L’UMP est morte le 30 mai 2015, le nouveau parti « Les Républicains » lui a succédé. J’ai déjà commenté ici (https://axelkahn.fr/apres-la-nation-ne-pas-abandonner-la-republique/) les probables motivations de Nicolas Sarkozy, président du parti et candidat pour redevenir celui du pays en 2017, en imposant ce nouveau baptême de la formation de droite : avoir un outil de conquête à sa main, l’utiliser pour marginaliser son adversaire Alain Juppé, le « balladuriser » comme il a commencé à tenter de le faire dès le dimanche 31 mai sur France 2, et piéger la gauche dont une partie remet elle-même en cause certains des principes de la République française tels que la laïcité et le rejet du communautarisme. Une troisième raison de cette stratégie est bien entendu de contrer nominalement le Front National, aujourd’hui le principal rival du nouveau parti, dans le même temps où les thèmes défendus puisent, comme pendant les campagnes de 2007 et de 2012, dans l’arsenal idéologique et le dictionnaire du parti d’extrême droite.
Sur le plan du piège tendu à la gauche, l’inénarrable Emmanuel Todd a bien montré l’entrain avec lequel certains sont prêts à s’y précipiter. Interrogé par Mouloud Achour sur le site en ligne Clique TV (https://www.youtube.com/watch?v=19fdxdQjG38), ce dernier, après avoir condamné sans appel les journalistes has-been, tristes et sans talent de Charlie-hebdo, déclare : «« La revendication de la laïcité, c’est l’autre nom de l’islamophobie ». Or, la laïcité fondée sur la tolérance et la liberté de conscience garanties par une séparation exigeante entre le domaine public et des croyances individuelles qui sont, elles, limitées à la sphère privée, est sans conteste l’un des piliers de la République. Un pas de plus et notre explosif démographe et ses thuriféraires pourront avancer que la République elle-même, has-been comme les journalistes de Charlie-hebdo, est le masque moderne de l’islamophobie alors qu’elle est en principe et à l’inverse, si son esprit était vraiment respecté, le cadre le plus accueillant imaginable pour tous les citoyens choisissant, quelles que soient leurs origines, de pratiquer librement ou de ne pas pratiquer une religion.
Quant à l’efficacité du nouveau nom de la défunte UMP sur des citoyens susceptibles sinon de céder aux sirènes du Front National, elle demande pour le moins encore à faire ses preuves. L’élection municipale partielle du Pontet, dans le Vaucluse, est de ce point de vue impitoyable. Le jeune candidat de la formation de Marion Maréchal et de Marine Le Pen avait été élu dans une triangulaire en mars 2014 avec 42,62% des suffrages exprimés et sept voix d’avance (34,65% des voix au premier tour). Il l’emporte cette fois au premier tour avec 59,43% des suffrages. La participation de 60% est importante pour une élection partielle, à peine inférieure aux 65% de 2014. La candidate des Républicains est laminée. Que n’avait pourtant pas entendu sur le Front National de la bouche des commentateurs dont la propension à prendre leurs désirs pour des réalités est, elle, rarement prise en défaut. Marine Le Pen, marginalisée par son retrait de l’élan républicain du onze janvier 2015, aurait été cette fois touchée à mort par les remous familiaux qui l’opposent au vieux militant pétainiste, machiste, xénophobe et antisémite qu’est Jean-Marie, son père. Ces résultats électoraux ne font d’ailleurs que confirmer les données des sondages récents qui continuent tous de placer pour l’instant Marine Le Pen en tête des intentions de votes au premier tour de la Présidentielle de 2017, avec 30% des suffrages, loin devant Nicolas Sarkozy et François Hollande. Seul Alain Juppé pourrait la devancer, s’il résiste à l’entreprise de démolition ourdie contre lui et dont la création du nouveau parti « Les Républicains » constitue une pièce maitresse.
En résumé, pour l’instant, la gauche se divise entre laïques et « escrocs de l’islamophobie » pour reprendre le titre de l’ouvrage posthume de Charb ; chez les premiers, entre souverainistes germanophobes tendance Syriza et europhiles de stricte obédience libérale. La droite « républicaine » voit se profiler le choc Sarkozy – Juppé, il sera sans pitié. Pendant ce temps, malgré les chaos et menaces de déraillement, vaille que vaille, le convoi bleu marine continue son petit bonhomme de chemin.
Paris, le premier juin 2015