Non pas que le soleil eût brillé, que la température fût devenue plus clémente, non mais vous avez bien entendu, du matin jusqu’au soir, pas une goutte, la belle cape rouge au chômage, les chaussures ôtées sèches. J’en avais oublié la sensation. Ma félicité est même à son comble, demain s’annonce du même acabit, voire mieux encore. C’est que la sécheresse pourrait menacer, justifiant qu’on nous impose de deux contributions obligatoires, la première pour les inondations et les dégâts aux cultures occasionnés, la seconde pour le terrible manque d’eau qui s’ensuivra peut-être. Selon les prévisionnistes, il pourrait être prolongé, deux jours pleins. Après nous retrouverions ce bel arrosage qui explique en partie que notre pays apparaisse lessivé.
Les indulgences soudaines du dieu des eaux ont rendu plus aisée l’observation attentive de ces belles vallées aux pentes boisées qui se succèdent, de celle de la Laignes dans le Châtillonnais, en Côte d’or jusqu’au Tonnerrois et à la vallée de l’Armançon dans l’Yonne. Ce sont de vastes plateaux agricoles où dominent les cultures de céréales et d’oléoprotéagineux, colza plus que tournesol, entrecoupés de vaux fleuris dans les grasses prairies desquelles devrait paître un cheptel bovin où les charolais sont prépondérants. Je dis devrait car les prés étant inondés, c’est une autre gente animale qui y prend pour l’instant ses aises. J’ai ainsi été accueilli en arrivant à Ancy-le-Libre par une impressionnante chorale de grenouilles croassant du beau milieu d’une prairie immergée dans laquelle elles menaient un sabbat endiablé. J’ai appris que d’autres grenouilles, plutôt de bénitiers celles-là, avaient dans le même temps jeté leur dévolu sur la capitale pour s’y livrer à un ultime sabbat d’un genre bien différent. J’ai un faible pour mes batraciens champêtres quoique leur tintamarre fût parvenu à couper le sifflet aux coucous énamourés qui m’avaient accompagné depuis le matin.
Mon chemin vers l’Armançon m’a amené à passer à proximité immédiate de trois très beaux châteaux de la Renaissance, datant sensiblement de la même période du XVIème siècle. Le premier, le château de Tanlay, fut habité par l’amiral de Coligny pendant les guerres de religions et est devenu ensuite la propriété de la famille de Tanlay qui y demeure toujours.
Les deux autres châteaux ont été construits et possédés par deux branches proches des Clermont-Tonnerre. Ancy-le-Franc possède une exceptionnelle collection de peintures murales de la Renaissance qui lui permet de rivaliser sous cet aspect avec le château de Fontainebleau. Il a de plus bénéficié d’une impressionnante restauration qui en fait un joyau. Cependant, c’est surtout du Château de Maulnes que je désire vous entretenir. Il a été construit pour servir de relais de chasse par Louise de Clermont, comtesse de Tonnerre et son second époux Antoine de Crussol, de plusieurs décennies son cadet, vicomte d’Uzès puis, grâce aux relations de son épouse avec Catherine de Médicis, Comte puis Duc d’Uzès, Pair de France. Les époux voulaient marquer les esprits par une œuvre qui puisse retenir l’attention selon d’autres critères que le château d’Ancy-le-Franc. Le bâtiment, maintenant propriété du Conseil Général de l’Yonne qui en assure la restauration progressive (il était très délabré), est EXCEPTIONNEL, unique au monde. Il s’agit d’un édifice PENTAGONAL construit autour d’un magnifique et majestueux escalier central au bas duquel coule une fontaine d’eau claire alimentée par trois sources. Les pièces sont conçues à chaque niveau en utilisant avec une folle ingéniosité les angles du pentagone. Il se dégage de ce château inouï une grâce singulière qui ne vous laissera pas indifférents. Nous sommes à un peu plus de deux cents kilomètres de Paris, la majeure partie sur l’autoroute du sud. La seule raison que vous pourriez trouver de ne pas visiter ce joyau improbable est de n’être pas attiré par ce qui est authentiquement beau.
Sur place, vous visiterez aussi les châteaux de Tanlay et d’Ancy-le-Franc, dégusterez les produits locaux dans de bonnes auberges, vous passerez un weekend exceptionnel.
Axel Kahn, le vingt-six mai 2013
Quel bonheur de lire ce billet !! Et merci de ton intervention puisque la magie se propage.
L’astre est arrivé jusqu’à nous aujourd’hui .!!!!
Avec mes fidèles pensées.
On peut dire que cette marche à pied est orchestrée de main de maître.
Pour le coup, Le frangin, celui qui aime tant faire parler de lui aussi, risque d’être jaloux d’un si beau coup médiatique.
Bonne continuation dans vos rodomontades.
Arrivé sans la pluie et reparti en nous laissant le soleil. On ne pouvait espéré mieux de votre passage .
Arvi pâ ! ( en patois savoyard)
A cet effet: tartifle signifie dans ce même patois pomme de terre, d’où “tartiflette”……
CHAPEAU A VOUS MONSIEUR LE PROFESSEUR et BRAVO !
Tout est superbe…
“Vous avez droit au bonheur : vous faites des heureux”.
TBonne continuation, cordialement : Louis.
NB : N’oubliez pas LA ROUTE goudronnée LA PLUS HAUTE D’EUROPE (2802 m)
dans les Alpes Maritimes ET LES VILLAGES de la Haute-Tinée… A+