Cela m’a permis de prendre connaissance, grâce à une émouvante exposition photographique sur les quais du Tarn , de l’épopée inouïe des enfants juifs de Moissac entre 1939 et 1945, de l’héroïsme de certains et du courage de la ville, de ses maires, de la région dont la mobilisation sans faille, sans dénonciation, a permis de sauver cinq cents gosses, de maintenir en France sous la botte nazi un foyer d’enseignement et de culture juive. Je dédie ce billet aux justes de Moissac chez qui la douceur de vivre de leur pays de cocagne n’a pas amoindri la solidarité active et l’esprit de résistance contre le côté le plus noir de l’âme humaine.
En 1939, l’organisation des Éclaireurs israélites de France décide d’évacuer à Moissac différentes de ses implantations des plus grandes villes, par crainte des bombardements et suivant en cela une consigne des autorités françaises de mettre autant que possible les enfants à l’abri. L’organisation de ce centre d’accueil et de vie est confié à un couple magnifique, Shatta et Bouli Simon, avec l’accord et même le soutien du Maire de Moissac. Les jeunes résident d’abord dans “La maison”, au 18 Quai du Port, en bordure du Tarn, qui est acquise par le couple et aménagée. De jeunes chefs scouts de l’organisation, âgés de moins de vingt ans, sont mobilisés par les Simons, ils feront un travail magnifique. En tout cinq cents filles et garçons juifs, de France puis de toute l’Europe sous la la domination hitlérienne, seront accueillis à Moissac. Non seulement ils y suivent une scolarité normale mais reçoivent aussi une formation à différentes activités manuelles et un enseignement religieux. Ils célèbrent les fêtes juives, chantent, dansent, vivent, grandissent, apprennent à devenir des femmes et des hommes.
En 1942, dans le sillage de la rafle du Vél d’Hiv , les Simons sont informés de ce que les autorités pétainistes ont eu vent de quelque chose et que des rafles se préparent. En quinze jours, les enfants sont dispersés dans toute la ville et le département, avec là encore , le soutien de la nouvelle municipalité, ils prennent le nom des familles d’accueil. Lorsque obéissant aux ordres du gouvernement vassal des nazis, un commissaire de police peu enclin à faire du zèle se présente au 18, la maison est vide. Pas un seul ne sera arrêté et déporté alors que les ordres de rafle de Pétain, Laval et consorts ne cessent plus. Hélas, le courage des chefs scouts, parfois de leur famille, se paye d’un prix élevé, le tiers sera pris par les barbares et leurs suppôts et mis à mort, d’emblée ou dans les camps. En 1943, le danger devient tel que la “Maison” est définitivement dissoute et que l’action, pilotée avant tout par Shatta, de l’avis unanime une femme d’une audace, d’une intelligence, d’un charisme incroyables, se concentre sur le placement stable des enfants dans des planques sûres. Beaucoup des chefs scouts et certains des grands adolescents s’engagent alors dans la résistance, les différents réseaux non confessionnels ou les mouvements de résistance israélites.
À la libération, la plupart des enfants sont orphelins, pas question de les abandonner, ni eux ni les jeunes juifs dans leur situation venant de toute l’Europe ? Shatta les accueille alors au “Moulin”, vaste bâtisse, ancien moulin moissagais devenu centre sportif. Les activités éducatives reprennent, une chorale qui se produira dans le monde entier est formée, les enfants sont de jeunes adultes, ils n’oublieront pas, nous non plus, j’espère.
Sans Moissac et ses justes, sans Moissac la juste, tout cela se serait terminé comme chacun le sait.
Axel Kahn, le quinze juillet 2013
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