LE CAUSSE SOUS LA FOURNAISE. 9.7


Le beau temps et la grosse chaleur sont beaucoup plus agréables mais autrement éprouvants pour l’organisme que le temps de chien. J’ai entamé à Figeac la traversée des Causses du Quercy que je continuerai à parcourir jusqu’à Cahors, avant d’aborder le Causse blanc. Les conditions sont celles qui permettent sans doute le mieux d’apprécier les caractéristiques des lieux, c’est la canicule. Déjà vingt-et-un degrés à huit heures le matin, au départ, trente-cinq à l’arrivée à Carjac, trente deux km environs après. Marcher dans ces conditions est une épreuve que je connais. À vingt-trois ans, j’étais au titre de la coopération médecin-chef de la préfecture de Haute-Kotto en Centrafrique, en zone subtropicale. En France, des randonnées dans les Cévennes et en Corse lorsque l’on redescend dans les vallées m’ont aussi permis de goûter ces sensations très particulières.

Lorsqu’il fait plus de trente deux degrés à l’ombre et que rien ne vient atténuer l’ardeur du soleil, ni couvert d’arbres, ni vent, ni nuage, il est des endroits où la température atteint et dépasse les cinquante degrés. Le type en sont les tranchées pierreuses par où passent parfois les chemins, plus généralement tous les environnements à dominante minérale. Les roches claires, les calcaires du Causse ou les granits, réfléchissent la lumière et la chaleur vers les marcheurs alors que les minéraux foncés d’origine volcanique ou l’asphalte des routes goudronnées l’emmagasinent jusqu’à devenir brulants. Le cheminement du GR 65-Camino sur le Causse offre les deux réjouissances. Soit il empreinte des pistes blanches entourées de murets, voire de véritables murs en pierres calcaires, soit, trop souvent à mon goût, il prend le prétexte que de nombreuses routes sur le plateau sont très peu empruntées par les véhicules pour les réquisitionner au profit des pèlerins et randonneurs. Dans le premier cas l’impression est celle d’un four violemment éclairé alors que dans le second les souliers collent au bitume fondu d’une route qu’il est impossible de toucher de la main sans se brûler. La chaleur est si vive qu’elle semble rôtir la peau découverte et transforme les vêtements en des cataplasmes brûlants du type de ceux que l’on posait encore dans mon enfance sur la poitrine et le dos des personnes qui avaient contacté une infection broncho-pulmonaire aigüe.

La technique de la marche s’en ressent. La seule défense du corps pour dissiper la production de chaleur consécutive à l’effort est l’émission de sueur, avec la déshydratation qu’elle entraîne. Aussi, la moindre montée en d’autres circonstances insignifiante devient-elle un problème à gérer, de même que le rythme général de la marche. Hâter le pas permet d’arriver à l’étape avant les milieux d’après-midi torrides mais confronte aux risques d’hyperthermie et de déshydratation. De plus, l’eau est rare sur le Causse et il convient d’en conserver jusqu’à l’arrivée. La chaleur a aussi des conséquences sur l’activité psychique, elle provoque vite un état de grande lassitude, une tendance à la somnolence et une sorte d’ébriété qui perturbe la clarté des pensées et même la perception de l’environnement au point que le doute s’immisce de l’authenticité des perceptions. C’est de la sorte dans une atmosphère onirique et accablante que j’ai pris contact avec ce grand plateau calcaire aride mais beau, aujourd’hui sans un seul animal dans les pâtures, sans un seul chant d’oiseaux mais où les grillons s’en donnaient à coeur joie entre les murets qui délimitent de pauvres prairies pourtant très fleuries. Pour la seconde ou troisième fois depuis le début de mon périple, mon attention a été attirée par deux couples d’aigles qui décrivaient de très larges cercles aux trajectoires entrelacées en une élégante et énigmatique arabesque, seule manifestation de vie animale avec les grillons et moi sous le soleil impitoyable.

Mon rêve prenait alors une allure d’étrangeté en bonne résonance avec le caractère un peu fantomatique de ce paysage minéral à la végétation rare et fumant sous juillet. Demain, après-demain et les autres jours, j’y retourne.

Je me console : à tout prendre, mieux vaut être à point que saignant…

Axel Kahn, le neuf juillet 2013.

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3 thoughts on “LE CAUSSE SOUS LA FOURNAISE. 9.7

  1. Bonjour Mr Kahn..
    Je vois que vous allez bientôt être bon à “consommer” par les vautours, s’il y en a dans cette région..Ne vous allongez surtout pas, ces bestioles pourrait vous prendre pour une charogne…
    Mais, les aigles n’aiment en général que les petits mammifères – L’aigle royal se nourrit essentiellement de mammifères de petite taille ou de taille moyenne tels que lapins, lièvres, marmottes, souris, jeunes renards, hermines ainsi que divers oiseaux. Mais il ne dédaigne pas les charognes, surtout l’hiver..
    Aujourd’hui, on annonce des orages..Guère mieux quand on se trouve dessous…
    Les pélerins sont bien courageux..

  2. Les moutons du Causse sont partis nombreux depuis début juin pour passer l’été sur les pentes
    du Lioran (environ 1000!). C’était la 2ième transhumance.On a renoué avec une ancienne
    tradition qui avait été abandonnée.Autrefois les moutons du Lot partaient en Aubrac.
    Une habitante de Figeac Bon chemin….

  3. Bonjour,
    Les paysages, architectures, .. que vous nous présentez tous les jours sont très beaux et variés. Merci aussi à Yvonne pour ces renseignements sur la transumance. Pourquoi les brebis ne vont -elles plus en Aubrac?, voudriez-vous nous en dire plus sur votre belle région? Voyagent-elles en camion jusqu’au Lioran? Leur lait est-il utilisé pour le roquefort ou si non pour quel autre délice? Il ya un centre de formation des bergers (es) dans les Alpes, y-a-t’il aussi un centre d’apprentissage pour les bergers dans le massif-central ou bien les bergers apprennent-ils auprès des anciens? Comment ne pas être fiers de notre pays ? La France est la première destination touristique du monde

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