On l’aborde obligatoirement par un bord surélevé de la cuvette, ce qui permet d’observer sa principale caractéristique, la présence d’éminences plus ou moins coniques sur lesquelles se dressent la ville et certains de ses monuments : la basilique Saint Michel sur la commune d’Aighuille et la statue de Notre-Dame de France sur le rocher Corneille. Ces très singuliers rochers se sont formés, pense-t-on, à l’occasion d’éruptions volcaniques survenues en milieu aqueux. Le magma se serait infiltré par les fissures apparues dans le socle granitique ancien lors du soulèvement alpin et pyrénéen, les dykes. Après un stockage plus ou moins long dans des chambres à magma sous le manteau, son arrivée en surface mais sous l’eau aurait provoqué des explosions avec projection de poussières et blocs en fusion qui, retombés, se serait agglomérés en colonnes basaltiques, les necks, entourées de sédiments lorsque la cuvette fut asséchée. L’érosion ultérieure les aurait ensuite dégagées….permettant aux humains, sans doute depuis les Celtes, peut-être même les temps préhistoriques, d’y localiser des lieux de culte.
Le plus beau et le plus ancien est la basilique Saint Michel bâtie sur le rocher d’Aighuille depuis le Xème siècle suite à un vœu de l’évêque du Puy Godescalc, l’un des premiers pèlerins de Saint Jacques de Compostelle en l’an 950. C’est semble-t-il vers le huitième siècle que la tradition selon laquelle des reliques de l’apôtre Saint Jacques, réputé avoir déployé son activité d’évangéliste dans la péninsule ibérique, avaient été trouvées dans le village de Compostelle. Il s’ensuivit, surtout après le Xème siècle, le développement d’un pèlerinage qui allait peu à peu l’emporter sur ceux qui pré-existaient, notamment celui consacré à Saint Martin de Tours. Un guide du pèlerin datant de 1140 reconnait quatre chemins menant à Compostelle : celui de Paris à Tours, Saintes, reconverti du trajet du pèlerinage de Saint Martin; une voie Vezelay-Limoges-Périgueux; une autre Arles-Toulouse; et enfin la “voie de Cluny et des Teutons”, par Le Puy-Conques-Moissac. Ce chemin du Puy fut au départ lié à l’importance des relations entre l’Abbaye de Cluny et le diocèse du Puy mais n’avait cependant nulle prééminence historique sur les autres. Cependant, une politique habile des édiles de la ville profitant du renouveau de ce pèlerinage dans les dernières décennies devait en faire l’un des départs majeurs pour Compostelle. Le Puy-en-Velay, cité mariale depuis le XIIème siècle, est aujourd’hui surtout la ville du pèlerinage, son évocation est partout présente, dans le nom des magasins et des auberges, dans celui des rues, des panneaux nombreux, des expositions. Tous les matins, les pèlerins dont la plus grande partie vient d’arriver d’un peu partout en France, en Europe et dans le monde, sont bénis à la cathédrale après avoir fait leurs dévotions, en particulier à la statue du saint, puis s’engagent sur le chemin qui part de la cathédrale. Il sont à l’heure actuelle environ quatre-vingt à s’élancer vers huit heures.
Cette affluence m’a d’ailleurs inquiété. Jusqu’ici, durant près de 1200 km, je n’avais jamais rencontré d’autre marcheur, ce qui m’a permis sans difficulté de remplir cette condition de solitude stricte dont j’ai fait un paramètre essentiel de mon projet. Qu’en sera-t-il désormais? En définitive, je crois ne pas devoir trop m’inquiéter. La plupart des pèlerins sont en groupe et se déplacent de ce fait au rythme du plus lent d’entre eux. Ceux qui partent du Puy n’ont pas mon entrainement. J’ai de la sorte testé une stratégie, ce matin : partir suffisamment tôt ( pas après la masse des pèlerins, par conséquent), d’un pas rapide et marcher deux ou trois heures sans m’arrêter, ce qui est d’ailleurs ma pratique habituelle. Plus personne ensuite jusqu’à l’arrivée à l’étape.
Mon itinéraire à partir du Puy ne change pas de caractère du seul fait de l’importance du pèlerinage mais aussi parce qu’il marque la grande inflexion vers l’ouest, la traversée de la fin du plateau du Velay, de la Margeride demain, puis de l’Aubrac avant de plonger vers la vallée du Lot. Il me reste un peu plus de huit cent km à parcourir, mon trajet total sera par conséquent voisin de deux mille km. Finis les chemins impraticables, le GR 65 qui est suivi par les pèlerins est une sorte de sentier de luxe comparé à ce que j’ai connu, il est balisé en rouge et blanc comme les autres GR mais aussi par les associations jacquaires et par le Conseil de l’Europe qui en a fait le premier chemin européen d’importance culturelle. Même avec mon étourderie légendaire, il devrait m’être impossible de me tromper de route. Je pourrai ainsi avoir une encore plus grande liberté d’esprit pour voir, ressentir, penser, et par conséquent échanger.
Axel Kahn, le vingt-six juin 2013.
Bonjour M Khan,
Votre récit me laisse perplexe. Vous voulez échanger mais apparemment pas avec des pèlerins ! Pourquoi les fuir ?
Les pèlerins ne marchent pas forcément en « groupe » ; sur le chemin on ne les croise pas, ils sont devant ou derrière. Vous pouvez les dépasser sans vous sentir obligé d’échanger.
Ne craignez donc pas de ne pouvoir remplir votre condition de « solitude stricte ». Si l’affluence des pèlerins vous a inquiétée pourquoi ce choix du GR 65 ?
Buen camino.
Bonjour Juju,Mireille et Yves
Je ne fuis nullement les pélerins, je les rencontre aux étapes comme mes deux québécoises, avec grand plaisir.
Cependant, la recherche de solitude pendant la marche elle-même est un élément clé de mon projet et c’est elle que je préserve.
Bien à vous,
Axel KAHN
je ne comprends pas votre méfiance vis à vis des pèlerins , ils vous demanderont peut être après quelques étapes, pourquoi vous faites le Chemin, mais rien d’autre. En tout cas aucun ne mord!
Ultréïa
Bonjour Mr Kahn…
Ce serait bien pourtant que vous alliez à la rencontre de quelques pélerins, qui viennent de tous horizons, de toutes conditions sociales, pour connaître leurs motivations..A travers eux, vous en apprendriez beaucoup sur notre société, ses joies, ses peines, ses malheurs..Oui, beaucoup de pélerins qui marchent ont beaucoup souffert, souffrent…Faire le chemin remplace tous les psys à ce qu’il parait…Dommage que je n’aime pas marcher plus de 10mn sinon, je m’y serai bien collée.
Mon amie d’enfance qui a fait Compostelle ces 2 dernières années, espère le terminer si son genou la laisse en paix..Avec elle, vous en auriez appris beaucoup sur ce qu’est la France profonde, la souffrance, mais aussi le bonheur et la joie de vivre..Je lui rends hommage ici, car elle le vaut bien..et je rends hommage aussi à tous les pélerins qui ne marchent pas par snobisme, mais pour eux-mêmes..
Cher monsieur Kahn,
Comme je comprends votre souci de vous tenir à l’écart des groupes afin de préserver cette solitude qui est une telle richesse ! Ayant pratiqué moi-même ces chemins, j’ai souvent dû éviter ces groupes sympathiques, certes, mais aussi bien souvent bavards.
Je partage votre goût immodéré pour les petites fleurs des champs ainsi que pour les vaches.
Je vous souhaite bonne route, et vous assure de toute ma sympathie.
J-P Hervieu.
Bonjour !
J’ai repris la publication des photos sur le site ” Les Photos du Camino ” :
http://www.lesphotosducamino.fr/
J’ai créé ce site coopératif et gratuit il y a quelques années. Il compte à ce jour 198 contributeurs, regroupe 534 photos rangées et classées dans 29 albums et il a déjà été visité 15141 fois.
Si vous le souhaitez, vous pouvez m’envoyer une ou plusieurs de vos photos. Je me ferai un plaisir de la ou les publier sur ce site.
(Veuillez m’excuser si vous avez déjà reçu ce message).
Cordialement,
Jean-Pierre
PS : je suis moi-même marcheur :
en 2009 d’Arles à Muxia en passant par Sète, Lourdes, Le Somport, Santiago et Fisterra,
en 2010 du Puy en Velay à Fisterra en passant par Saint Jean Pied de Port et Santiago,
en 2011 de Czestochowa en Pologne jusqu’à Fatima au Portugal en passant par Prague, Nuremberg, Ulm, Constance, Genève, Le Puy en Velay, Lourdes, Irun, Bilbao, Oviedo, Santiago et Porto,
en 2012 de Bonsecours en Belgique jusqu’à Gibraltar en passant par Reims, Vézelay, Le Somport, Astorga, Séville et Cadix,
en 2013, de Canterbury à Rome en passant par Florence et Assise,
en 2014, de Rome en Crète en passant par Bari, Igoumenitsa, Patras et Gythio. Désireux d’aller jusqu’à Jérusalem, j’ai du interrompre ce pélerinage en raison d’une blessure au genou.
http://www.chemin-faisant.fr/2014/