LES JUMELLES « TRANSHUMAINES » CHINOISES SERONT-ELLES SUPER-INTELLIGENTES ?


Tout le monde se rappelle la « première » du scientifique chinois de Shenzen, He Jiankui, en novembre 2018. Il avait alors provoqué une gigantesque émotion en révélant qu’il avait, grâce à la technologie CRISPR Cas9  (https://axelkahn.fr/crispr-lembryon-scientifiques-doivent-dire-quils-souhaitent-bien-quils-croient-vrai/., invalidé (c’est-à-dire inactivé) le gène codant le récepteur CCR5 d’embryons humains. Au moins deux petites filles, Lulu et Nana, sont nées dont l’une porte bien la modification inactivatrice sur les deux allèles, c’est-à-dire les deux gènes, maternel et paternel. Cette enfant se trouve par conséquent dans la situation des femmes prostituées africaines qui, de façon sinon incompréhensible, restent indemnes de l’infection par le VIH, virus de SIDA. Ce dernier utilise en effet à protéger ses enfants d’une contamination. Cette justification est absurde. Grâce à la trithérapie qui abaisse le titre viral, au lavage des spermatozoïdes et à l’injection directe dans des ovocytes (ICSI), des hommes contaminés sont aujourd’hui, s’ils le désirent, pères sans aucun risque ni pour leurs enfants ni pour leur conjointe. Il n’empêche, Nana et Lulu sont les deux première petites filles transhumaines de l’histoire. L’action du scientifique de Shenzen a été critiquée même par les partisans avertis du transhumanisme, conscient de ce qu’il n’existe aucun recul pour juger de la sécurité d’une telle modification et de sa précision. Le système CRISPR Cas9 peut introduire de manière imprévisible des altérations non désirées de l’ADN ailleurs qu’au site ciblé. Cette incertitude est bien illustrée par les études précises des modifications introduites dans les gènes des deux petites Chinoises. Lulu n’a en effet plus de copie fonctionnelle du gène CCR5 mais les mutations inactivatrices ne sont pas exactement celles anticipées. Chez Nana, un gène fonctionnel persiste, la fillette est seulement hétérozygote pour la mutation. Ici, rien ne justifiait de toute façon de prendre le moindre risque. Folie. Rien mais….

Le projet transhumaniste, ancien et aujourd’hui très actif dans le monde entier, se fixe pour but la création de lignages humains améliorés. Il compte pour cela sur la panoplie des méthodes NBIC (nanotechnologies, biologie, informatique, sciences cognitives) pour y parvenir, mieux et plus rapidement que par le moyen de la sélection naturelle.

Que pourrait être un humain amélioré, augmenté ? Plus généreux, solidaire, créatif ? Sans doute pas dans l’esprit des scientifiques qui se proposent de s’engager dans cette voie. Cela n’est en effet selon toute évidence pas accessible à la seule la réécriture d’une petite portion de génome. Résistant à des virus comme ici, à d’autres menaces de l’environnement ? Mais lesquelles menaceront l’humanité dans cinquante ans ? Personne ne le sait, bien entendu ! L’évolution et la sélection adaptent au fur et à mesure les êtres à leur environnement. Et des humains ignorants de ce qu’il sera se proposeraient de la devancer ? Imaginons que les biologistes des années cinquante aient été aussi habiles que leurs successeurs aujourd’hui et demain. À quelle maladie virale auraient-ils cherché à rendre des lignages résistants ? La variole ? La poliomyélite ? Qui ne menacent plus grand monde au vingt-et-unième siècle comme le Sida cessera sans doute de le faire. Hubris caractérisé ! Les mutations à l’origine des cancers sont acquises et de ce fait ne peuvent être radicalement prévenues.

Alors, produire pour un usage particulier des femmes et des hommes très forts, très grands, de futurs champion(ne)s ? Mais Kant ne nous a-t-il pas enjoint catégoriquement « De considérer l’humain en ta personne comme en la personne de tout autre toujours aussi comme une fin et jamais uniquement comme un moyen » ? Moyen de renforcer les performances de ses équipes olympiques ou de ses troupes armées, par exemple ? Une telle finalité d’instrumentalisation de l’humain serait à l’évidence inéthique.

L’immortalité est un objectif souvent avancé. Dans la réalité, aucun progrès n’a été accompli dans ce sens. Même sur les plus simples des animaux modèles qu’utilisent les chercheures pour explorer les mécanismes de la senescence, le ver Caenorhabditis elegans, la mouche Drosophila melanogaster. On sait accroitre leur longévité mais il ne s’agit que d’une variation limitée de leur horloge biologique, nullement d’une maitrise progressive de l’immortalité. Les humains peuvent depuis des temps reculés dépasser les cent ans d’âge, ils sont simplement de plus en plus nombreux à y parvenir. Bien vieux !

Outre l’immortalité, le rêve des transhumanistes est d’accroitre les capacités cognitives de nos semblables. Grâce à la mise au point d’interfaces améliorées et internes entre le cerveau humain et l’intelligence artificielle. Et aussi en sélectionnant des modifications génétiques qui pourrait y contribuer. Et dans cet esprit, nous retrouvons nos deux petites Lulu et Nana, et le gène CCR5.

Le récepteur éponyme fixe des chemokines, intermédiaires de l’inflammation. Des souris transgéniques fabriquées pour constituer un modèle de neurosida, les manifestations neurologiques et comportementales du sida, sont protégées par une invalidation des gènes CCR5. On peut le comprendre aisément car l’inflammation est un médiateur reconnu des dégâts et symptômes neurologiques de la maladie. De même et pour la même raison, les souris dépourvues de récepteur CCR5 résistent mieux que leurs congénères intactes à des « chocs » mimant un peu des traumatismes ou accidents vasculaires cérébraux chez les humains. Des indications existent pour transposer ces résultats chez les malades de notre espèce. Cependant, CCR5 pourrait agir encore plus directement sur le fonctionnement du cerveau et les performances cognitives. Alcino J. Silva et Miou Zhou de l’université de Californie suggèrent en effet un effet inhibiteur direct de CCR5 sur la synaptogenèse, c’est-à-dire l’établissement de nouvelles connections cérébrales, support cellulaire des fonctions cérébrales. Ils démontrent en 2016 que les souris dépourvues de CCR5 ont une mémoire augmentée. Des études génétiques en cours pourraient impliquer le gène CCR5 dans l’aptitude scolaire.

C’est loin d’être la première fois que des gènes susceptibles d’interagir avec les fonctions cognitives sont étudiés, chez les murins et les humains. Ainsi, les journaux américains puis internationaux avaient longuement discuté en 1999 de l’article d’une équipe du MIT publiée dans Nature. L’ajout de gènes codant un récepteur cérébral (au NMDA) augmentait la mémoire des animaux. J’avais à l’époque été sollicité par tous les médias nationaux pour expliquer et commenter ces résultats. Mes remarques d’alors valent pour les données récentes concernant CCR5. La transposition de la souris à l’homme est difficile. La mémoire est certes un élément de l’intelligence mais ne la résume pas. Hyper-développée chez certains patients autistes, elle contribue plutôt à les enfermer dans leur « citadelle intérieure », peu disponibles aux sollicitations et contacts nouveaux. Dans le cas de CCR5, une validation des relations chez les humains entre « intelligence » et CCR5 serait aisée à obtenir : comparer les performances cognitives des femmes africaines déficientes à leurs compagnes qui ne possèdent pas ce trait. Silvia et Zhou pensent la même chose et condamnent comme une folie la tentative de transposer leurs données préliminaires chez les humains. Aux inexactitudes liées à l’outil CRISPR Cas9 se surajoutent l’ignorance persistantes des conséquences chez nous de l’inactivation du gène CCR5. La petite Lulu sera de ce point de vue un cobaye malgré elle.  Mais, l’augmentation du QI des petites était-elle la vraie raison de l’activisme de Jiankui ? On ne peut dire, c’est bien possible : les fantasmes et pulsions eugénistes sont si fortes en Chine. Pas qu’en Chine, cependant…Considérons par conséquent cette question dans son essence philosophique.

Imaginons que l’on parvienne en effet à fabriquer des lignages d’humains vraiment exceptionnels, plus intelligents, rapides, à longévité accrue, presque immortels. Fantasme mais imaginons néanmoins ! Dans l’histoire de l’humanité, les technologies de domination ont toujours été mobilisées d’abord au profit des dominants. Dans le domaine intellectuel, ils se réservent les meilleures écoles, les meilleures universités, les meilleurs médecins. Créer des familles de personnes « augmentées » de la sorte ne sera jamais facile, cela n’est pas obtenu grâce à une pilule, à un vaccin mais par une intervention technologiquement délicate sur des embryons individuels. Les dominants se la réserveraient, c’est certain. Même dans le domaine sportif, le dopage des plus faibles poussent les plus forts à se doper aussi, mieux s’ils le peuvent, pour conserver leur prééminence. C’est par conséquent la légitimité de l’engendrement d’une nouvelle aristocratie de « surhumains, qu’il faut interroger. Mais alors, va-t-on désormais assigner à la science l’objectif non plus d’atténuer les inégalités biologiques – guérir les malades, compenser les personnes handicapées, aider les plus faibles – mais à l’inverse en créer de nouvelles ? Pour le moins, ça se discute !

Axel Kahn, le vingt-six février 2019.

2 thoughts on “LES JUMELLES « TRANSHUMAINES » CHINOISES SERONT-ELLES SUPER-INTELLIGENTES ?

  1. Le transhumanisme est une alchimie
    ——————–

    Un ambitieux voulut aborder le mystère
    Des bonnes mutations, de l’immortalité…
    Dans un projet fantasque il s’est alors jeté,
    Afin de transformer la face de la Terre.

    Contre de tels esprits, qui pourrait donc lutter ?
    Quel plaisir de changer les lois héréditaires
    En usant des pouvoirs d’une alchimie austère…
    Un tel homme peut tout, question de volonté.

    C’est comme mettre en oeuvre une métempsycose,
    C’est vouloir aiguiller vers de nouveaux chemins
    Les enfants innocents qu’on tient entre ses mains.

    Mais devons-nous compter sur une apothéose,
    Et la soif de puissance est-elle une vertu ?
    Tout abus de pouvoir doit être combattu.

  2. Multitudinous scientists have been experimenting and eat proved that the bee pollen that is at ease by honey bees from miscellaneous plants and the flowers, obtained by totally bees since they levy nectar. The nectar collected from the express foundry the pollen of the flower sticks on the bees’ legs and thereby they are carried along with them to their hive where the homey is been made. Where it is used as food for the http://on-linecanadianpharmacy.com/ online pharmacy; consistent so, bee workshop pollen can still be obtained to make use of as a condition along with eating uneventful offshoot that is full of nutrients. A lottery of people engage bee pollen as being an all-natural plea to hypersensitivity also called as allergies.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.