L’AUTOMNE EST LÀ


« Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent, / Colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été. La feuille d’automne… ».

Il n’y a pas eu d’été pour la planète et ses populations, animales humaine et non-humaines, végétales, pour la terre elle-même. Il n’empêche, gros temps devant.

En Europe, les prochaines élections européennes  pourraient connaitre des résultats redoutables. Peu importe, vraiment, la réalité quantitative du flux migratoire. Sa réalité psychologique, la seule pertinente en démocratie, est effrayante, elle fait régresser l’Europe de plusieurs décennies, ramenant au pouvoir et à ses marges des idées et comportements largement refoulés depuis la défaite des fascismes en 1945. En France, un parti d’extrême droite avec à sa tête une dirigeante dont la nullité a éclaté au grand jour fait presque la course en tête, une droite qui s’en rapproche idéologiquement reprend des couleurs. Le parti au pouvoir baisse avec la popularité du Président, les gauches ne progressent nullement. L’ouvrage puant d’un être rétréci, étriqué, haineux, dénué de toute intelligence du cœur, exaspéré par tout ce qui est grand et généreux, promet d’être le best-seller sans rival de la rentrée d’automne. Ailleurs en Europe, c’est peu ou prou partout pareille. Le vent est si mauvais que certaines forces issues de la gauche et de l’extrême gauche se demandent s’il ne serait pas temps pour elles de mettre en sourdine la dimension humaniste de la solidarité internationale avec les personnes immigrées. Dans le même temps, on apprend que les analystes qui voient un recul permanent de l’extrême pauvreté dans le monde sont obligés de reconnaître qu’existe une exception : En Afrique,  malgré les bons résultats macro-économiques du continent, le nombre des habitants dont les ressources annuelles sont inférieures à 1,9 dollars par jour continue de croitre, il sera de l’ordre de 10% en 2020. Soit cent trente millions de personnes. Et même à 3 dollars par jour, en est très pauvre. La pression migratoire n’a AUCUNE CHANCE DE DIMINUER ». En cet automne 2018, le scénario d’une Union européenne qui se défait prend consistance.

Dans le reste du monde, le facteur majeur de déstabilisation s’appelle Donald Trump. Sur le plan économique sa politique du « America first » a donné d’incontestables résultats : pratiquement jamais dans l’histoire des États-Unis le chômage n’a été aussi bas, il y a longtemps que la croissance n’avait pas été si vigoureuse. Mais cela se fait au détriment du reste du monde confronté aux risques imprévisibles d’une guerre commerciale. La croissance mondiale fléchit. Et puis, les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel, ont coutume à dire les économistes. La surchauffe américaine interne comporte sa part de risque, l’euphorie qui gagne pousse à commettre des imprudences dont les crises passées ont démontré qu’elles se payaient ensuite cash.

La presque guerre déclarée par Donald Trump et les Saoudiens, poussés et accompagnés par Israël,  à l’Iran est une folie. Les Iraniens souffrent et souffriront mais la victoire est impossible. L’Iran attaqué par un Irak surarmé et aidé par tous les pays occidentaux a tenu, et finalement a vaincu. En 2018 – 2019, malgré l’embargo américain aux redoutables conséquences pour les Iraniens, le pays peut compter sur des alliés puissants, au premier rang desquels la Russie dont le rapprochement stratégique avec la Chine est impressionnant. La Turquie ne saurait s’engager dans la croisade américano-israélo-saoudienne. D’un point de vue géostratégique, le grand vainqueur des années qui viennent de s’écouler est le bloc russo-chinois. La Chine sera dans les décennies qui viennent, avant même, la première puissance du monde. La force militaire russe est réelle. La Russie a depuis un siècle gagné toutes ses guerres, à l’exception de l’Afghanistan où tout le monde a toujours perdu. Les USA les ont presque toutes perdues, à l’exception de la seconde guerre mondiale alliée à la Russie et de l’invasion de l’ile de Grenade. La puissance américaine n’effraie plus guère, tout le démontre. Au total, Trump, le fou brutal, est une réelle menace pour le « monde réel ».

Les saisons se succèdent, je ne suis pas dans une dérive millénariste cataclysmique. Il n’empêche, gros temps devant. Il vaut mieux en être conscient pour espérer jouir ensuite d’un nouveau sacre du printemps.

Axel Kahn, le vingt-trois septembre 2018.

7 thoughts on “L’AUTOMNE EST LÀ

    • Après la révolution de 1917, le pouvoir bolchevique a été très, très menacé. Au total, il a fini par triompher. Au prix bien sûr de la liberté retrouvé – puis reperdue, pour un temps, des pays baltes et de la Pologne. Donc ces épisodes ne remettent pas en cause mon observation globale. Bon dimanche.

  1. Drôle d’atmosphère en cet automne qui n’en finit pas d’être un été. Pendant que le monde des hommes se tord en tous sens avec les inquiétudes que cela suscite à juste titre, le changement climatique que les politiques semblent considérer comme anecdotique va mettre tout ce « beau » monde d’accord d’ici peu.
    Question : qui de l’homme ou du climat va réussir le premier à anéantir le genre humain ? Une chose est certaine ; c’est toujours l’homme qui est à l’origine de sa propre perte. En attendant, pour se changer les idées, on va se balader au milieu des colchiques du Mercantour…

  2. Cher Axel,
    Alors vivement l’hiver pour emporter cet automne anxiogène qui voit la cupidité de l’homme disputer le titre de plus grand fléau à sa capacité de destruction massive de notre si belle planète . Respect de l’eau , de l’air, de la terre, de la flore , de la faune et de l’homme , de tous les hommes et des migrants ! Vivement l’hiver alors pour réchauffer nos cœurs et croire en un monde meilleur. Amitiés Fabrice

  3. Je viens d’acheter votre dernier livre…

    Si vous pouviez revenir en Charente pour en parler, ce serait formidable!

  4. j’ai pris votre dernier livre à la bibliothèque de ma commune, je suis moi-même un randonneur assidu, chemin de st Jacques de Genève à Santiago en deux mois et un jour en 2014 et le GR5 partie Française en entier, cet été . ce qui est passionnant dans votre livre c’est les commentaires sociologiques , humains , historiques . bravo, et continuez de nous éclairer de vos commentaires sur le net, ça fait de bien surtout en ce moment . si vous passez en haute Savoie ……..

    • J’étais en Haute-Savoie pour présenter Chemins le 4 octobre, à Bonneville…Merci de votre témoignage. Amitiés en chemin.

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