LES CRÊTES PRE-ARDENNAISES, St MAMERT ET LE CURE QUI NE CROYAIT PAS EN DIEU. 4ème étape, Chalandry-Elaire Marquigny



Finis les reliefs austères et les entailles à l’emporte-pièce dans le bouclier ardennais, ce sont maintenant les vallonnements de prairies où paissent des vaches laitières de race Holstein et divers autres bovidés à viande, rassemblés avec une calme détermination par le chien berger à la demande de l’agriculteur; quelques moutons, aussi, sans hélas aucune bergère à l’horizon. Plus au sud, les crêtes préardennaises sont couvertes de belles forêts qui se prolongent au sud-est par celles de l’Argonne où je serai demain, et laissent place plus à l’ouest aux céréales qui annoncent déjà la Champagne.

Ce spectacle bucolique à souhait était cependant quelque peu gâché par les facéties de Saint Mamert au mieux de sa forme. Après une entrée en matière ventée et glaciale, il varia les manifestations de son pouvoir par de robustes averses, certaines de grêle dont je ressentais les mille” piqures à travers le vaste poncho rouge protégeant mon corps et mon sac, limitant tragiquement mon champs visuel et me transformant pour être franc en un gnome décati et loufoque. Peut-être est-ce d’ailleurs l’une des explications de l’absence regrettée des bergères.
J’étais enclin dans ces circonstances à reconnaitre les pouvoir sinon du Bon Dieu, au moins de ses saints. C’est dans cet état d’esprit que j’arrivais à Etrépigny où une habitante, professeure de philosophie mariée à un agriculteur, témoignant de l’aptitude de sa discipline à percevoir la réalité des êtres derrière les apparences: elle me reconnut et m’invita à me réchauffer d’une tasse de café. ce fut l’occasion pour elle de me parler du héros du village dont il fut curé, Jean Meslier (1689-1729), précurseur des lumières, hostile aux nobles et au clergé et convaincu de la non-existence de Dieu, qu’il se faisait fort de prouver; je l’imagine avoir été aussi l’adversaire des superstitions liées au culte des Saints. En un tel lieu, il ne m’était plus possible d’invoquer Saint Mamet pour le maudire, j’en fus tout désemparé.

Mon désarroi fut pris en compte par une providence que je n’appellerai bien sûr pas divine. Arrivé à Omont à l’heure du picnic, je jetais mon dévolu sur un banc à l’entrée du village, face à la vallée….et au soleil qui venait de trouver la faille à travers une superbe “culotte de gendarme”. Il répandit sur le voyageur transi et toutes choses alentours cette bienfaisante chaleur dont je partage le goût avec les chats et les lézards, amenant à confirmer s’il en était besoin la puissance de ces “esprits animaux” dont parle Keynes, mon libéral préféré. A ce bien-être du corps et de ses articulations que provoque le réchauffement solaire, il faut ajouter la légère ivresse due aux effluves capiteuses de la campagne mouillée et maintenant ensoleillée, qui s’exhalent avec cette brume légère estompant les détails pour ne conserver que l’essentiel: on est bien, et c’est bien.

Axel Kahn, samedi onze mai 2013

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2 thoughts on “LES CRÊTES PRE-ARDENNAISES, St MAMERT ET LE CURE QUI NE CROYAIT PAS EN DIEU. 4ème étape, Chalandry-Elaire Marquigny

  1. Je vois que vous êtes bien arrivé à Grandpré. Les restes du chateau du sinistre Joyeuse, fanatique (au bilboquet) parmi les mignons d’Henri III, c’est un dur rappel à la réalité, après l’escapade chez le curé Meslier. Bonne suite et à vous revoir dans nos Ardennes, peut-être en un autre temps des cerises?
    PhDelevoye

  2. Il est le Dieu des grands espaces et de tous les horizons…..des longues routes ….des chemins vers l’infini…

    Il vous guidera, comme il le fit avec Moîse non sans peine….
    et vous arriverez à bon port…..Qu’il vous bénisse et vous garde…

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