à l’arrivée ? Tiens ! C’est qu’il existe des parcours peu connus et des pélerins qui s’ignorent …Sinon que fait-il d’autre Axel ici ? Le dépouillement s’opére la mise à distance aussi …gare le risque spirituel guette !!!!!! Bonne route et merci Monsieur Kahn .
Ci-joint le lien pour ré-écouter l’émission de France Culture – “La grande table”- dont la deuxième partie de ce jour était consacrée à une discussion à trois avec Rufin et Nobecourt – il y est question de de voyage et de marche … :
http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-jean-christophe-rufin-et-lorette-nobecourt-2013-06-18
Il y a 2 semaines j’ai rencontré votre frère à Mulhouse où il est intervenu pour la clôture d’une assemblée générale sur le thème de l’utopie, et nous avons évoqué votre marche…Je suis surpris que vous n’ayez pas rencontré de pèlerins en route vers Compostelle ?..Un ami, qui avait fait le Camino, vient de rentrer du sentier de Stevenson dans les mêmes contrées que vous…Bonne route à vous encore.
Il y a 2 semaines j’ai rencontré votre frère à Mulhouse où il est intervenu pour la clôture d’une assemblée générale sur le thème de l’utopie, et nous avons évoqué votre marche…Je suis surpris que vous n’ayez pas rencontré de pèlerins en route vers Compostelle ?..Un ami, qui avait fait le Camino, vient de rentrer du sentier de Stevenson dans les mêmes contrées que vous…Bonne route à vous encore.
Il y a 2 semaines j’ai rencontré votre frère à Mulhouse où il est intervenu pour la clôture d’une assemblée générale sur le thème de l’utopie, et nous avons évoqué votre marche…Je suis surpris que vous n’ayez pas rencontré de pèlerins en route vers Compostelle ?..Un ami, qui avait fait le Camino, vient de rentrer du sentier de Stevenson dans les mêmes contrées que vous…Bonne route à vous encore.
Bonjour Mr Kahn,
Rassurez-vous, les pélerins, à partir du Puy, vous allez en rencontrer.
Je relève ce que vous dites
sa politique musclée de sécurité ajoutée à cela assurerait la fin de la délinquance et des incivilités..
Puisque vous parlez politique, je retiens ces mots…Elle est où cette politique musclée ?…Nous, le peuple oublié, nous ne la voyons guère, qui voit les délinquants continuer à sévir en toute impunité…D’accord, de temps en temps, on monte un traquenard pour en attraper un par ci, un par là..Si peu..
Vous viendrez sécher les larmes d’une pauvre commerçante traumatisée, dont le commerce, à la veille des soldes, vient d’être cambriolé, pauvre petite commerçante qui venait de racheter son commerce, une qui ne voulait pas devenir chom’du…Les voleurs, on va les retrouver, dîtes, j’en doute fort..Si cela arrivait, sûr que nous applaudirions des 2 mains et dirions merci à notre police..
Mon neveu dont on a volé 2 fois en 15 jours d’intervalle le scooter, les voleurs continuent joyeusement dans leur cité à faire la fête, en narguant la police (oui, mon neveu a reconnu son scooter, mais, il ne fallait pas faire de vagues pour le récupérer)
Nous n’osons plus quitter nos maisons, de peur de voir en rentrant, notre ordi disparu, la pauvre bague de grand-mère envolée, oui, des vagues de cambriolages sévissent de plus en plus partout, même dans les campagnes reculées (interrogez le peuple, il vous dira)…
Voilà ce qui met en colère le peuple…Le peuple en a marre, et, quand le peuple en a marre, il peut perdre la tête et faire des conneries…
Bonne route..