LE POINT SUR LE GLYPHOSATE


Dossier technique

Le pouvoir possiblement cancérigène du glyphosate (noté en 2015 potentiellement cancérigène pour les rongeurs par le CIRC) pousse à son retrait des substances phytosanitaires autorisées en Europe. De fait, le renversement de la charge de la preuve si contestable en d’autres domaines est légitime en matière de sécurité d’un médicament ou d’un produit répandu dans l’environnement. Il revient à leurs fabricants d’établir la preuve de leur innocuité. Si doute il y a, même léger, il doit entraîner le retrait du produit.

Pourtant, on le voit, la chose fait débat. Les agriculteurs conventionnels de la FNSEA, les pratiquants de l’agriculture de conservation des sols et d’autres s’y opposent, les autorités européennes hésitent. Au parlement européen favorable au retrait du produit, les propositions sont un renouvellement limité à trois, voire cinq ans, plutôt qu’une interdiction immédiate soutenue par seulement de rares députés. La décision de compromis d’une homologation du produit limitée à cinq ans a été adoptée par le conseil. La France a pour sa part décidé de se fixer l’objectif d’un retrait total dans trois ans. Pourquoi tant d’embarras ? La dénonciation selon laquelle la seule raison serait le lobbying du fabricant Monsanto, lobbying au demeurant peu contestable, est un peu courte.

Le glyphosate est un analogue d’un acide aminé, la glycine. Il se fixe au site actif d’une enzyme végétale majeure du chloroplaste, l’EPSP – synthase. Cette enzyme est une protéine abondante qui existe dans tous les organismes doués de photosynthèse. Le chloroplaste est, au niveau des feuilles, l’organite où s’opère la photosynthèse, la synthèse de substances par utilisation de l’énergie du soleil. L’EPSP synthase est indispensable pour la synthèse de protéines végétales à partir de glucides.

L’ubiquité de l’EPSP synthase fait du glyphosate un herbicide total, il détruit presque toutes les plantes. Il est de loin l’herbicide le plus utilisé dans le monde, surtout sous sa marque Round-up*. Utilisé depuis 1974, soit bientôt quarante-cinq ans, environ dix millions de tonnes en ont été pulvérisés dans le monde. Pourquoi, s’il s’avère nocif, l’interdire s’avère-t-il aussi compliqué ? Son faible coût est une raison, mais elle n’est plus celle qui domine. De même, l’existence dans le monde de pas loin de cent millions d’hectares plantés en variétés transgéniques résistantes au glyphosate n’est pas en cause en Europe où ces ces plantes ne sont quasiment pas utilisées. Alors ?

En fait, tout un écosystème agricole s’est développé depuis vingt ans fondé sur l’utilisation du glyphosate. Une des propriétés du produit actif est sa faible rémanence sous une forme active dans le sol. Il est en effet lessivé et inactivé – mais pas dégradé – assez rapidement. En revanche, des molécules issues du glyphosate sont persistantes, dans les sols, dans les bassins versants, dans les nappes phréatiques, sous forme de glyphosate lui-même et, surtout, de son produit de dégradation l’acide aminomethyl-phosphonique, ou AMPA, plus stable. Cependant, le glyphosate n’est pas la seule source d’AMPA qui peut provenir aussi de détergents industriels aux aminométhylène-phosphonates. Trois semaines après avoir éliminé les mauvaises herbes grâce à lui, les agriculteurs peuvent pourtant ressemer après un hersage superficiel et sans labour profond. Le labour a pour rôle principal l’élimination des plantes adventices, les mauvaises herbes. Réalisé avec les énormes et puissants engins modernes, on sait qu’il est très nocif pour la qualité des sols, leur organicité. D’où la tendance actuelle à préconiser les méthodes alternatives. La permaculture, une approche globalisante de l’agriculture biologique, réduit au minimum les interventions sur les sols et exclut bien sûr le labour. La firme Monsanto, longtemps après que son produit a été utilisé comme désherbant non sélectif classique, s’est engouffrée dans la brèche d’une remise en question de l’ancestrale pratique du labour en préconisant la séquence : récolte, épandage du lisier ou autres fertilisants, hersage, désherbage au Round-up*, semis.

Personne n’est irremplaçable, aucun produit ne l’est non plus. Cependant, il n’existe de fait à ce jour aucun produit raisonnablement inoffensif et possédant les propriétés du glyphosate. Pas de problème pour les agriculteurs biologiques qui ne l’utilisent pas. Pour les autres, ils doivent s’adapter. Que l’adaptation soit une conversion généralisée à l’agriculture biologique ou la découverte de méthodes alternatives, si possible non chimiques, ça peut prendre du temps. Quant au retour au labour profond généralisé, il n’est pas non plus vraiment désirable. Pour le maraichage et les petites surfaces, un retour aux méthodes manuelles et mécaniques légères est envisageable, au prix d’un accroissement de la main d’œuvre. Une stratégie de ce type peut aussi s’envisager pour la vigne, grande utilisatrice de glyphosate. En revanche, une telle approche ne peut suffire pour les grandes surfaces remembrées de culture de céréales, protéo-oléagineux, betteraves, chanvre, lin, etc. Doivent être évaluées les possibilités offertes par une amélioration des rotations, les co-cultures, l’utilisation d’un couvert végétal exploitable permanent.  Et bien entendu l’agriculture de précision pilotée par GPS et intelligence artificielle avec traitement individualisé des adventices nuisibles, chimique ou, mieux, mécanique*. C’est selon moi dans cette voie qu’il convient de s’engager pour ce qui concerne les grandes surfaces d’un seul tenant, de cent hectares et plus de céréales, par exemple.

Cependant, il faut le temps de mener ces recherches, il est impératif de les mener activement dès aujourd’hui. Les pays qui auront les premiers pris la décision de sortir de l’agriculture tout chimique, dans trois ou cinq ans, connaîtront peut-être des difficultés temporaires de compétitivité avec les nations plus négligentes. Cependant, n’en doutons pas, la pression citoyenne est appelée à devenir telle que le monde entier devra en venir là. À ce moment, ceux qui s’y seront préparés le mieux seront les gagnants. Préparons l’avenir.

Données et débats : médecine basée sur les preuves

C’est le concept fondamental de la pensée et de l’action médicales depuis vingt ans : tout énoncé, toute hypothèse, même les plus raisonnables, même fondés sur des arguments théoriques et expérimentaux les plus indiscutable, ne deviennent des faits admis qu’après démonstration de leur pertinence clinique. Le plus bel exemple de la puissance de cette démarche est celui du traitement hormonal de la ménopause. On sait que les œstrogènes protègent contre le développement de l’athérosclérose. Là réside une partie de la raison pour laquelle les femmes font moins d’accidents cardiaques et vasculaires cérébraux que les hommes, mais que la fréquence de ces accidents augmente après la ménopause. Les constantes biologiques associées à l’athérome chez l’homme se dégradent chez les rongeurs femelles castrés. Tout le monde était par conséquent persuadé que le traitement œstrogénique de la ménopause, outre ses effets bénéfiques sur les muqueuses génitales, la libido et l’os, serait également protecteur contre les le développement des maladies cardio-vasculaires. PATATRAQUE, c’est moins simple. Avec certaines hormones, c’est même juste l’inverse qu’ont suggéré les enquêtes de santé publique.

Agriculture et cancers

L’inquiétude est grande quant à la santé des agriculteurs utilisant larga manu des pesticides divers. Ils se protègent aujourd’hui mieux mais dans les années 60 et 70, on les voyait tête nue sur le siège de leur tracteur sans cabine rester des heures dans des nuages de pesticides. Les données sont par conséquent nombreuses. Trois grandes études existent, l’une américaine, la seconde européenne et la troisième, cohorte AGRICAN, française (INSERM)

Les résultats n’en diffèrent légèrement que sur certains points mineurs. Globalement les conclusions sont les suivantes :

1, la longévité moyenne des agriculteurs : à 35 ans, les agriculteurs peuvent espérer vivre (médiane) jusqu’à 81 ans, les agricultrices jusqu’à 86 ans. C’est mieux que les travailleurs de l’industrie, un peu moins bien que les diplômés du supérieur.  Cette espérance de vie s’améliore.

2, la fréquence globale des cancers est légèrement inférieure chez les agriculteurs que dans la population générale. L’une des causes très probable en est qu’ils fument un peu moins.

3, cependant, certains cancers sont un peu plus fréquents dans le monde agricole qu’ailleurs : prostate et cancers du sang, surtout. Pour une fréquence 1 dans la population générale, elle atteint pour ces cancers 1,1 – et même 1,2 dans certaines études pour le cancer de la prostate – chez les agriculteurs.

4, la mortalité globale par cancer est légèrement inférieure chez les agriculteurs que chez les citadins, même pour les formes qui apparaissent chez eux un peu plus fréquentes.

5, en revanche, les spermogrammes des agriculteurs montre que leur sperme est en moyennes plus pauvres que dans la population générale. Ici, la nocivité des propriétés perturbatrices endocriniennes des pesticides et autres intrants agricoles est probable.

Voilà les données. Les débats et les opinions sont libres, pas les données.

Mon opinion

Les données robustes étant rappelées, il me revient maintenant d’exprimer mon opinion. Autant cette dernière doit s’appuyer sur les données sans s’y limiter, autant ces données ne doivent en rien être influencées par mon opinion. Certains produits de dégradation du glyphosate, dénués d’action herbicide, sont persistants. Ils s’accumulent dans les nappes phréatiques, on en trouve des traces dans l’eau et des produits de consommation. Certes, l’AMPA, le plus important d’entre eux, peut avoir d’autres sources que le glyphosate, seule la détection conjointe des deux molécules étant significative. Pourtant, continuer ainsi m’apparait peu raisonnable, il faut sortir du glyphosate sans entrer pour autant dans l’utilisation d’autres herbicides. Le mieux serait de changer en profondeur un système agricole qui a conduit à l’utilisation massive d’un produit tel que le glyphosate. Même si tous les pays du monde en convenaient, cela ne pourrait se faire d’un coup de baguette magique. Il persistera sans doute hélas longtemps, en particulier dans notre pays, des surfaces cultivées de très grandes surfaces d’un seul tenant sur lesquelles ne travaillent qu’un seul agriculteur, celles pour lesquelles les solutions traditionnelles sont soit inadaptées, soit critiquables (labours profonds). L’objectif de persévérer dans la logique d’une agriculture de conservation des sols est essentiel. Il convient par conséquent de mener activement et rapidement les recherches nécessaires, en particulier sur l’optimisation et la crédibilisation économique du désherbage mécanique automatisé guidé par IA et GPS*. Et aussi, puisque notre pays a pris la décision, que j’approuve, de sortir du glyphosate avant les autres nations européennes, trouver le moyen de compenser temporairement la probable distorsion de compétitivité subie par les producteurs français, par des prix garantis plus que par seulement des aides directes. Complexe mais pas impossible.

*Glyphosate, désherbage et intelligence artificielle

J’ai déjà longuement présenté la problématique du glyphosate dont il serait bon de se passer, dont il faudra se passer mais dont il est difficile de se passer. Impossible du jour au lendemain, je ne reviens pas sur la question. La seule alternative si on ne veut pas renouer avec le labour profond destructeur des sols est le désherbage mécanique, manuel ou automatique. Sans problème pour un hectare de maraichage biologique, pour des surfaces relativement petites, par exemple de vignes, pour une agriculture de main d’œuvre importante dans les pays du sud, il n’est pas réalisable pour des surfaces de plusieurs centaines d’hectares à très faible main d’œuvre, le cas des grandes cultures céréalières et oléoprotéagineuses, pour la betterave à sucre en Picardie.

La seule solution, à y réfléchir, est l’utilisation de l’intelligence artificielle, du guidage GPS et de la robotique. J’imagine de petits robots autonomes, types véhicule martien en un peu plus gros, se déplaçant grâce à un guidage GPS sur une vaste parcelle dont les coordonnées sont préalablement entrées dans un système de contrôle. L’appareil est muni d’un système de caméra couplée à un logiciel intelligent de reconnaissance d’images éduqué préalablement pour lui apprendre à identifier les adventices (mauvaises herbes) à éliminer. Ce programme est bien entendu modulable : des repousses de colza sont des adventices indésirables dans une plantation de céréales, pas de colza ! L’élimination se fait au mieux par procédé mécanique, éventuellement par application très locale d’un herbicide total, voire par la chaleur. Des engins de ce type existent déjà mais il importe que ces  machines soient relativement peu couteuses, que peut-être des aides soient alors accordées pour s’en équiper. L’intelligence artificielle, bras armé d’une agroécologie ? GPS et guidage numérique sont déjà utilisés comme équipement de tracteurs. Il faut sans doute passer à une autre dimension.

Axel Kahn, le trente-et-un août 2018

23 thoughts on “LE POINT SUR LE GLYPHOSATE

  1. Vous dites “Les produits de dégradation du glyphosate, dénués d’action herbicide, sont persistants. Ils s’accumulent dans les nappes phréatiques, on en trouve des traces dans l’eau et des produits de consommation. Continuer ainsi est déraisonnable,..” Mais y a -t-il des études qui démontrent la toxicité de ces produits de dégradation (et qui justifieraient votre conclusion)?

  2. 2 remarques/questions sur votre article :
    – vous parlez de l’action du glyphosate sur la santé des agriculteurs : quid de ses conséquences sur la biodiversité ?
    – les chiffres que vous présentez sur la santé des agriculteurs (ou du moins la façon dont vous les présentez) semblent minimiser la nocivité du glyphosate du fait d’une non surmortalité exceptionnelle par rapport au reste de la population. Mais a-t-on fait un comparatif avec une population qui n’est exposée en aucune façon aux pesticides ? En effet, nous sommes aussi, en tant que consommateurs d’aliments, victimes des pesticides. Le différentiel n’est donc pas forcément énorme avec les utilisateurs. Dit autrement, nous serions tous surmalades… d’où le problème

    • Votre commentaire n’est pas pertinent compte tenu de la différence considérable d’exposition entre un agriculteur qui ingère par voie respiratoire et orale directement le produit et un citadin lambda qui n’est soumis qu’à des résidus présents dans l’alimentation de tous les jours (que les agriculteurs consomment également)

  3. Les études de cohorte prospectives montrent une sur-incidence de certains cancers chez les agriculteurs. C’est un fait. En revanche quand on distingue dans la cohorte les agriculteurs utilisateurs de pesticides de ceux qui ne le sont pas, on s’aperçoit qu’il n’y a pas toujours de différence. On est très loin de pouvoir établir des facteurs de risques à l’usage d’un pesticide en particulier. → http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2597
    Dans le cas du glyphosate l’étude AHS a pu classer la cohorte de 55 000 agriculteurs en 4 sous groupes selon leur exposition au glyphosate, et ne trouve aucune augmentation significative d’incidence pour les 20 formes de cancer les plus courantes. Il semble très probable que les hausses d’incidences de certaines formes de cancers chez les agriculteurs (très modeste au passage) ne soient pas reliées à l’usage du glyphosate.
    De même vous justifiez votre position en invoquant des symptômes endocriniens chez les agriculteurs. Mais là encore qu’est-ce qui permet de les relier à l’usage du glyphosate ? Il semble que là aussi les agences d’évaluation du risque sanitaire n’ont pas identifiées de risque particulier.
    Je suis d’accord avec vous qu’il serait préférable de se passer de produits de traitement en agriculture, et que l’on ne peut pas identifier tous les risques possibles, ce qui est d’ailleurs vrai pour tout les produits y compris ceux d’origine naturelle.
    La démarche rationnelle devrait nous amener à évaluer les usages, et non les produits selon une forme de balance bénéfices/risques qui intègre les différents aspects tels que le risque sanitaire, l’impact sur l’environnement, l’économie….
    Ce n’est pas du tout ce qui est fait dans le cas du glyphosate que l’on cherche surtout à faire bannir pour des motifs idéologiques tel que l’affaiblissement de son géniteur honni des écologiste, et surtout pour son association avec les PGM.
    Quand l’idéologie prend le pas sur la science, il ne faut pas s’attendre à une démarche rationnelle, et la défendre se transforme en exercice d’équilibriste.

  4. Merci pour cet article.
    Ce serait bien utile d’avoir les références-clef et sources pour votre synthèse des conclusions que vous rapportez en terme de cancers versus glyphosate.

  5. Merci de nous faire partager les fruits de votre intelligence et de votre culture. Dommage que vous n’ayez pas été aux affaires de la gauche !

  6. Cher Monsieur,
    Le classement “cancérogène probable par le CIRC ne prend pas en compte l’exposition à l’herbicide.
    Vous n’ignorez pas qu’une vaste étude américaine (Agricultural Health Study) publiée récemment portant sur une cohorte de 54000 agriculteurs pendant 20 ans a montré qu’il n’y a pas de lien entre glyphosate et cancer.
    C’est l’avis de toutes les agences sanitaires française (ANSES), européennes (EFSA, ECHA) et internationales y compris L’OMS, maison-mère du CIRC.
    Pourquoi n’en parlez-vous pas ?
    Le glyphosate est classé “cancérogène probable” comme la viande rouge qui, elle, est consommée.
    Demandez-vous son interdiction ?
    Quant aux solutions alternatives au glyphosate que vous proposez c’est surtout un retour au travail mécanique consommateur de carburant et émetteur de CO2
    Dernier point : vous évoquez des traces de glyphosate ou des produits de dégradation (AMPA ?) dans l’eau.
    Oui mais en dessous du seuil de dangerosité!
    Respectueuses salutations

    • J’ai été étonné de ce commentaire puisque j’ai moi-même rappelé ces données de santé publique.

  7. Bonjour,

    Tout l’édifice intellectuel est fondé sur la phrase initiale :

    « Le pouvoir possiblement cancérigène du glyphosate (noté en 2015 potentiellement cancérigène pour les rongeurs par le CIRC) pousse à son retrait des substances phytosanitaires autorisées en Europe. »

    On peut en discuter… nous sommes exposés à bien des substances cancérogènes avérées – et pas simplement « probables » comme le glyphosate selon le CIRC – sans que cela nous pose un souci ou soulève des états d’âme. L’alcool, le tabac, la pilule contraceptive, les cabines de bronzage, la poussière de bois, la charcuterie sont tous cancérogènes avérés (ou certains).

    Le CIRC précise normalement qu’il évalue un danger et qu’il appartient ensuite à d’autres autorités d’évaluer les risques (dont un des facteurs est l’exposition) et de prendre, le cas échéant, des mesures (de suppression du danger, de réduction des risques…). La raison en est maintenant évidente : toute la procédure du CIRC a eu pour but de torpiller la réhomologation du glyphosate qui était en cours dans plusieurs parties du monde. Voir notamment (avec les liens idoines) :

    …://seppi.over-blog.com/2018/06/les-scientifiques-nord-americains-et-les-responsables-du-circ-ont-ils-conspire-pour-cacher-des-resultats-sur-l-absence-de-risques-po

    Que l’agitation activiste dans les (certains) médias ait été à sens unique, anti-Monsanto et anti-EFSA en France, avec des arguments très majoritairement fallacieux, ne change rien au constat, accablant.

    Le dossier du glyphosate a été examiné après la décision du CIRC par diverses instances internationales et nationales. Son classement a été contesté – et en quelque sorte invalidé – par

    – des organismes internationaux :OMS (la « maison mère » du CIRC !) et la FAO dans le cadre de la JMPR ; EFSA et EChA en Europe, avec le concours d’experts nationaux des États membres (l’EFSA ayant en outre été chargée d’évaluer spécifiquement le classement du CIRC ; l’EChA a examiné comme le CIRC les dangers, à distinguer des risques)

    – des organismes nationaux d’évaluation et de réglementation : Allemagne, Australie, Brésil, Canada, République de Corée, États-Unis d’Amérique ; France (ANSES), Japon, Nouvelle-Zélande, Suisse (y compris dans ce cas, le Conseil Fédéral (gouvernement)).

    • Merci pour ce commentaire. Je connais les données puisque je les ai moi-même évoquées. Comme chacun sait, la démocratie est le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres. C’est pourquoi, je ne saurais trop conseiller aux acteurs de se préparer à utiliser moins, puis quasi plus de ce produit. Ils y seront sans doute tenus. La perspective d’une re-homologation du glyphosate en Europe dans deux ans, dans le contexte de procès médiatiques qui vont se multiplier, est des plus incertaine.

  8. Pensez-vous vraiment que IA, GPS et robotique permettront de détruire les mauvaises herbes vivaces comme chiendents, liserons, chardons, ronces, rumex, etc ?
    Pensez-vous vraiment qu’une application de 600 g de glyphosate à l’hectare pour détruire un couvert végétal avant un semis direct présente un risque sanitaire ou environnemental ?
    Pensez-vous vraiment que l’avis (très contesté) du CIRC pèse plus que ceux de toutes les autres agence sanitaires ?
    N’y a-t-il pas d’autres urgences sanitaires à traiter avant le glyphosate utilisé depuis plus de 40 ans sans provoquer de problèmes sanitaires ou environnementaux scientifiquement prouvés ?

  9. Cet article a au moins le mérite de susciter réflexion et commentaires. Pour les agronomes (dont je suis) le sujet est évidemment perturbant : il semble avéré (en l’état actuel des moyens d’investigation) que le glyphosate ne pose pas de problème particulier de santé publique et d’environnement, comme l’ont conclu toutes les agences sanitaires nationales et internationales (y compris, en fait, le CIRC si l’on tient compte de la spécificité de ses modalités d’évaluation). Et nous allons le remplacer par des techniques alternatives plus complexes, plus chères et plus aléatoires en termes de résultats (et sans doute dans certains cas d’impact environnemental). La question la plus passionnante est donc de comprendre comment un produit “classique” devient aux yeux de la société, et donc par ricochet aux yeux des pouvoirs publics, un “totem” à abattre.
    Je crains qu’en effet ce ne soit que la première marche d’une orientation d’arrêt de tout pesticide, certains clairement autorisés et utilisés ayant un profil plus inquiétant que celui du glyphosate. Et là encore, le principe de réalité est bien mis à mal :
    – Exemple 1 : la pétition en cours (“nous voulons des coquelicots”) visant à “l’interdiction totale et définitive des pesticides de synthèse”. Sans référence aux conséquences d’une telle interdiction en France, en termes micro ou macro économique, mais aussi de santé publique (lutter par exemple contre l’ambroisie). Et pourquoi “de synthèse”, comme si un pesticide naturel était nécessairement plus sain qu’un pesticide de synthèse, le contraire étant largement avéré (exemple du Cuivre par exemple).
    – Exemple 2 : Il suffit de généraliser l’agribio pour se passer des pesticides, alors que l’agribio utilise bel et bien des pesticides (homologués en bio), et pas dépourvus d’effets négatifs.

    Alors, au final, on ne peut pas contester la légitimité du politique à prendre des options qui lui semblent pertinentes (et allant dans le sens de l’opinion publique). Mais on peut s’insurger contre la tendance qui consiste à se cacher, pour légitimer ces décisions, derrière des arguments pseudo-scientifiques biaisés, partiels et qui relèvent de l’instrumentalisation malhonnête.
    Ceci dit, il y a un point de consensus : tout le monde, et les agriculteurs en premier, souhaitent réduire le recours aux “phytos” dont on sait bien qu’ils ne sont pas anodins. Mais entre considérer qu’il faut réduire en mobilisant tous les leviers pertinents, et supprimer brutalement, il y a un écart : si “les antibiotiques, “ce ,n’est pas automatique”, on ne les interdit pas pour autant ….

    • Nous ne sommes pas très loin l’un de l’autre. Seulement, comme je sais que le glyphosate ne sera pas re-homologué en Europe, j’explique ce qui est acquis et ne l’est pas et ébauche les solutions. Chacun le prend comme il veut…

      • Là où nous divergeons (si nous sommes d’accord sur la probable relative inocuïté du glyphosate) c’est que je pense encore possible que les données scientifiques éclairent raisonnablement la décision publique. Et que donc il n’y a pas de fatalité (qui triomphe dès lors qu’on croit en elle, disait S de Beauvoir) que des décisions absurdes soient prises, en contradiction avec ces mêmes données. Et en cinq ans (le Glyphosate ayant été renouvelé pour 5 ans par l’UE), la versatilité politique peut reserver des surprises …

  10. M. Kahn,
    Cet article devrait plutôt s’intituler « Le point sur les arguments pour l’interdiction du glyphosate », tant ses omissions sont nombreuses et orientées. En particulier, vous ne mentionnez nulle part que TOUTES les interrogations scientifiques que vous mentionnez ont été examinées par les agences sanitaires compétentes (ANSES, ECHA et EFSA pour la France et l’UE), et que toutes ont conclu en faveur du prolongement de l’autorisation d’usage du glyphosate. Votre avis les contredit donc implicitement. C’est bien sûr votre droit, mais un expert responsable de votre niveau ne peut en rester là : il vous appartient alors d’expliquer en quoi les agences se trompent, et de faire des propositions pour que l’application du principe de précaution ne conduise plus à de telles polémiques.
    Pour plus de précisions sur les omissions de votre avis, voir : http://www.forumphyto.fr/2018/09/15/le-point-daxel-kahn-sur-le-glyphosate-la-capitulation-de-la-science/
    Par ailleurs, venant d’une personne comme vous, qui a essayé en son temps de ramener le débat sur les OGM sur des bases objectives, contre la déformation militante des résultats scientifiques, il est très décevant de voir que vous renoncez à le faire pour les pesticides, pour lesquels le débat démocratique est tout aussi biaisé par les discours militants. Ne pensez-vous pas, en tant que Président du Comité d’Ethique de l’INRA, du CIRAD et de l’IFREMER, qu’informer objectivement les citoyens sur ces sujets complexes, et souvent déformés par la presse, fait partie des missions de ces instituts ?
    Philippe STOOP, membre correspondant de l’Académie d’Agriculture de France.

    • Cher Monsieur,
      Pour être franc, j’ai été stupéfait par votre commentaire. Peut-être est-il envoyé d’une autre planète ? Sur la planète terre, en France, les journaux dans leur immense majorité s’indignent de ce que le glyphosate n’ait pas été interdit sans tarder. Il est dénoncé comme un poison nuisible, un cancérigène avéré. Le parlement vient de repousser à deux voix près l’inscription dans la loi de son interdiction. L’Europe ne l’a re-homologué que pour cinq ans, la France s’est engagée à en sortir dans trois ans. Les procès à Monsanto vont se multiplier dans le monde, médiatisés, difficiles.
      Dans ce contexte, je dis :
      • Les résultats du CIRC sont obtenus sur les rongeurs, ils classent le produit comme « cancérigène possible »
      • Toutes les enquêtes de santé publique infirment heureusement cette inquiétude, le glyphosate n’est en rien un cancérigène avéré pour les humains
      • Par ailleurs, il est utilisé dans une stratégie de « conservation des sols » souhaitable qu’il ne faut pas inverser.
      • Sortir du glyphosate est difficile pour les grandes surfaces de culture à faible main d’œuvre.
      • Pourtant, l’environnement est bien public soumis au contrôle de la démocratie. Le système basé sur le glyphosate ne perdurera pas, en fait tous les gens conscients le savent.
      • Il convient de ce fait de mener des recherches sur les alternatives non chimiques respectueuses de sols.
      • Je donne quelques pistes non exhaustives.
      Je vous aurais imaginé incroyablement soulagé par ma mise au point. D’où mon ébahissement.

      • Cher M. Kahn,
        Merci pour votre réponse, qui, effectivement, me rassure beaucoup plus que votre texte initial. Je suis ravi de voir sous votre plume que « le glyphosate n’est en rien cancérigène avéré pour les humains », car je ne suis pas sûr que tous les lecteurs de votre point sur le glyphosate, dans sa formulation initiale du 31 août, l’aient compris aussi clairement. Je pense aussi que mon commentaire n’a pas été inutile, puisqu’il a contribué au processus d’amélioration continue de votre texte, qui ne cesse de se bonifier discrètement à mesure de l’arrivée de réactions de vos lecteurs (par exemple sur la position des défenseurs de l’agriculture de conservation, et sur la signification réelle de la décision de la commission européenne). Encore quelques aménagements de ce type, et nous serons parfaitement d’accord !
        Il reste juste un dernier point à éclaircir : puisque vous considérez que le glyphosate n’est pas cancérigène pour l’homme, et qu’il est utile pour certaines démarches agro-écologiques importantes, pourquoi considérez-vous qu’il faut l’interdire ? Par respect de la démocratie et de la « pression citoyenne » ? Beaux principes, mais croyez-vous vraiment que ladite pression citoyenne serait si forte, si tous les électeurs pensaient :
        – que le glyphosate n’est pas dangereux pour la santé des agriculteurs ni des consommateurs,
        – que, bien utilisé, il peut aider à préserver la biodiversité des sols,
        – et que son interdiction coûtera près d’un milliard d’euros par an aux agriculteurs français, et 500 millions à la SNCF ?
        Et, comme manifestement beaucoup d’électeurs sont persuadés que le glyphosate est dangereux pour ses utilisateurs et pour la biodiversité, ne pensez-vous qu’il serait du devoir des scientifiques de rappeler les données scientifiques sur le sujet, de façon peut-être plus assertive que vous ne le faites ?

        • Je suis un scientifique, je suis un expert, je ne suis pas un militant. Mon billet a eu à cœur de rappeler les faits, dans leur chronologie logique.
          – tout part de l’analyse du CIRC en 2015. Je la rappelle, en disant que les tests pratiqués sur les rongeurs suggèrent un effet possiblement cancérigène. Des tests internes à Monsanto vont d’ailleurs dans le même sens.
          -Cependant, les cohortes humaines larges ne retrouvent heureusement pas d’effet cancérigène sur les agriculteurs.
          -D’emblée j’explique le succès du glyphosate pour les grandes cultures : éviter le labour profond destructeur des sols. Je n’ai fait que donner ensuite le nom adopté pour cette stratégie, ACS. J’avais déjà évoqué le principe et le dessein.
          -Dix millions de tonnes de ce produit ont été utilisés dans ce bien commun par excellence qu’est l’environnement. Que les citoyens s’en soucient est légitime.
          -Pour ma part, convaincu que rien ne stoppera le mouvement conduisant à l’éradication du produit, j’envisage les solutions alternatives.
          -Si vous croyez responsable de militer pour une absence d’évolution du système, c’est votre droit. Je pense sincèrement que vous avez tort.

  11. les AMA qui ont été attribuées au glyphosate proviennent dans beaucoup de cas des lessives.Un ami m’en avait informé.on lui reprochait d’être à l’origine de résidus de glyphosate alors qu’il n’en avait pas utilisé.après enquéte il s’est avéré que les résidus provenaient de la dégradation de lessives Bios. les acharnés de la lutte contre le Roundup et Monsanto auront ils l’honnéteté de vouloir l’interdiction au même moment que le glyphosate de tout ce qui se transforme en ama ,n’est pas traité en stations d’épurations et se retrouve dans la Nature.Les phosphanate dont les bios allemands demandent l’autorisations seront ils aussi interdits. Avec toute ma grande considération .

  12. Bonjour Monsieur KHAN
    l’intégrisme dominant des informations délivrés a nos citoyens est de nature a rendre malade les agriculteurs.Voir sur la 2 Cash manipulation inversé les 97% d’analyses des aliments sains et moins de 3% provenant surtout des importations européennes contenant des résidus de pesticides au delà des seuils de sécurité
    par 97% contenaient des résidus de pesticides et moins de 3% serait conformes! La France pays des lumières de scientifiques éclairée tombe dans un scientisme inquiétant.Jeudi sur mon tracteur j’ai entendu l’émission de France inter “affaires sensibles une heure d’antenne toute à charge où nous faisons oublier tout les éléments positifs .rien n’est dit sur les recherches,les homologations de produits,les suivis .On fait oublier qu’il existe de vrais produits très cancérigénes pour l’Homme.les mêms demande la fin des produits de synthéses.les mêmes font croire que le Bio n’utilise aucun produit.Doit on ignorer que les produits dit naturel ne sont pas inoffensifs et mériteraient pour santé humaine même suivi que produits de synthèse? en matière d’éthique s’assure t on que toute la chaine de production nécessaire a des produits naturels ne passe pas par des plantes cultivées et traitées hors de France et d’Europe par des produits interdits et surtout dangereux par leurs utilisateurs ?
    Les agriculteurs concient de bien travailler et de faire des produits sains vivent très mal ces campagnes de manipulations de l’Opinion publiques.Ces attaques auront certainement des effets cancérigènes pour eux autrement plus dangereux que l’utilisation du glyphosate.
    Avec ma plus grande considération

  13. bonjour M. Kahn
    je pense que vous ne mesurez pas l’effet sur le commun de votre premier paragraphe où vous semblez vous joindre aux loups antiscience qui hurlent contre tout et n’importe quoi.
    cdlt

    • Je suis un homme logique, je commence par le début : l’analyse et le classement du CIRC a lancé l’affaire.
      Par ailleurs il serait inéxact d’affirmer que cette analyse est unique en son genre. En fait, Monsanto a en interne obtenu les mêmes résultats mais les a caché. C’est pourquoi cette firme a perdu la première manche de son procès aux USA, les enquêteurs ayant mis la main sur ces résultats dissimilés. Cependant, cette cancérigénicité faible pour les rongeurs de laboratoire ne s’est heureusement pas confirmée sur de larges cohortes humaines d’agriculteurs utilisateurs de glyphosate, comme je le rapporte. C’est que je suis un scientifique, un expert honnête et indépendant, pas un militant.

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