LES VOLCANS DU SAVOIR


La “Croisière du Savoir” organisée chaque année depuis 2009 par la revue Sciences et Avenir avait pour thème, du sept au quatorze mai 2016, “le savant dans la cité”. En compagnie de Dominique Leglu, la directrice de la rédaction de l’hebdomadaire, du paléontologue Yves Copens, parrain de l’événement, de l’astrophysicienne Catherine Cesarsky, du vulcanologue Jacques-Marie Bardintzef et de moi-même, le navire MS Berlin, élégant bateau de taille humaine, une sorte de grand yacht, a transporté un peu moins de quatre cents passagers (dont une grosse moitié de participants à la croisière thématique), vers les îles Éoliennes et la Sicile. Les domaines des scientifiques conviés a permis de traiter dans la continuité la question des origines, celle de l’univers, de la terre et de ses volcans, de l’homme et, enfin, de l’épanouissement des potentialités de ce dernier. Je vous présente d’abord le navire en baie de Lipari.

NB : il suffit de cliquer sur les photos pour les afficher plein-écran
Le MS Berlin, depuis le monte Rosa

Le MS Berlin, depuis le monte Rosa

Les conférenciers et collaborateurs de Sciences et Avenir connaissaient très bien André Brahic, astronome talentueux et enthousiaste, infatigable homme de progrès ; il était un ami cher de plusieurs d’entre nous qui le savions au terme de son voyage terrestre, ce qui a empreint d’une gravité particulière nos rencontres, passionnantes et vibrantes. Chacun des conférenciers est intervenu quatre fois, l’une pour faire le point de son sujet, une seconde pour parler du savant dans la cité, une troisième pour répondre aux questions de Dominique Leglu et une quatrième et ultime en une table ronde générale. Bien entendu, les échanges avec les croisiéristes ne se sont pas limités à ces occasions et ont eu maintes possibilités de se développer en mer et durant les escales et les excursions. La première de celle-ci s’est déroulée à partir du port de Caeta, au sud du Latium.

Près du village de Sperlonga, l’empereur Tibère avait fait aménager une grotte-villa somptueuse en arrière plan de la Mer Tyrrhénienne et d’un bassin dans et autour duquel étaient disposées de superbes sculptures en marbre illustrant des épisodes de l’Odyssée. Après avoir failli périr dans un éboulement de la grotte, Tibère préféra désormais résider dans sa villa de Capri. Les statues de l’Odyssée sont maintenant réunies dans un musée à proximité. Elles illustrent en particulier la ruse du roi d’Ithaque pour quitter le pays des cyclopes, sans doute une île sicilienne. Il offre à Polyphème, l’un des géants, une barrique de vin pur (les grecs le boivent habituellement coupé d’eau), provoquant son ivresse et son assoupissement  dont il profite pour crever l’œil unique du gardien de l’île à l’aide d’un épieux.

 

Sperlonga, grotte-villa de Tibère

Sperlonga, grotte-villa de Tibère

 

Sperlonga, l'Odyssée. Ulysse et Polyphème

Sperlonga, l’Odyssée. Ulysse et Polyphème

   L’observation des détails témoigne de la qualité de l’œuvre.

 

Sperlonga, l'Odyssée. Ulysse et Polyphème, détail (1)

Sperlonga, l’Odyssée. Ulysse et Polyphème, détail (1)

 

Sperlonga, l'Odyssée. Ulysse et Polyphème, détail (2)

Sperlonga, l’Odyssée. Ulysse et Polyphème, détail (2

Enfin, avant de rejoindre le MS Berlin, une promenade dans le village de Sperlonga qui domine une plage claire ou s’ébattent déjà baigneuses et baigneurs permet d’en apprécier la claire harmonie qu’égaient encore des mosaïques sur les murs blancs des maisons bordant les rues qui plongent vers la côte.

 

Ruelle de Sperlonga

Ruelle de Sperlonga

Il faut alors peu de temps pour qu’une navigation de quelques dizaines de milles nous conduisent au matin en baie de Naples, face au Vésuve vers lequel nous nous dirigeons d’abord. Son cratère est aujourd’hui bouché depuis sa dernière grande éruption de 1944, des fumerolles s’en dégagent de failles, ce qui confirment que le volcan reste actif et se réveillera un jour. Les trois millions d’habitants des villes vésuviennes le savent et s’y préparent.

 

La baie de Naples et le Vésuve

La baie de Naples et le Vésuve

 

Cratère du Vésuve

Cratère du Vésuve

 

Cratère du Vésuve

Cratère du Vésuve

  En l’an 79 après Jésus-Christ, l’éruption décrite par Pline-le-Jeune ensevelit Pompéi, sous une pluie de cendres, Herculanum dans une coulée de lave, et raye de la carte bien d’autres localités antiques de la baie. La visite de Pompéi est incroyablement émouvante car la ville d’au moins mille habitants alors, dont plusieurs milliers ont péri, a été merveilleusement conservée sous son linceul volcanique de plus de dix mètres d’épaisseur. Les touristes nombreux contribuent à lui donner un aspect de ville animée. On imagine les citadins et visiteurs se rendant à l’amphithéâtre pour des spectacles divers, puis  déambulant sur le forum et autres places,

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Pompéi, l”amphithéâtre                                                             

 

Pompéi, forum

Pompéi, forum

Les maisons sont encore décorées d’élégantes fresques et de mosaïques.

Pompéi, fresque murale

Pompéi, fresque murale

 

Pompéi, fresque murale

Pompéi, fresque murale

 

Pompéi, fresque muraleRES

Pompéi, fresque murale

 

Pompéi, fresque et mosïque

Pompéi, fresque et mosïque

À l’extérieur de riches bâtiments, le visiteur moderne peut admirer maints bas-reliefs superbement conservés.

 

Pompéi, bas-relief

Pompéi, bas-relief

 

Pompéi, bas-relief

Pompéi, bas-relief

Les marins qui arrivaient du port pouvaient, comme les autres habitants, aller aux thermes, puis, (ou bien) suivre une signalétique suggestive pour se rendre au lupanar.

 

Pompéi, thermes

Pompéi, thermes

 

Pompéi, vers le lupanar

Pompéi, vers le lupanar

Les clients qui ne parlaient pas latin pouvaient choisir, à la carte, la prestation demandée pour un prix modique.

 

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Au lupanar, à la carte

 

Pompéi, lupanar

Pompéi, lupanar, à la carte

Hélas, Pompéi la superbe fut engloutie par les cendres, elle et ses habitants. Lorsque cette gangue mortelle se solidifia, elle ménagea en son sein des cavités moulant les corps des personnes prises au piège, dans leur attitude du moment. Près de deux millénaires plus tard, rien ne subsistait des victimes que leurs ossements et leurs contours que du plâtre injecté reproduit fidèlement. Ci-dessous, cet homme cherchait à se protéger le visage de ses mains alors que pleuvaient les cendres.

 

 

Pompéi, moulage d'une victime

Pompéi, moulage d’une victime

Une fois rembarqué, direction les îles Éoliennes, et d’abord la plus vaste et peuplée d’entre elles, Lipari, l’ile du dieu Éole, atteinte après avoir croisé le Stromboli dont la silhouette conique se découpait dans la brume du petit matin. Nous le verrons plus tard rougeoyer, la nuit.

 Dominant le port de Lipari, le “Castel” abrite les fortifications du château normand du XIème siècle, bâti sous le règne de Roger 1er (de Hauteville), et l’église San Bartolomeo , “co-cathédrale”, à l’époque, détruite par les barbaresques de Barberousse et reconstruite sous le règne de Charles-Quint. Persiste pourtant un fort beau cloitre roman datant de 1080. À travers une ouverture de la poterne du château, belle vue sur la côte sud-est de l’île.

 

Le Castel de Lipari

Le Castel de Lipari

 

A travers la porte du chateau normand.

A travers la porte du château normand

Le cloître et ses chapiteaux contrastent fortement avec ceux de l’abbaye de Montreale d’un siècle postérieurs, à la toute fin de la période normande, que nous visiteront deux jours plus tard.

 

Le cloitre normand de Lipari, XIIème siècle (1)

Le cloitre normand de Lipari, XIème siècle (1)

 

Le cloitre normand de Lipari, XIIème siècle (2)

Le cloitre normand de Lipari, XIème siècle (2)

Sur la muraille du Castel, un goéland orgueilleux et cabot contemplait les touristes, en attente sans doute une friandise.

 

Sur les murailles du Castel, le goéland

Sur les murailles du Castel, le goéland

La ville était grecque, jadis. De nombreux navires ont sombré, l’un avec toute sa cargaison de vin.Le musée contient aussi un collection unique de masques de théâtre miniatures datant de toutes les périodes de la tragédie, puis de la comédie grecques.

 

Musée de Lipari, gargaison d'un navire grec

Musée de Lipari, cargaison d’un navire grec

  L’île de Lipari, comme toutes les îles Éoliennes, est volcanique et escarpée. Sur sa côte sud-est, déjà entraperçue du Castel, le monte Rosa dresse ses presque trois cents mètres au dessus de la mer. Je m’y rends l’après-midi, le paysage est superbe :

Lipari, monte Rosa

Lipari, monte Rosa

Au milieu des fleurs, foulant les lames d’obsidienne, face à l’île de Vulcano, je me sens assez bien, pour tout dire.

Au monte Rosa, Lipari

Au monte Rosa, Lipari

Il nous faut peu de temps pour atteindre le lendemain matin l’île de Salina, la plus élevée de l’archipel. Débarqués en chaloupe, comme systématiquement dans les îles, les passagers s’égaient. Pour ma part, je me dirige droit dans la montagne vers les grottes de Saraceni. Ces grottes creusent la base et les flancs d’une vaste faille basaltique. M’y engageant dans l’obscurité à quatre pattes, j’y laisserai un peu de la peau  de mon front.

Île de Salina, grotte dei Saraceni

Île de Salina, grotte dei Saraceni

 

Île de Salina, grotte dei Saraceni

Île de Salina, grotte dei Saraceni

Une navigation de quelques milles suffit pour atteindre, l’après-midi, l’île de Vulcano. Les plus courageux montent jusqu’au cratère du volcan, encore en activité, et dont se dégagent des vapeurs de souffre, excellentes pour les bronches, dit-on. On respire à merveille…

Île et volcan de Vulcano

Île et volcan de Vulcano

Le sommet du volcan s’élève à près de quatre cents mètres. On atteint le cratère, puis ce sommet, par une rude montée accompli ce jour dans la brume. En chemin, les dalles sont parfois brulantes. S’en échappent les fameuses vapeurs entre les dépôts de souffre, ses “fleurs” cristallines.

 

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

 

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

 

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

 

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

Vulcano, Le cratère et les fissures souffrées

Vulcano et son volcan en activité constituent sans doute le point culminant en terme de beauté des paysages au cours de cette croisière. En revanche, en ce qui concerne l’aspect monumental, la palme revient sans conteste à la cathédrale Santa Maria Nuovo de Montreale, dans un vallon à huit kilomètre de Palerme où nous débarquons au matin du jeudi douze mai. L’édifice grandiose fut bâtie en 1176 sur ordre de Guillaume II, dernier roi normand de Sicile et de Naples, à la suite d’un songe. L’influence byzantine est manifeste, l’église est couverte de mosaïques.

Dans trois de ces mosaïques, on voit en particulier la construction de l’arche de Noé, l’évacuation après que le déluge a cessé, puis l’établissement de la nouvelle alliance de Yahvé avec ses créatures animales et l’homme, alliance symbolisées par l’arc-en-ciel.

 

Montreale, construction de l'arche de Noé

Montreale, construction de l’arche de Noé

 

Montreale, descente de l'arche de Noé

Montreale, descente de l’arche de Noé

 

La nouvelle alliance, l'arc

La nouvelle alliance, l’arc-en-ciel

Le cloitre, ses fines et élégantes colonnes bigéminées couvertes de mosaïques aux couleurs vives, ses arcs à la brisure manifeste, sa fontaine finement sculptée, l’ensemble constitue un indéniable chef d’œuvre où s’exprime l’influence de l’art islamique.

Abbayes normande de Montreale, le cloitre

Abbayes normande de Montreale, le cloitre

 

Abbaye normande de Montreale, le cloitre

Abbaye normande de Montreale, le cloitre

Les chapiteaux, presque tous en parfait état de conservation, sont eux aussi d’une rare finesse. Le premier nous montre l’ange chassant Ève et Adam du jardin d’Eden.

Abbaye normande de Montreale, le cloitre. Chapiteau

Abbaye normande de Montreale, le cloitre. Chapiteau

 

Abbaye normande de Montreale, le cloitre. Chapiteau

Abbaye normande de Montreale, le cloitre. Chapiteau

             En repassant à Palerme, un regard sur la cathédrale de la ville, ancienne mosquée.

 

Cathédrale de Palerme

Cathédrale de Palerme

Il ne reste plus alors qu’a ré-embarquer, plein nord par un vent force sept et une mer bien formée ; l’affluence aux dernières conférences et aux repas en fut, on peu l’imaginer, plus réduite. Il eut été dommage, avant d’arriver à Nice, de ne pas rendre une petite visite à l’Empereur déchu, en l’ile d’Elbe. Dans l’une des villas de Napoléon, le plafond de la salle du conseil est décoré de cette touchante allégorie des tourtereaux séparés mais qu’unit toujours le lien de l’amour. Hélas, si l’exilé avait su ce que faisait alors son épouse Marie-Louise..

Villa de Napoléon, île d'Elbe, San Martino. Les époux séparés

Villa de Napoléon, île d’Elbe, San Martino. Les époux séparés

Depuis Monteferraio, la capitale de l’île, un dernier regard sur les côtes si semblables à celles de la Corse toute proche, puis, toujours par gros temps, retour au bercail.

 

Île d'Elbe

Île d’Elbe

Axel Kahn, le dix-huit mai 2106

Partager sur :

6 thoughts on “LES VOLCANS DU SAVOIR

  1. Merci pour ces moments de partage lors de cette belle croisière en Italie

  2. Je viens de suivre votre croisière grâce à votre billet. Les photos sont magnifiques…

  3. Merci cher Axel pour ces magnifiques photos, ce voyage et aussi pour ces mots pour André qui , tu le sais ,était aussipour moi un ami de longue date .
    bises
    Brigitte

  4. Jumeau chamboulé suite à votre conte,assis à votre gauche lors d’un diner,resté sur ma faim tant il y avait à dire.
    Respectueusement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.