L’ADIEU AUX PÈLERINS 28.7


Ensuite, au Puy, mon chemin avait changé de nature en se confondant avec le Camino “Via Podensis”, de loin le plus pratiqué en France. Cependant, la plupart des pèlerins qui partent du Puy s’arrêtent à Conques ou à Figeac et reprennent l’année suivante depuis ces villes. Certains poussent en plus d’un mois jusqu’à St-Jean-Pied-de-Port ou Roncevaux. Ils sont une petite minorité à prolonger d’emblée jusqu’à Santiago, ce sont surtout des étrangers.

À Saint-Jean-Pied-de-Port, tout change. pas tellement du fait de la confluence des trois voies du Puy, de Tours et de Vézelay marquée par la “stèle de Gibraltar” avant Ostabat mais surtout par l’arrivée dans la ville basque de cohortes impressionnantes de nouveaux pèlerins en grande majorité étrangers, espagnols, anglophones, néerlandais, allemands, etc. Ils débarquent en général des TER venant de Bayonne dont ils représentent un contingent important. Au matin et une partie de la journée, ils montent en une file continue vers le col frontière avec l’Espagne et la ville ibérique de Roncevaux. C’est en effet là que la tradition fixe le déroulement de l’embuscade tendue par les “Maures” au neveu chéri de Charlemagne, Roland qui commandait l’arrière-garde de l’armée de son oncle. On sait aujourd’hui qu’en tout état de cause, ces “Maures” là n’étaient pas des Sarrasins. Les Basques furent récemment accusés, à tort aussi aux dernières nouvelles. En fait, les coupables seraient des Vascons, les ancêtres des Gascons venus de l’Èbre, qui ne voyaient pas d’un bon oeil les prétentions de l’Empereur de les incorporer à son empire.

J’avais décidé aujourd’hui de faire le même trajet que ces pèlerins jusqu’à la frontière espagnole mais, au lieu de descendre sur Roncevaux tout proche, de regagner Saint-Jean-Pied-de-Port pour repartir dès demain sur le GR 10 vers l’Ouest. C’était là une occasion de saluer une dernière fois ces personnes dont les motivations et les objectifs, à vrai dire très divers, différent des miens mais que je respecte : eux au moins ont un projet et vont au bout de leur rêve quand tant de nos concitoyens sont dans la quasi-incapacité de vouloir et d’agir en fonction. Je désirais aussi croiser en revenant vers le Pays basque certains des marcheurs que j’avais appris à connaître et à apprécier depuis quelques semaines. Et puis, je reprenais là contact avec la montagne, la vraie, qui commençait à me manquer depuis plusieurs semaines. Elle était au rendez-vous, par un temps enfin un peu frais (cela ne va pas durer, hélas), clair de sorte que ses horizons se dégageaient aux regards du marcheur, récompense aux efforts consentis si attendue et appréciée de tous les montagnards. Les fleurs étaient rares car la chaleur récente les avait grillées mais les chardons des Pyrénées qui s’en accommodent avaient revêtu leur plus belle parure bleue dont les nuances tendres contrastent avec les défenses agressives de la plante. Un nombre considérable d’oiseaux de proie de très grande taille, au moins un mètre d’envergure, ont tournoyé toute la journée au dessus des pèlerins qui n’en paraissaient pas plus impressionnés que cela. Je ne sais s’il s’agissait d’aigles ou de vautours mais je n’en avais jamais compté un si grand nombre à la fois, au moins une vingtaine de ces impressionnant animaux dont le vol utilisant toutes les ressources des mouvements ascensionnels de l’air évoque bien sûr les évolutions des adeptes du deltaplane ou du parachute ascensionnel en infiniment plus agile et élégant.

Dès demain, je remonte, plus à l’ouest, sur la crête frontière avec l’Espagne, sans aucun doute dans un plus grand isolement. Ce n’est pas faire injure à ces gens que j’ai côtoyés depuis le Puy et que j’ai appris à apprécier de reconnaître que j’en suis quand même assez satisfait.

 

Axel Kahn, le vingt-huit juillet 2013.

 

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3 thoughts on “L’ADIEU AUX PÈLERINS 28.7

  1. Les oiseaux impressionnants sont probablement des vautours; ils ne sont pas rares dans les Pyrénées où ils se sont toujours maintenus naturellement du côté espagnol. Ils tournoient souvent en groupe.
    Le mois d’aôut va être un peu triste sans notre chronique quotidienne, avec vos impressions et les photos de nos belles régions françaises. Mais nous savons que vous allez vous ressourcer auprès de votre famille, amis et aussi vos chevaux que nous connaissons maintenant.
    Bravo pour votre périple sportif et son organisation impeccable (rigueur scientifique ?)
    Merci de nouveau et très bonne continuation pour tous vos projets.

  2. vingt-huitième étape au lieu de soixante-huitième: lapsus calami …….vous n’êtes pas prêt /près à/de quitter le camino

  3. Bonjour,

    Je suis en train de lire votre livre Pensées en chemin. Quel plaisir de découvrir ensuite le blog, les photos et les périples des années suivantes. Merci beaucoup pour ce partage.
    Karine, une lectrice.

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